PULP FICTION de Quentin Tarantino (1994)

Proposé par Phil, rédigé par Jeanba.

« What now? Let me tell you what now. I’ma call a coupla hard, pipe-hittin’ niggers, who’ll go to work on the homes here with a pair of pliers and a blow torch. You hear me talkin’, hillbilly boy? I ain’t through with you by a damn sight. I’ma get medieval on your ass. »

Marsellus Wallace dans Pulp Fiction.

pulp-fiction-projet-skynet

En 1994, Clint Eastwood – la gâchette du cinéma américain – remet la palme d’or à Cannes au nouveau tueur d’Hollywood: Quentin Tarantino.

La jeune génération a pris les armes et c’est Pulp Fiction que la profession et les spectateurs acclament cette année-là. Difficile de passer à côté de ce chef-d’œuvre de déconstruction où, minutieusement, la narration est désorganisée pour sublimer des scénettes quasi anecdotiques. Ici, tout est histoire d’ambiance, d’attitude, de dialogues tout en bagou, de vrais badass et de foutus acteurs.pulpfction03
Pulp Fiction c’est même pas un film. C’est un catalogue de clins d’œil. C’est mater le délire vidéastique d’un pote, tant on s’approprie l’humour simple et la jouissance de la forme avant le fond. Produit par le « Long Hair Yuppy Scum », Lawrence Bender, c’est un clin d’œil monumental au cinéma d’arrière-plan que l’ancien employé de vidéoclub se permet.
Il rend d’ailleurs hommage à cette époque en nommant le combat de boxe du film « Vossler vs Martinez », Russel Vossler et Jerry Martinez étant les potes avec qui il bossait à l’époque. Et des références, il en a planqué un peu partout, et c’est sûrement pour ça qu’on aime autant le cinéma de Tarantino. Même si chaque film a sa propre tonalité, on sent toujours la présence du réalisateur et l’ambiance derrière la caméra. Dans Pulp Fiction, les acteurs se sont précipités sur le projet après avoir aperçu le scénario, même si le génie de Reservoir Dogs (1992) ne doit pas y être pour rien… Bruce Willis aurait dit avoir accepté le rôle de Butch sans même négocier le salaire, alors que Samuel L. Jackson s’est battu pour avoir le rôle de Jules. En effet, même si le rôle avait été écrit pour lui, Paul Calderon l’avait décroché après une audition magistrale. Apprenant ça, Jackson sauta dans un avion direction L.A. pour ré-auditionner et décrocher le rôle. Sans rancune, Calderon jouera le bras droit et barman de Marsellus.
pulpfction02
Tarantino est amoureux de ses acteurs et ça se sent : chacun reçoit une scène, une réplique ou un personnage spécialement taillé pour lui.
Harvey Keitel se retrouve dans le rôle de Wolf, réplique à l’identique de son rôle dans le remake américain de Nikita (1990), tandis que Christopher Walken se lance dans le monologue fou du Capitaine Koos à propos de la montre qu’il a cachée dans son anus pour la ramener à ButchCette foutue montre, accrochée au kangourou, qui déclenchera la rencontre ultime entre Butch et Marsellus Wallace et qui sera aussi l’occasion d’un autre clin d’œil, mais cette fois-ci dans l’autre sens puisque les paroles que chante Bruce Willis, »smoking cigarettes and watching Captain Kangaroo », il les donnera mot pour mot en réplique à Samuel L. Jackson, un an plus tard, dans Die Hard : With a Vengeance (1995).pulpfction01
Malgré le fait qu’il passe la moitié du film aux toilettes, Travolta peut aussi remercier Tarantino qui lui a permis de renouer avec des rôles taillés sur mesure alors que sa carrière était au point mort. Souvent raillé pour ses rôles de danseur dans les comédies pour ados, il forme ici un duo fabuleux avec Uma Thurman. Chorégraphie toute en retenue sur la piste du Jack Rabbit Slims, où l’on sent que le type – qui s’est épaissi avec le temps – garde encore un sacré moteur sous le capot. L’occasion aussi de retrouver un Steve Buscemi en Buddy Holly de cafet’ et ses milk-shakes à 5 dollars. Tant pis pour toi Steve, t’avais qu’à accepter de filer un pourboire à la serveuse dans Reservoir Dogs.
bande-annonce

bande-annonce

Et même si les acteurs sont, tous sans exception, de vrais professionnels, il faut aussi reconnaître le talent de réalisation de Tarantino. Réussir à créer cette impression d’action permanente sans caméra qui bouge dans tous les sens ni effets spéciaux… J’applaudis ! Se permettant même de longs plans fixes qui nous immergent dans le cadre de ses scénettes, Tarantino pose là un film avec une couleur et une ambiance si particulières que même les morceaux qui participent à la B.O. ont maintenant la teinte du film, effaçant toute référence originelle.
Pulp Fiction cristallise tout le génie du maître : un film flamboyant, drôle, jouissif et tellement accessible. Un grand moment pour les fans de ciné, fait par un fan de ciné.
Pour continuer à creuser le film, c’est ICI.

Plus de lecture ?

Tagged , , , , , , , , , , , , , , , ,

One thought on “PULP FICTION de Quentin Tarantino (1994)

  1. Passionnante lecture, bourrée d’énecdotes dont je n’avais nullement connaissance ! (le références à Die Hard ou le casting de Calderon). « Pulp fiction » est un épatant bain de langage tarantinien (comme le souligne l’extrait placé en exergue). Chez lui, les dialogues s’apparentent à de la musique, savamment composée, tenant compte des accents, du phrasé, de l’argot employé. Le récent « Django unchained » vient magistralement confirmer cette empreinte d’auteur. « Pulp fiction » est aussi un formidable fourre-tout cinéphilique empli à ras bord de vignettes citant ses genres et ses films favoris. La séquence mythique du restaurant cristalise en un lieu cette tendance en convoquant jusqu’aux sosies des gloires de l’époque bénie d’Hollywood. La structure même du film est un hommage permament au cinéma, travaillant la notion de montage en lien avec les expériences de ses aînés. Il en ressort un effet mosaïque plaisant, un objet fun, artificiel peut-être aussi. C’est sans doute un peu pour cela que je lui préfère « Jackie Brown » qui marque le retour à un cinéma moins exubérant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *