THE PRINCESS BRIDE de Rob Reiner (1987)

Proposé par l’un de vous, choisi par Jeanba, rédigé par Phil.

“When I was your age, television was called books.”

Le grand-père dans The Princess Bride.

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Il était une fois, il y a bien longtemps (plus de 25 ans quand même !), un petit garçon américain comme il en existait tant aux États-Unis de l’Amérique. Le genre d’irrésistible petite tête à claques, nourrie depuis toujours au beurre de cacahuète et digne de jouer dans une publicité pour Vicks Vaporub ou, dans le meilleur des cas, de tenir le premier rôle d’une série des 80’s comme Les Années Coup de Cœur. Sauf qu’en cette belle journée de l’année 1987, ce petit bonhomme ne va pas vivre d’inutiles aventures avec son pote binoclard, son grand frère à la coupe mulet et sa petite copine ayant trois têtes de plus que lui. Non, aujourd’hui il a juste la grippe et il est cloué au lit. princessbridebdcap1_originalFinalement, il aurait peut-être mieux fait de jouer dans la pub Vicks Vaporub…

Mais dans son malheur, Fred Savage s’en sort plutôt pas mal. Il passe sa journée sous la couette à jouer au baseball sur son Amstrad en mangeant les sandwichs préparés avec amour par sa tendre maman, ravie de pouvoir s’occuper de son rejeton chéri entre deux lessives tandis que Papa est au travail. On peut donc aisément comprendre qu’il voie d’un mauvais œil l’arrivée de son grand-père dans sa chambre, ce dernier semblant effectivement avoir la ferme intention de lui lire un livre (“pardon, un quoi ??”) pendant toute l’après-midi, histoire de lui tenir compagnie. Et ce livre, c’est un conte : Princess Bride. “N’importe quoi, lui ! T’es bien sympa Papi, mais là j’ai ma Major League de baseball à terminer. Alors t’as beau avoir la classe de Peter Falk, ton histoire de princesse à deux balles qui se regarde même pas à la télé, tu peux aller la lire à tes copains de l’hospice parce que moi je m’en fous complètement. Merci salut bisous”.

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Petit merdeux, va… Si on était pas dans un film américain tout public, laisse-moi te dire que tu t’en serais déjà pris une au travers de la gueule depuis bien longtemps ! Et le respect de tes aînés bordel, t’en fais quoi ??The_Princess_Bride_1037 Y’a plus de jeunesse, je vous jure ! Une chose est sûre : tu ne vas pas t’en tirer comme ça. Ce serait bien mal connaître l’ami Peter…

En grand maître du self control en toutes circonstances qu’il est – au lieu de lui foutre la torgnole qu’il mérite avant de fracasser sa console de jeu vidéo contre le mur et de la lui faire bouffer -, ce bon vieux Peter va user de ses vieilles ruses columbesques et de toute sa malice de grand-père aguerri à qui on ne la fait pas pour parvenir à ses fins. Et c’est ainsi que le vieillard moustachu commence le récit de Princess Bride. Screen-shot-2012-02-28-at-10.18Il finira par raconter cette belle histoire d’aventures dans son intégralité à cette infâme petite crapule, symbole d’une génération – la mienne en l’occurrence – hypnotisée par les pixels et pour qui les livres ne sont que des objets poussiéreux d’un autre temps, résidus en papier d’une époque révolue. Ca lui fera les pieds, tiens ! Mais ne vous inquiétez pas, comme dans tous les contes pour enfants, tout est bien qui finit bien : petit Fred prendra goût à la lecture (il en redemandera même !) et Papi Peter aura rempli sa mission d’héritage culturel salvateur. Ils vécurent heureux, tout ça, tout ça… Chouette !

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Car finalement, qu’est-ce ce que Princess Bride sinon un plaidoyer humoristique et décalé en faveur de la littérature d’aventure et de ces bons vieux films qu’elle a inspirés ? Alors que cette dernière tend de plus en plus à s’effacer au profit des consoles de jeux débilitantes et des effets spéciaux toujours plus nombreux et constamment dans la surenchère, ce clown de Rob Reiner revisite ici le conte fée en replaçant l’histoire et les dialogues au centre de l’œuvre. L’écriture, les mecs ! 20111126-165334Et pour être sûr de pas se planter parce qu’il est pas con, Rob s’appuie au scénario sur William Goldman, l’auteur du livre original.

Le résultat est un mélange assez improbable de très efficaces ingrédients tels que la “vanne-qui-fait-bien-rire-parce-qu’elle-n’a-rien-à-faire-ici” à la Mel Brooks, le “livre-qu’on-lit-dans-la-réalité-pour-mieux-s’en-évader-parce-qu’en-fait-la-réalité-c’est-nul” dans le genre de L’Histoire Sans Fin (1984) et la moustache “de cape et d’épée” à la Errol Flynn dans Les Aventures de Robin des Bois (1938). On retrouvera d’ailleurs cette dernière dans Sacré Robin des Bois (1993) du papa de Frankenstein Junior (1974), à qui Reiner et Goldman semblent rendre un hommage évident. Coïncidence ? Je ne crois pas non… D’autant que Carl Reiner, le papa de Rob, était un bon pote de Mel Brooks. Et voilà, tout s’explique.

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Rapidement donc, le spectateur entre dans le livre pour découvrir le monde merveilleux de Princess Bride, un univers médiéval à la croisée des chemins entre le comté de Nottingham et Fantasia, où tout est permis. Ou presque… Y’a des jolies princesses cruches et des méchants princes lâches, des vengeurs masqués et des vengeurs pas masqués, des géants qui s’appellent André et des nabots qui s’appellent Wallace, des morts qui ressuscitent pour se retrouver paralysés, etc. img_6717Bref, c’est le bordel. Mais c’est pas grave parce que ce qui est cool c’est qu’on s’en fout !

Le conte commence par une romance cheap sur fond de soleil couchant alors que d’habitude c’est plutôt le genre de scène qui conclut un film : pas grave, on s’en fout ! Quelques minutes plus tard, on a droit à un légendaire combat d’épée digne des plus grands climax finaux sauf qu’on a pas encore passé la première demi-heure : pas grave, on s’en fout ! Les méchants se déplacent à cheval avec autant de style que les Monthy Pythons lorsqu’ils se déplacent sans cheval dans Sacré Graal (1975) : pas grave, on s’en fout ! Les anguilles géantes sont en carton-pâte et les gros Rongeurs de Taille Inhabituelle sont clairement des gens déguisés : pas grave, on s’en fout j’te dis !!

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Donc voilà, dans Princess Bride on a l’impression qu’on s’en fout de tout et c’est vrai que ça a l’air un peu bordélique comme ça, à première vue. Mais en fait, comme le dirait Jackie Berroyer dans le Péril Jeune (1994), c’est un “bordel agréable”, beaucoup plus réfléchi et subtil qu’il n’y paraît. Un drôle de bordel pour petits et grands devenu carrément culte. Et, vous vous en doutez, ce n’est pas pour rien. Quand on y pense, il a d’ailleurs certainement inspiré l’élaboration de l’univers de Shrek et de tous les films en ayant découlé. Belle performance, quand même !

A l’image de ce combat générationnel entre un grand-père roublard et la tête de con lui servant de petit-fils, Princess Bride c’est la preuve, par le biais d’une absurdité joyeuse et farfelue, que la modernité oublie souvent très vite à quel point elle est redevable à la tradition. La preuve que, d’une certaine façon, l’une n’existerait pas sans l’autre. En fait, Princess Bride nous rappelle tout simplement que nous devons respecter nos aînés pour tout ce qu’ils ont à nous apporter et que sans eux nous ne serions pas grand-chose.

Et voilà, comme dans tout conte qui se respecte, on conclut par une bonne vieille morale bien à l’ancienne. C’est la tradition, non ?

Sur ce, merci salut et… bisous !

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Bande-annonce

Pour en savoir plus sur The Princess Bride, voici la fiche complète du film.

P.S. : Pardon à Fred Savage. J’ai rien de spécial contre lui mais je sais pas… c’est sa tête là, elle m’énerve.

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