TUEURS NÉS d’Oliver Stone (1994)

Choisi par Phil, rédigé par Jeanba.

« At birth, I was cast into a flaming pit of scum forgotten by God. »
Mickey, Tueurs Nés.

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Quand un inconnu vous donne quelque chose gratuitement, ça ne vous rend jamais suspicieux ? Ou au moins curieux ? Ben moi oui, la gratuité a tendance à me démanger au niveau du système méfiant. Eh bien c’est pareil avec Tueurs nés et sa violence gratuite. Comment quelque chose de si détaché et apparemment si dénué de discours pourrait être réellement dénué d’arrière-pensée ? Désolé mais pour moi ça pue l’arnaque. Resituons les choses :

Mallory est une fille, une ado. Elle est jeune mais remplie d’une innocence déjà complètement souillée. Elle a la violence comme petite sœur, en ayant grandi avec un père aussi cogneur que pervers et une mère aussi lâche que soumise. Mickey lui est un garçon, enfin presque un homme. La violence il la connaît aussi, très bien même, mais c’est différent, c’est parce lui il en est amoureux.tumblr_n4b6yboWcL1ql8t12o2_r1_400 Il l’aime plus que tout, plus que lui-même, et ça je vous promets que c’est beaucoup. A tous les trois, on pourrait dire qu’ils forment une famille soudée.

Parcours explosif pour un jeune couple en pleine lune de miel, les tartes de phalanges et les balles de Beretta pleuvent comme des grains de riz à la sortie de l’église. Y a pas à dire, c’est beau l’amour… Faudra juste éviter de se retrouver sur le chemin des amants car ils ont une fâcheuse tendance à mettre tout le monde au bout de leur viseur. Bang ! T’es juste un plouc qui venait prendre son café ? Tant pis, ici on est dans la fête foraine des 2 sales gosses, stand tir aux pigeons. Bang Bang ! Montage nerveux et clipé, il y a plus de plans et de collages dans ce film que de clignements d’yeux chez un épileptique en crise, filtres de couleurs et autres solarisations étant le carburant d’une machine à remonter le temps jusqu’au milieu des années 90, comme un air de mercredi après-midi coincé devant MTV.

Alors tout ça, cette violence en cascade, ce rythme stroboscopique et ce discours nihiliste aussi finement dégrossi que ma première sculpture en pâte à sel, c’est vraiment du premier degré ? Oliver Stone, qui a déjà réalisé plusieurs films critiques sur son propre pays, ne serait-il finalement qu’un type sans idées, étonné par son propre succès alors que vraiment lui ne voulait rien raconter ? Cette gratuité-là, ce discours de surface aussi profond que le décolleté de Juliette Lewis, ça me laisse songeur. tumblr_n885i0s0Ln1qbxh0uo1_400On est bien en droit de se demander ce que cache cette épaisse couche d’ultra-violence saturée.

Pour rappel, à sa sortie, beaucoup de monde a pris la chose au sérieux et y a vu une apologie d’un mode de vie. Alors quand tu te prends un procès au cul parce qu’on te reproche exactement ce que tu voulais dénoncer, y a de quoi tout foutre en l’air, se dire que les cons c’est pas nous et vite avoir des envies de meurtres à son tour. Et tu te demandes si toi aussi tu es contaminé par cette violence, puisque tu as aimé voir ces scènes et que tu as même ri à certains dévissages de tronches. “Suis-je quelqu’un de mauvais de vouloir filmer l’horreur pour mieux la critiquer ?”, se demande le réalisateur en proie au doute de la remise en cause. Très bonne question, lapin. Mais fais quand même attention à pas te coincer les doigts dans la porte. A vouloir défendre un film et sa brutalité, on finirait par être accusé de tentative de meurtre.

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Tueurs Nés fait partie de ces films qui ont marqué une génération par l’électrochoc qu’ils ont produit, façon batterie de Twingo branchée sur les tétons : ça fait mal et on s’en souvient un moment (me demandez pas comment je sais). Et pourtant il y a des violences gratuites qui me dérangent, ou du moins qui ne m’amusent pas (oui parce que soyez honnêtes : la violence au cinéma ça amuse). Les découpages de crânes et explosions de viscères du dernier Rambo m’ont, par exemple, laissé avec un sourcil circonflexe à me demander comment les techniciens allaient réussir à nettoyer ce bordel à la fin. Ce film m’a fait penser à un joyeux soulard qui te rote à la tronche, prêt à raconter tout et son contraire pour le plaisir d’entendre le son de sa langue claquer plus fort qu’il ne pense.

Mais bordel les gars, même si Tueurs Nés emprunte énormément de codes du film bourrin halluciné mais un peu arty, il semble bien que la critique sous-jacente de la culture télévisée soit évidente. Et accuser Oliver Stone d’encourager les serial killers, serait comme rendre responsable Marylin Manson de la tuerie de Columbine ou dire que c’est Michal qui a volé l’orange du marchand : faux, n’importe quoi.

Alors même si ce film comporte pas mal de défauts de lisibilité et même si on doit se coltiner ce boucan terrible qu’est Juliette Lewis, Tueurs Nés reste une petite bombe hallucinée, un défouloir rapide et excitant. Je vais aller le remater en coupant le son, sur fond de Fat of the Land des Prodigy. Je retourne dans les 90’s !

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