THE GRAND BUDAPEST HOTEL de Wes Anderson (2014)

Gracieusement assemblé par Jeanba, vaporisé par Phil.

“To be frank, I think his world had vanished long before he ever entered it. But I will say : he certainly sustained the illusion with a marvelous grace.”

Mr. Mustafa, The Grand Budapest Hotel.

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“L’air de panache”…

Cinq mois plus tard, ces quelques mots flottent encore dans l’air, légers et coriaces comme d’increvables ballons d’hélium. “L’air de panache”…

Avec l’accent british, c’est encore mieux : l’aiw de peunache.

Ça résonne, ça chante, ça sonne bien, ça reste en tête. Un peu comme la mélodie d’un tube dont on arrive pas à se défaire. Ou plutôt comme les notes discrètes qu’une fragrance laisse derrière elle. Ah ben tiens, ça tombe bien ça ! C’est justement le nom du parfum que porte Monsieur Gustave, le personnage principal de The Grand Budapest Hotel. Comme quoi, la vie c’est bien foutu parfois… Et c’est dans ce petit flacon de parfum que Wes Anderson a déversé l’essence même de son film. Car tous les ingrédients sans exception y ont, effectivement, un “air de panache”.

buda-sf106Dès le premier quart d’heure, le petit Wes nous fait remonter le temps à travers quatre époques et changer deux fois de narrateur. Voilà tout à fait le genre de départ qui, sur le papier, pourrait paraître bien casse-gueule comme il faut. Sauf que là… ben ça passe tout seul. Et ouais, les gars, mais c’est ça aussi d’avoir affaire au nouveau petit génie du cinéma américain ! Donc voilà qu’en un clin d’œil et trois formats d’images différents, Wes nous perd dans le fantasme enneigé d’une vieille Europe des années 30, plus ou moins austro-hongroise et à la veille d’une implosion qui, comme on l’a déjà vu dans les premières minutes, lui sera fatale. Hop, comme ça !TheGrandBudapestHotel-lmc-01 Tu viens de remonter huit décennies et de passer les portes du Grand Budapest Hotel et t’as rien vu venir ! C’est pas beau ça ?

Comme l’école Rushmore, l’immeuble des Tennenbaums, le Belafonte, le Darjeeling Limited ou l’île de Moonrise Kingdom, le Grand Budapest Hotel apparaît rapidement comme un petit univers clos, coupé du monde tel qu’on le connaît et tout droit sorti de l’imagination fertile (et c’est peu dire) du petit Wes. Et comme tous les univers andersoniens, le Grand Budapest fait ce qu’il veut et répond à ses propres règles plus ou moins explicites. Sa propre règle, en l’occurrence : le PANACHE, bordel ! Le panache en toute circonstance ! Et Monsieur Gustave (en français dans le texte), le concierge du Grand Budapest, est la personnification même de ce panache. C’est comme si “l’air de panache” (le parfum) lui donnait un super pouvoir : celui de personnifier à la perfection le panache du Grand Budapest.

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Sens du service, sincérité, fidélité sans faille, culture (un peu classique et chiante mais bon… culture quand même), efficacité, intelligence, patience (jusqu’à un certain point), séduction, courage, etc. Plus qu’une règle de conduite, le panache est carrément un sacerdoce pour Monsieur Gustave ! Mais à côté de ce raffinement, il faut bien admettre que Monsieur Gustave est aussi un grand malade qui aime bien être grossier (de temps en temps), se taper de vieilles aristocrates octogénaires décaties (souvent) et balancer son poing dans la gueule des mecs qui s’aventurent à le traiter de “petite tapette” (quand l’occasion se présente). the-grand-budapest-hotel-11Ben ouais, mais il est comme ça, Monsieur Gustave, un mec de convictions !

Embarqué jusqu’aux oreilles dans une embrouille rocambolesque suite à une amourette avec une noble locale dont la fraîcheur n’est évidemment pas la première des qualités, il ne fléchira jamais dans ce mélange improbable de “panache-attitude” et de folie. Et ça c’est la classe ! Comme si ça ne suffisait pas, il en profitera même pour prendre un jeune immigré orphelin sous son aile et le former au dur métier de panacheur professionnel. Faut dire que le petit Zero a tout pour réussir et que, pour un solitaire comme Gustave, un peu de compagnie ne fera pas de mal. Surtout en cette période de troubles. 07GRAND-articleLargeEt puis bon, entre orphelins-panacheurs un peu tarés, on se comprend…

Alors avoir du panache dans le style du Grand Budapest Hotel, c’est quoi exactement ? Ben c’est juste une histoire de dosage en fait. Comme l’interprétation de Monsieur Gustave par le génial Ralph Fiennes, avoir du panache c’est savoir exagérer plus que de raison, mais toujours faire en sorte que ça passe bien en humanisant son personnage avec des pétages de plomb venus d’ailleurs ou des pointes d’humour british irrésistibles. Savoir être décalé, tout le temps, avec un brin de folie mais aussi avec justesse. Avoir du panache, c’est savoir tirer profit d’un casting cinq étoiles et rendre géniale et/ou complètement folle chaque apparition (ou disparition) de personnage.

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Avoir du panache, c’est aussi transformer son obsession maladive de la symétrie et de la géométrie en une façon de cadrer exceptionnelle où chaque plan est une véritable composition photographique. C’est avoir du goût pour les couleurs vives mais aussi pour la noirceur. C’est innover tout en osant ressortir des procédés déjà vus dans ses propres films. C’est assumer de faire un peu grandir l’éternel enfant qu’on a toujours été. Traiter des sujets sérieux avec légèreté et humour. Avoir du panache, c’est réussir à expliquer le panache à un compositeur pour qu’il vous écrive des airs de panache à la pelle. grand-budapest-hotel-2014-004-crowded-prison-barsC’est éclairer, détailler et rythmer de façon unique. Avoir du panache, c’est savoir raconter une histoire, quoi.

Les exemples pourraient abonder encore longtemps dans ce sens, mais je n’ai pas le goût de continuer cette liste. Incroyablement riche et parfaitement écrit, je pourrais parler de ce film pendant des heures. Et puis bon, je fais ce que je veux. Je vais donc me contenter de finir là-dessus : avoir du panache à la Wes Anderson, c’est savoir être un putain de petit génie dans tous les domaines et bien s’entourer sans jamais se la raconter ni prendre son public pour une bande de nazes.

Finalement, regarder The Grand Budapest Hotel, c’est un peu comme lorsqu’on te met la meilleure pâtisserie de chez Mendl’s sous le nez. A première vue, c’est vrai que ça a l’air beaucoup trop comme ça. Mais ça sent tellement bon, c’est tellement bien fait, si bien dosé et présenté qu’à partir du moment ou tu croques dedans, tu es foutu jusqu’à la dernière miette.

Allez, salut !

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Bande-annonce

Pour en savoir plus sur The Grand Budapest Hotel, c’est ICI.

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One thought on “THE GRAND BUDAPEST HOTEL de Wes Anderson (2014)

  1. « Un univers clos », c’est exactement ça le cinéma d’Anderson : une boîte à idées, une maison de poupée posée pas très loin de celle de Jeunet qui pour le coup, à côté, ressemble plutôt au pays de Oui-Oui. Anderson n’est pas le genre à faire dans la sensiblerie, et même si ses pâtisseries affichent un casting riche en calories, elles donnent plus dans la crème fouettée que dans la guimauve. Du coup, vous m’en remettrez une autre pour la prochaine fois parce que, y a pas, ça se mange sans faim.

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