PREDATOR de John McTiernan (1987)

Trophée de Jeanba chassé par Phil.

« Je ne sais pas ce que c’est, mais ça nous suit. Et je sais que c’est pas un homme… On va tous y rester. »

Billy dans Predator.

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Je ne compte plus les fois où j’ai entendu dire que Predator était un film pourri. C’est un film pourri parce qu’il y a Schwarzy dedans ou parce que c’est un film d’action typique des 80’s avec des militaires et des explosions. C’est un film pourri parce qu’il y a des répliques débiles – elles aussi typiques des 80’s – du genre « pute de pute de pute de pute » ou « faites-vous les mâchoires avec ça et vous banderez comme des dinosaures ». J’en passe et des meilleures… Predator-photo-1-400x218Je ne vais pas y aller par quatre chemins, il y a tout ça dans le film. Sauf que Predator n’est pas un film pourri. Non, les mecs. Predator est un film génial !

Bon ok, j’avoue que je suis tout de même un bon client. Déjà, Schwarzy peut se vanter d’avoir mon respect éternel depuis qu’il a bercé mon adolescence avec Conan le Barbare (1982), Commando (1985) et les Terminator (1984 et 1991) que j’adorent (j’assume complètement !). Ensuite, je n’ai rien contre les répliques débiles typiques des 80’s ni contre les explosions. D’autant plus lorsque tout cela est mis au service d’une histoire bien plus intéressante que ce qu’il n’y paraît sur le papier.

Dans la chaleur étouffante d’un enfer tropical sud-américain rempli de bestioles dégueulasses et de guerilleros en colère, on envoie le Major Alan « Dutch » Schaefer – a.k .a. Mister Universe – et son commando d’élite en mission de sauvetage top-secrète. Ces mecs sont les meilleurs ! Ils ont chacun leur spécialité, chacun leur personnalité. Cambodge, Afghanistan, Libye etc., ils ont bourlingué dans tous les coins chauds du monde pour botter des culs à grands coups de « cracheuse » et de lance-grenades. Autant vous dire que le « merdier », ça les connaît ! Avec eux, c’est mission accomplie à chaque fois et c’est pour ça qu’on a fait appel à Dutch sur ce coup-là. « Une vraie bande crache-la-mort !! » (je balance une réplique d’Aliens (1986) parce que je fais ce que je veux en fait), YEAH BABY !

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Dès le début, ils nous en donnent la preuve musclée en nettoyant un campement entier de révolutionnaires sur-armés. Ça flingue, ça plante, ça gonfle du biceps et ça pète dans tous les sens pendant dix minutes dans le plus pur style des films d’action américains des 80’s. Aucun doute, on sait où on est ! Les méchants devaient être une bonne centaine facile. Eux ne sont que sept… EASY ! Dutch et ses potes sont vraiment les plus forts, ils sont invincibles. Sauf que leur démonstration de testostérone a attiré l’attention d’un invité surprise qui va se faire un malin plaisir de changer la donne. 1987_predator_017PSEt c’est là que c’est vraiment bon car, désormais, les rôles sont inversés.

Avec l’arrivée dans le décor d’un alien-chasseur humanoïde d’environ 2,20 mètres de haut, coiffé de dreadlocks et doté d’un système de camouflage performant, d’une vision thermique ainsi que d’un arsenal ultra-sophistiqué, Predator passe du film d’action de base à une chasse à l’homme fantastique retournant tous les clichés. La nature devient peu à peu étouffante, oppressante. On sent à chaque séquence la chaleur pesante et la peur monter d’un cran. Comme le dit Billy au bout d’un moment (le mec indien qui trouve les pistes et flaire les trucs comme un clébard) : « on va tous y rester ». L’ambiance n’est donc pas trop à la fête mais cela semble terriblement inévitable.

Face à cette vilaine bébête extra-terrestre particulièrement hostile, têtue et vicieuse, tout l’attirail militaire de l’invincible commando est désormais obsolète. La scène mythique dans laquelle Dutch et ses potes rasent plusieurs hectares de forêt vierge avec leurs mitraillettes sans rien toucher (ou presque) montre à quel point cette équipe de choc s’est transformée en une inoffensive volée de perdreaux incapables d’échapper à leur destin funeste. Et cela devient finalement très plaisant de voir ces bidasses viriles n’ayant habituellement peur de rien commencer à avoir la pétoche comme des fillettes.

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Predator, c’est en quelque sorte L’arroseur arrosé (1897) des 80’s. Les meilleurs « chasseurs » de la Terre sont devenus les proies d’un prédateur beaucoup plus dangereux et tous les récents progrès de l’humanité en matière d’armement n’aideront en rien à vaincre cette nouvelle menace. Une idée qui va complètement à l’encontre des films d’action « classiques ». L’unique solution résidera dans un retour à la Nature primitive, rappelant que nous ne sommes rien face à l’immensité et l’hostilité de l’univers. Et pour un « film d’action avec Schwarzy » (qu’est-ce qu’il y a comme guillemets dans cet article !), avouez que ça sort un peu des sentiers battus !

Un an avant l’idée de génie de Die Hard (1988), John McTiernan posait déjà les bases en transformant un grand espace (ici la forêt tropicale) en une véritable prison dont il est impossible de s’échapper, sinon les pieds devant et la colonne vertébrale en moins. Un efficace élément de suspense venant s’ajouter au fait qu’on ne voit pas la bestiole extra-terrestre pendant les deux premiers tiers du film.197024835_predator_1987_720p_br_1280x688_600mb_shaanig Dans ce sens-là, ça ne m’étonnerait pas que Monsieur McTiernan soit lui aussi un fan des Dents de la mer

Sous ses apparences de film-cliché gonflé aux stéroïdes, Predator a donc su dissimuler un bon paquet d’idées géniales, de moments cultes et de réflexions intéressantes. Et le tout avec un casting constitué de seulement neuf acteurs (plus la bébête). Un vrai huit-clos de science-fiction à la sauce Alien (1979) ! Drôle (voire parfois carrément risible) et effrayant à la fois, le film semble se moquer de lui-même pour dépasser les carcans du genre dans lequel il feint de s’enfermer et, de cette façon, parvient à faire passer son message de façon originale et spectaculaire.

Predator a beaucoup trop longtemps souffert des idées reçues s’amusant à mettre tous les films d’action d’une décennie entière dans le même panier de navets. Bon ok, vous ne serez pas bouleversés par la virtuosité de la mise en scène et le film ne déclenchera pas chez vous une introspection de plusieurs jours. Mais si vous aimez poser le cerveau de temps en temps et vous éclater avec un excellent divertissement rempli d’auto-dérision, d’action et de suspense, alors soyez courageux et donnez sa chance à Predator !

Parce qu’il faut parfois oser le « film de merde ». Ouais, les mecs…

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Bande annonce

Pour obtenir plus d’infos sur Predator, c’est par LA que ça se passe.

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4 thoughts on “PREDATOR de John McTiernan (1987)

  1. Qui a dit que « Predator » était pourri ? ! C’est bien évidemment un film magistral réalisé par le père du cinéma d’action moderne (selon JB Thoret qui lui voue un culte lui a consacré une émission entière facilement podcastable sur le site de France Inter). C’est d’abord un film qui tranche avec les canons du rambo-like très en vogue à l’époque, déroutant les codes en empruntant la voie de l’aller sans retour déjà explorée dans des classiques tels « Objective Burma ! » du grand Raoul Walsh. C’est aussi un sens de l’espace parfaitement maîtrisé et une utilisation de la jungle qui renvoie dans sa dernière partie au « King Kong » des origines, un retour à l’aube de l’humanité. Certes la réalisation n’est pas exempte de défauts (l’attaque du camp qui n’est d’ailleurs pas imputable à McT) mais le film reste encore aujourd’hui un véritable leçon de cinéma. Alors on peut toujours trouver à redidre sur la présence de Shwarzy et trouver le film pourri, tout comme on peut trouver « 2001 » imbitable avec des effets spéciaux qui se voient trop et « Vertigo » hyper daté. On peut aussi ne rien tiquer à ce qu’est vraiment le cinéma.

  2. davidauvray08 dit :

    Et dire que la bêbête a failli être interprétée par Jean-Claude Van Damme!! Si si, l’acteur belge a fait des essais dans le costume… Heureusement John McTiernan lui préférera Kevin Peter Hall, celui qui fait 2,20m justement et si vous ne connaissez pas sa tronche et ben à la fin de Predator, c’est lui le pilote d’hélicoptère qui recueille Schwarzy… Pour les adorateurs de John McTiernan, l’heure est à la révolte car le cinéaste purge en ce moment même une année de prison ferme!!! La vie est vraiment une catin mal dégrossie!!! (moi y’a pas de guillemet dans mon texte mais qu’est-ce qu’il y a de points d’exclamation!!!)

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