SIN CITY de Robert Rodriguez et Frank Miller (2005)

Confessé par Jeanba, absous par Phil.

– “As-tu commis des péchés mon fils ?”

– “Eh bien, c’est à dire mon père que j’voudrais pas qu’on y passe la nuit alors j’vais juste vous rencarder sur la dernière fournée.”

Marv dans Sin City.

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Je crois que l’ami Jeanba s’est planté.

Ouais parce que normalement dans le Projet Skynet on parle de films. Et Sin City… ben c’est pas un film. Non, Sin City, c’est une bande-dessinée. En fait, le film Sin City est l’adaptation d’une bande-dessinée du même nom signée par Frank Miller. Mais là, je parle du film réalisé par Frank Miller (l’auteur de la BD) et Robert Rodriguez. Vous suivez ? Non ? Et ben Sin City (le film), c’est une bande-dessinée… mais en film. Hein ? Vous suivez toujours pas ?? Bon, j’avoue que présenté comme ça, c’est vrai que c’est un petit peu le bordel. 18425055Mais je m’en fous ! Je laisse quand même ce paragraphe parce que j’aime bien faire des bla-blas introductifs qui riment à rien. Et puis je fais ce que je veux en fait.

Donc je pense que l’ami Jeanba s’est planté parce qu’il m’a refilé un film qui n’en est pas un. Sin City n’est pas la simple adaptation cinématographique d’une BD. Ici, on est carrément à des kilomètres des Hellboy, Batman, X-Men ou autres Avengers. Je ne vous parle même pas de ce qui a pu être fait sur les héros gribouillés de notre enfance que sont Tintin, Blueberry, Astérix ou Boule & Bill. Qu’ils soient réussis ou non (personnellement, mon préféré reste Boule & Bill, mais ça c’est un autre débat), tous ces films-là se contentent la plupart du temps d’extraire l’essence de l’œuvre originale pour la transposer dans un film. Ce mouvement “BD => film”, le spectateur y est tellement habitué qu’il n’est même plus choqué (ou presque plus) lorsque le véritable univers fait de planches, de cases, de bulles et d’onomatopées n’est pas respecté. Ce qui – sans être dérangeant à chaque fois, il faut bien l’avouer – est quand même très souvent le cas.

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Avec Sin City, c’est le mouvement inverse qui s’opère. Ce n’est pas la BD qui vient partiellement au film, mais bien tout le film qui s’inscrit littéralement DANS la BD. Last Action Hero (1993), ça vous dit quelque chose ? Mais si, le petit garçon qui rentre dans son film préféré avec Schwarzy et tout. 519080ee884e792967Ben là c’est pareil, sauf que c’est vous qui entrez dans une BD. Je vous épargne les détails ayant permis cette incroyable prouesse technique, mais le résultat est tout simplement bluffant ! Robert Rodriguez, épaulé par Frank Miller lui-même, est parvenu à reconstituer ce tourbillon de noir et blanc ponctué d’étonnantes pointes de couleur qui caractérisait la BD originale. Des images qui semblent figées parviennent à nous donner une étrange impression de mouvement, des détails à première vue insignifiants attirent irrésistiblement le regard du spectateur et chaque plan pourrait être un dessin dans une case. Graphiquement, on est vraiment face à un OVNI visuel et, finalement, l’impression de feuilleter des pages et de lire des bulles prend souvent le dessus. sin_city_04_goldieUne BD vivante, c’est ce à quoi Miller et Rodriguez ont donné naissance.

Et puis, comment vous dire… C’est pas aux côtés de Tintin et Milou qu’on se retrouve ! Pendant deux heures, vous croiserez un petit ninja cannibale à lunettes, un fils de procureur pédophile et serial killer, des flics corrompus, des criminels en tous genres, des mecs de l’IRA qui aiment faire péter des trucs, des gangsters fans de Scrabble, des tortionnaires nazis, des prostituées très à cheval sur les règles de la « Vieille Ville ». Bref, une faune urbaine pas forcément très très accueillante, si vous voyez ce que je veux dire. Plutôt même carrément hostile !

Bruce Willis - Hartigan II

Et ouais, les mecs, c’est comme ça que ça se passe dans le monde merveilleux de Basin City (rebaptisée par ses habitants « Sin City », la Ville du Vice) : “si tu fais dans la dentelle, t’es mort !” Et Hartigan, Marv et Dwight, les trois anti-héros émergeant des bas-fonds nauséabonds de la ville, vont appliquer cette ligne de conduite à la lettre lorsqu’ils seront chacun entraînés dans leur vendetta sanglante par une histoire d’amour impossible (ce qui semble être une autre des règles de Sin City : “oublie les love stories, ça fout grave la merde !”). film-noir-sin-city-yellow-bastard-via-jestersreviewsComme le dit Marv à très juste titre, “il va pleuvoir du sang par hectolitres !” et on en jubile d’avance…

Au-delà de son aspect formel qui semble avoir relativement fait l’unanimité, beaucoup ont reproché le côté « bas-du-front » de Sin City à cause de sa violence crue, de son intrigue plate et de ses punchlines bien grassouillettes (voir Marv, ci-dessus). Il m’apparaît pourtant comme étant un bel hommage moderne au genre “noir” (films ET romans) avec ses bandits vicelards, ses flics en imper’, ses bastons dans des ruelles sombres, ses politiciens véreux, ses femmes fatales accompagnées par des airs de sax dangereusement langoureux ainsi que ses textes-uppercut oubliant de tourner autour du pot et allant droit au but, c’est-à-dire direct dans ta gueule !

Les deux auteurs ne cherchent pas ici à donner du “réel” au spectateur mais, bien au contraire, à lui procurer du spectacle et du fun avec un film de genre renouvelé et modernisé qui ne se prend clairement pas au sérieux, à lui faire vivre une expérience vraiment à part entière. Alba-Sin-CityEt ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’un casting de ouf’-malade (Bruce Willis, Mickey Rourke, Clive Owen, Brittany Murphy, Benicio Del Toro, Jessica Alba, Rosario Dawson, Elijah Wood, Rutger Hauer etc., quand même !) a accepté d’y jouer après avoir été – comme Frank Miller – séduit par les premières images de Rodriguez. Et puis bon voilà quoi, c’est Rodriguez les mecs ! C’est quand même l’inventeur de l’étui à guitare rempli de flingues, du super-soccer chargé d’eau bénite, de la jambe-mitraillette-lance-grenades et… de MACHETE (2010) !! Le mec est passé maître dans l’art de tout défoncer sur son passage, alors vous vous attendiez à quoi ?? C’est bourrin, c’est débile et c’est ça qui est bon ! Voilà, vous êtes prévenus…

Bien plus qu’une erreur de jugement ou une faute de goût « dépourvue de sensualité et de mystère » (sans déconner ?? J’adore Les Inrocks !), cette opposition “forme subtile / fond bourrin” est pour moi une bonne grosse blague qui continuera longtemps à me faire marrer. Et moi, j’aime bien les blagues et j’aime bien me marrer !

C’est comme ça que ça marche à Sin City : on fait “dans le sonore et le dégueulasse” (sacré Marv ! Sans aucun doute le philosophe de la bande).

C’est le style de la maison. Ça et rien d’autre. « Sonore et dégueulasse ! »

Allez, salut !

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Bande-annonce

Pour en savoir plus sur Sin City, rendez-vous ICI.

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