THE WITCH de Robert Eggers (2015)

Rédigé par Phil.

“I will guide thy hand.”
Black Philip dans The Witch.
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C’est une bien étrange sensation que laisse dans son sillage The Witch. Un malaise, un mal-être peut-être même, ne se manifestant étrangement que plusieurs heures après le visionnage. A des lieues des canons “classiques”, l’auteur et réalisateur Robert Eggers s’est ici lancé dans une entreprise qui, sans aucun doute, en déroutera plus d’un, mais qui demeure l’une des analyses de l’horreur la plus poussée et la plus dérangeante qu’il m’ait été donnée de voir depuis longtemps.

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Vous l’aurez donc compris, mieux vaut oublier d’entrée de jeu les hectolitres d’hémoglobine, les jump scares rabâchés à l’infini dans des histoires d’exorcisme bidons et autres found footages sur des ados qui se perdent en forêt parce qu’ils sont trop cons pour lire une carte correctement. The Witch misera plutôt sur l’authenticité glaciale de son propos et la dissection méticuleuse de l’horreur à proprement parler. Au point parfois, avouons-le, d’en devenir un peu lent, voire ennuyeux. Mais cela ne participerait-il pas à cette troublante sensation d’inconfort si propice au déploiement du Mal ? Ah ! the-witch-movie-reviewPeut-être bien que si finalement !

Eggers plante son décor dans la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle, le terreau puritain d’une Amérique en gestation. En cette époque où la foi en un Dieu omniscient est le ciment de toute chose, tout le monde prie et cite la Bible tout le temps, porte un prénom tout droit sorti du premier tome de l’Ancien Testament et parle avec un accent incompréhensible. Un peu déconcertant au premier abord… C’est là que, persuadés d’être plus proches de Dieu que les autres, William (lui encore s’en sort pas trop mal) et sa petite famille de culs bénis décident de quitter leur communauté religio-agricole et de s’installer loin de tout, en lisière d’une forêt peu attrayante. Bon ok, ils n’ont pas eu l’idée du siècle sur ce coup-là, surtout avec tous les Indiens qui vivent dans la région, mais bon, en ce temps-là, Dieu est la lumière qui guide leurs pas (hop, dédicace !). Sauf que lorsque tu as une vieille sorcière bien dégueulasse comme voisine, ben les Indiens, c’est pas ta priorité ! the-witch-15342-4-1100D’ailleurs, eux, ils n’ont pas oublié de garder leurs distances pendant tout le film. Ils étaient peut-être pas si “inférieurs” que ça après tout… hein les mecs ?

Il y a donc une sorcière, ça on le sait depuis qu’on connaît le titre du film. Mais en réalité, la sorcière on s’en fout. L’intérêt de The Witch réside plutôt dans le long processus que la sorcière et son patron, le Diable, utilisent pour “détruire” un à un chaque membre de la famille, première cellule sociale humaine et, a priori, la plus solide qui soit. Usant de tous leurs ressorts de transformation et de séduction, ils “divisent pour mieux régner” et parviennent à détourner ces fervents croyants du droit chemin en remettant en question leur foi extrême en Dieu, ainsi qu’en se servant de leurs péchés, de leurs désirs ou de leurs doutes. thewitchboyEn se servant de leur humanité, en quelque sorte.

C’est grâce à la description de cette action maléfique lente et pernicieuse, associée à la reproduction particulièrement tangible d’une époque assez trouble et à un casting impressionnant (notamment les jeunes !), que The Witch parvient à toucher notre peur la plus enfouie : celle de perdre un à un tous nos repères, qu’ils soient réels ou fantasmés, pour finir par se perdre tout court.

Un film d’horreur ? Pas vraiment. Mais un film flippant, macabre et terriblement dérangeant, ça oui ! A ne donc pas mettre entre n’importe quelles mains…

A bon entendeur, salut !

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Bande-annonce

La fiche complète du film.

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