THE SHINING de Stanley Kubrick (1980)

Choisi par vous, conceptualisé* par nous.

“I think I’m losing my mind.”

Jack Torrance dans The Shining.

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Comme on le sait déjà au Projet Skynet, l’écriture demande du calme, de la concentration et une bonne dose de « what the fuck » !!!

Avoir à sa disposition un gigantesque hôtel vide et perdu dans les montagnes du Colorado – et accessoirement un tout petit peu hanté – semble donc être la solution idéale pour apporter tous ces éléments à l’écrivain taré en quête d’inspiration.

Construit sur un ancien cimetière indien, l’Overlook est une immense bâtisse labyrinthique et fut le théâtre d’évènements sordides. Je vous laisse donc imaginer l’état d’esprit du type qui accepte d’en prendre la garde pendant les pires mois de l’année avec sa petite famille.

1366024235_tumblr_lw00ltWNDy1r858p5o1_r2_1280D’autant que le mec a arrêté de boire depuis qu’il a démis l’épaule de son fiston Danny un soir où il est rentré avec quelques verres dans le nez. T’imagines, toi : pas une seule goutte d’alcool depuis cinq mois ! Franchement, moi aussi je serais un peu tendu…

Mais bon, faut avouer que le gamin est un peu énervant avec cette manie de taper la causette à son index et avec, en plus, un petit côté fils à maman qui laisse présager un futur Tanguy. C’est quand même frustrant de se dire que le seul ami de son fils est un petit garçon qui s’appelle Tony et qui vit dans sa bouche… Shining_161PyxurzOui, les enfants sont formidables !

Alors, si en plus on ajoute à ça le fait que sa femme, c’est ELLE, ben on comprend vite que l’esprit de notre ami Jack Torrance est un terrain plus que propice au décrochage mental avec une forte propension à la sauvagerie et au démembrement à la hache.

Sous ses airs de mec sûr de lui, Jack est donc un peu tendu, voire limite nervous breakdown. Et ça paraît finalement évident qu’il ne lui manque pas grand chose pour le faire basculer dans une perte totale de la raison, avec ce “je ne sais quoi” dans le regard qui ne rassure personne. Je m’en souviens très bien, c’était un mardi…

Shining3Tandis que son père est, doucement mais sûrement, en train de péter une durite, le petit Danny, lui, il voit tous les trucs chelous qui se passent dans l’hôtel. Parce qu’en fait, Danny est un peu médium : il a “le shining”. Du coup il arrive à lire dans les pensées des gens et à voir des trucs que le commun des mortels ne peut pas voir : des trucs qui se sont passés, d’autres qui vont se passer. Et c’est pas tout le temps joli joli…

Manque de bol, l’hôtel semble avoir une “conscience” propre et la volonté de posséder les gens qui l’occupent. Enfin c’est pas très clair… Mais le fait est que Danny se retrouve submergé par des visions horrifiques l’exhortant à rejoindre les esprits dans la mort. Sympa, non ? Comme papa – qui ne va pas tarder à voir des “choses” lui aussi -, le petit bonhomme finira par vriller carrément. Et hop ! Plus de Danny. Y’a plus personne. Le gamin part complètement en carafe !

the_shining_movie-1090x613C’est la faute aux deux jumelles ça ! Et à la nana chelou de la chambre 237 qui aime bien rigoler. Mais surtout aux jumelles quand même… Parce que pendant que le p’tit mec se la joue tranquille à la « Easy Rider (1969) en culotte courte » dans l’hôtel, elles l’attendent au détour du virage à gauche dans le couloir au tapis bleu (ouais, je m’en rappelle un peu). Frousse totale !! Et vas-y que je te montre des images dégueulasses ! Et vas-y que je te dis “viens jouer avec nous, Danny” ! Mais laissez-le tranquille à la fin, MERDE !! shining-typewriter-blueC’est pas parce qu’il porte les pires pull-overs de l’univers qu’il mérite ça ! SALOPERIES DE JUMELLES !!

Les pull-overs et les cols pelle-à-tarte, c’est pas la faute de Danny, c’est celle de sa mère Wendy. Et ce n’est pas là son seul défaut, d’ailleurs… En plus d’être Shelley Duvall, elle est toujours à venir déranger son romancier de mari alors qu’il est pris dans ses fulgurances créatrices pour son chef-d’œuvre, All work and no play makes Jack a dull boy : un roman révolutionnaire et subversif, une œuvre profonde au rythme haletant, mais peut-être parfois quelque peu redondante. Le génie se sent incompris et sa femme va vite le comprendre… à grands coups de hache ! Je tiens au passage à rendre hommage au stagiaire qui a dû se taper la rédaction des feuillets pour les besoins du film. Chapeau, l’artiste ! J’espère que ton arthrite se guérit doucement…

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La machine à écrire qui résonne dans cet immense salon. Le bruit sourd du tricycle sur le parquet des couloirs. Les battements de cœur qui nous martèlent le cerveau pendant d’interminables minutes. Les cordes grinçantes et les cuivres effrayants dont le volume augmente à mesure que la tension monte. Comme chaque plan génial de Kubrick, les sons eux aussi participent à cette montée en puissance vers la folie pure. Ainsi, le film s’ancre profondément dans l’imaginaire du spectateur et crée un souvenir horrifique qui restera dans les mémoires à jamais… à jamais… à jamais. The-Shining-bathroom-Jack-NicholsonA l’image du stagiaire-dactylo et de son inimitable patte artistique, on sent à chaque moment que devant et derrière la caméra, il y a toute une équipe de tournage bien décidée à livrer un p***** de chef-d’œuvre à son public ! Et ben voilà, c’est réussi.

On pouvait s’en douter en voyant les premiers plans du film, splendide introduction (d’ailleurs réutilisée pour un des montages de Blade Runner) qui annonce le choix des plans larges et des mouvements fluides de caméra. Comme souvent chez Kubrick, on cadre grand-angle pour laisser s’épanouir l’action et les décors tout en gardant une grande mobilité. On use sans complexe du travelling pour créer des séquences où l’œil du spectateur traverse les murs, zoome à l’infini ou rase le sol à toute vitesse. La couleur est aussi déclinée dans toutes les nuances, alternant les tons et jouant à fond sur l’impact qu’elle a sur les émotions. Les contrastes entre les différentes pièces frappent. Le rouge d’un froid sanglant utilisé dans les toilettes du bar en est un bon exemple. Car oui, je suis au regret de vous l’annoncer : Jack s’est un peu remis à la bouteille. Et il faut le savoir : Jack boit… du Jack.

the-shining-axeUn vrai rocker ce Jack ! Et ouais, Nicholson manie aussi bien la hache que Lemmy de Motörhead pousse la gueulante. Demandez au cuisinier black avec ses jambes de cowboy du Tegzass ce qu’il en pense… Avec ses posters de nanas dénudées aux coupes afro, il représentait pourtant l’atout “charme” du film (en plus de la nana chelou de la chambre 237 qui aime bien rigoler et de Shelley Duvall, bien sûr…). 34-redrumFinalement, on peut même aller jusqu’à dire que Jack est assez rock’n’roll dans sa façon d’exploser dans la folie : drôle, effrayant et carrément bourrin ! Et avec une hache…

L’affrontement entre cet écrivain au style répétitif et son fils dyslexique ira finalement bien plus loin que les mots (non gamin, “REDRUM” ça ne veut rien dire alors arrête de répéter ça tout le temps !). Malheureusement, à cause d’une fenêtre trop petite (ou alors Wendy aurait un peu forci ces derniers temps ?), Danny devra se cogner une dernière balade dans le jardin seul avec son paternel. Il me semble finalement que les vacances avec mes parents se passaient un peu mieux, même à l’adolescence… Mon conseil pour éviter la discorde serait de ne pas faire chier les gens quand ils bossent, d’arrêter de jouer dans les couloirs des hôtels et de ne pas ressembler à Jack Nicholson, 52187-622609-shining_bikeça fait flipper tout le monde !

De mémoire, The Shining est le film qui, avec L’Exorciste (1973), m’a le plus fait flipper ma race ! Je me rappelle comme si c’était hier avoir passé une nuit blanche la main scotchée à l’interrupteur de ma lampe de chevet la première fois que j’ai vu Danny croiser ces deux P***** DE JUMELLES !! Stanley Kubrick a trouvé avec ce film la recette idéale pour être sûr à 100% de tacher son slip (ou en tout cas le mien). Une efficacité redoutable ! En voici les ingrédients essentiels : écouter la Symphonie Fantastique de Berlioz, se perdre dans un labyrinthe, boire des Jack Daniel’s avec Lloyd le barman, conduire un tricycle en faisant de la musique avec les tapis, attendre l’ouverture d’un ascenseur et, cerise sur le gâteau, se marier avec Shelley Duvall. Imparable !

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Fausse bande-annonce (drôle)

Pour en savoir plus sur The Shining, la fiche complète du film est ICI.

* : le concept c’est que pour notre 51e chronique, on a voulu essayer quelque chose de nouveau et on a écrit ce texte à quatre mains, un paragraphe chacun notre tour. Un « cadavre exquis », quoi. Ça va plutôt bien avec The Shining, non ? Au départ, c’était juste un test mais finalement, on a bien rigolé. Alors on l’a laissée comme ça. Et puis de toute façon, on fait ce qu’on veut…

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6 thoughts on “THE SHINING de Stanley Kubrick (1980)

  1. Lezéromasqué dit :

    J’adore ce nouveau principe !
    Sinon Stephen King a dit qu’il n’avait pas aimé le film (ce que j’avais du mal à comprendre) – après avoir vu la terrifiante vidéo de Shelley Duvall (surement la chose la plus effrayante que j’ai jamais vu), je commence à avoir un début d’explication ^^

    • Phil dit :

      Apparemment, Stephen King a dit qu’il avait aimé le film en tant que simple spectateur mais que l’adaptation de son bouquin n’était pas assez fidèle selon lui. C’est le romancier qui n’a pas aimé. 😉

  2. Redrum dit :

    Original, comme concept !
    Et très bon choix de film, vraiment 😉 Effectivement l’un des tous meilleurs films d’horreur du monde mondial…

  3. Mieux vaut un article écrit à quatre mains qu’un texte écrit avec les pieds ! J’adore l’idée. J’ai plus qu’à demander à Jack Torrance de me filler un coup de main (de hache ?) pour mon prochain article.

  4. Alice dit :

    Redrum, c’est Murder a l’envers, c’est par rapport a son « shining » il voit des choses et il a vu un « meurtre ». On peut aussi supposer qu’il l’a vu dans la chambre 237 dans la quelle il est entré ! 🙂

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