MUD de Jeff Nichols (2013)

Choisi par Phil, rédigé par Jeanba.

“I like you two boys. You remind me of… me.”

Mud, Mud.

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J’ai comme l’impression que je me retrouve assez souvent à chroniquer des films sur le passage à l’âge adulte. La métaphore de la pauvre chenille qui devient papillon flamboyant, enfin vous voyez l’bordel. A croire qu’on essaie de me faire passer un message, de me dire “Jeanba, tu sais, maintenant faut arrêter de te moucher dans ta manche et penser à devenir un bonhomme”. Oui, je sens bien que vous trouvez ça méchant de me parler comme ça, et je vous en remercie les copains.

Mais on finit par réfléchir parce que quand même on voudrait pas mourir idiot, et au final, qu’est-ce que c’est vraiment que grandir ? Dans beaucoup de civilisations à travers les âges, devenir adulte était marqué par un acte cérémoniel, une action précise à accomplir. Grandir se faisait de manière soudaine, tu te levais enfant le matin et te couchais adulte le soir, même pas le temps d’une crise d’adolescence. Tout ça sans transition, grandir étant le fruit d’un traumatisme. La perte de son innocence et l’acceptation de sa première cicatrice émotionnelle. Mais pas que ça…

mud-themovie-1Mud commence avec un air de déjà vu, deux gosses un peu zonards font la connaissance en secret d’un type un peu taulard. Et ainsi Les aventures de Tom Sawyer viennent se rappeler à notre souvenir devant la vision de cette Amérique baignée par les eaux du fleuve Mississippi. Et tout comme Tom Sawyer & Huckleberry Finn, les gamins du film semblent aimer l’école surtout quand elle est loin. Plus habitués à traîner qu’à étudier, Ellis & Neckbone n’ont pourtant rien à envier aux petits collégiens. Leur intelligence a été façonnée par la rudesse et la débrouille. Et n’essayez pas de leur piquer leur goûter à la récré, parce qu’Ellis distribue les baffes aussi facilement que je dégainais mon distributeur de PEZ à son âge.

MUD_12026_0ukbovbv.jpgFace à eux : Mud. Un bonhomme charismatique et étrange. Un type qui inquiète autant qu’il attire. Bourré de superstitions et de manies étranges, on sent vite que Mud a souvent pris les mauvaises décisions dans sa vie. Et qu’il a très certainement fait les mauvais choix pour se tirer de là. Un serial loser en somme. Sa vie, il l’a passée à réparer les conneries qu’entraîne son histoire d’amour. Alors quand il rencontre les deux moineaux encore pétris d’innocence, il va faire le choix, toujours aussi judicieux, de les faire tremper dans ses combines. Bah oui, il est pas à une mauvaise idée près le Mud.

Les thématiques de Mud sont nombreuses et s’imbriquent en un tissu complexe mais toujours léger. Et l’amour en est un grand pan. Logique après tout que le passage à l’âge adulte se fasse à travers les jeux amoureux et l’appréhension de l’autre. Parce que tomber amoureux c’est vraiment chouette (si, si, essayez, ça vaut le coup). Parce que les déceptions amoureuses sont vraiment marquantes (ça, n’essayez pas, ça vaut rien). Et parce que le romantisme de l’enfant doit bien finir par rencontrer la réalité de l’adulte, la première cicatrice émotionnelle est souvent située sur le cœur. Allez fais pas la gueule gamin, c’est loin d’être la dernière fois que ça t’arrivera.

mudLes enjeux de l’amour sont multiples, et le jeune Ellis va le voir sous plusieurs angles différents : l’histoire de Mud, la relation de ses parents et bien sûr la sienne. Et on est tombé sur une belle brochette de losers. Mais malgré ce background pas très engageant, Mud n’est pas décidé à tomber dans le pathos. Au contraire, à l’instar des grandes fables, la chute est rendue belle, parce que la chute est un parcours et que la beauté réside dans le cheminement du personnage (on se calme les randonneurs, je ne parle pas au sens premier du terme).

reese_witherspoon_mud_shopping_big_sunglassesHormis la qualité de la photo et des décors (et là par contre, ami randonneur amoureux de la Nature, tu seras content), il se trouve un deuxième point qui m’a interpelé et qui est directement lié au premier : la relation homme/femme. Au premier abord, les hommes paraissent être de grands romantiques. Même s’ils sont bourrus, ils sont au moins confiants dans l’amour qu’ils portent aux femmes. Beaux dans la dévotion. Et puis vient le tour des femmes qui, elles, jouent de ça. Avec ce traitement quasi misogyne des personnages féminins, chacune est d’une dureté et d’un égoïsme à faire passer Vladimir Poutine pour un Bisounours. Le film pourrait même très bien se résumer à “les femmes sont de sacrées connasses”. Sauf que cette vision masquerait la réalité masculine dans Mud : les types sont des sacrés tocards, lâches et victimes consentantes. Leur sort, plus que de le mériter, ils l’ont provoqué. Les deux sexes se retrouvant finalement traités de manière équitable dans leurs défauts.

IMG_4355.CR2Bien entendu, Mud ne s’arrête pas là, et beaucoup d’autres thèmes sont abordés de très belle manière. Mais je ne voudrais pas dévoiler tous les aspects d’un film qui avait été pour moi – et pour l’ami Phil d’ailleurs – la révélation de 2013. Un petit bijou calme, fort et lumineux.

En Arkansas, le soleil brille fort et les gens ont du mal à échapper à la force de la fatalité, aussi lourde et dangereuse que les eaux du Mississippi. Les choses vont et le courant de la vie entraînera loin celui qui ne veillera pas à se bouger un minimum le cul pour rester à la surface. En quelques jours, Ellis aura appris les bases qui feront de lui l’homme qu’il sera demain. Mud c’est en fait l’histoire d’un petit garçon pris dans une tempête et qui s’accroche comme il peut pour tenir l’amarre à la force de ses petits poignets d’enfant. Un petit garçon qui se rend compte à la fin qu’il a maintenant de grosses paluches velues de bonhomme.

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One thought on “MUD de Jeff Nichols (2013)

  1. Déluge d’éloges amplement méritées pour cette escapade buissonnière au bord de la Grande Rivière. Twain et Mud sont sur leur bateau, Mud tombe de haut, qu’est-ce qui reste ? : un bien beau film qui sent le limon et la poudre. Vrai que les mecs sont pas gâtés (j’ajoute le père d’Ellis qui n’assure pas un kopek) et les nénettes pas bien futées. C’est parce que Nichols a su capter la beauté sauvage des lieux et la mélancolie des âmes sans pomper à outrance dans le bénitier de Terence Malick qu’il parvient à se hisser au-dessus de la mêlée.

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