MOON de Duncan Jones (2009)

Proposé par Jeanba, rédigé par Phil.

“Gerty, is there someone else in the room ?”
Sam Bell (peu après la trentième minute) dans Moon.

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Je ne vais pas y aller par quatre chemins, le film d’aujourd’hui me confronte à un affreux dilemme cornélien, à savoir que mon petit cœur oscille terriblement entre ce que mes sentiments me soufflent et ce que m’impose ma raison. Je me permets d’expliquer le truc parce que peut-être que tout le monde, comme moi d’ailleurs, n’a pas lu Corneille et ne sait pas ce qu’est un choix dit “cornélien”. moon_2009_725x483_876228Et puis je fais ce que je veux. Bref, revenons à notre dilemme.

S’il a quand même bénéficié d’un certain succès en remportant un bon paquet de récompenses dans différents festivals de films indépendants à sa sortie, il me semble que Moon est relativement peu connu du grand public. Pour ma part, avant qu’un pote ne me pousse à le voir, je n’en avais strictement jamais entendu parler. Je ne le remercierai jamais assez car c’est vraiment un très bon film de science-fiction méritant mille fois qu’on incite un maximum de personnes à le voir. moon Opening

Le problème poussant ma raison à intervenir, c’est qu’au bout de trente minutes il se passe un truc complètement fou dans le film. Le genre de truc complètement fou qui te fait direct basculer l’histoire dans une autre dimension, comme un tiroir libérant un gros pantin sur ressort qui se fout bien de ta gueule en ricanant, grimaçant et te criant “eh ben non-euuuh, c’est pas ce que tu crois-euuuh !” Le truc auquel on ne s’attend pas, le fameux twist qui fait qu’on adore un film parce qu’il a su brouiller les pistes comme il faut. Le gros kiff quoi !

Sam BellLe problème dans le problème poussant ma raison à intervenir, c’est que ce twist de la demi-heure donne toute sa saveur au film pendant les soixante minutes restantes.moonbdcap1_original Il bouscule sensiblement les codes du genre en amenant progressivement le spectateur à s’interroger d’une façon différente et originale sur les problématiques habituelles des films de SF. Et ça, c’est carrément chouette ! Vous en conviendrez, mentionner ce truc complètement fou reviendrait donc à vous gâcher une bonne surprise et à vous flinguer l’intrigue bien comme il faut. Ce qui serait bien dommage. J’ai d’ailleurs déjà peur d’en avoir trop dit. Il commence un peu à me faire chier ce Corneille. Bref… Ayant donc fait le choix, pour toi lecteur, d’écouter la sagesse de la raison plutôt que la flamme aveugle des sentiments, le challenge du jour consistera à te donner envie de regarder Moon en ne te parlant sam-rockwell-in-moon-2009-001que de la première demi-heure.

Comme vous l’aurez sans doute déjà deviné, l’auteur et réalisateur Duncan Jones, qui n’est autre que le fils de David Bowie, nous envoie donc sur la Lune. Son paternel aurait sans doute préféré que le fiston aille faire ses premiers pas de cinéma sur Mars, mais Duncan a finalement jeté son dévolu sur la face cachée de la Lune, plutôt que sur les charmes de la planète rouge pour planter le décor de Moon que voici. Dans un futur assez proche, 70 % des besoins énergétiques de la Terre proviennent de l’exploitation du sol lunaire et de l’extraction d’un carburant alternatif, l’helium-3. Sam Bell, astronaute de métier, supervise à l’aide de Gerty – une Intelligence Artificielle dotée d’un panel d’émotions très varié et de la voix rassurante de Kevin Spacey – le bon fonctionnement de la station minière et des moissonneuses automatisées récupérant la précieuse source d’énergie. moon06-540x223Voilà bientôt trois ans qu’il travaille pour le compte de la richissime compagnie Lunar Industries. Mais là, dans deux semaines, c’est la quille ! Il va enfin pouvoir retrouver sa femme et sa fille, née juste après son départ. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes futuristes. Jusqu’à ce qu’il se passe le fameux “truc complètement fou”…

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Dès les premiers instants, il paraît évident que Moon s’annonce comme un huis clos spatial et claustrophobe à l’image de son grand-frère, Alien (1979), dont l’influence avouée transpire agréablement du design épuré et immaculé de la base lunaire. Mais ici pas d’exploration à des années-lumière de la Terre, et encore moins de vilain rejeton extra-terrestre baveux défonçant la cage thoracique de ses hôtes. Non, Moon c’est juste l’histoire d’un mec se trouvant à seulementtts_sarang_20-585x336 quelques heures de la maison et souffrant de la frustration ultime de l’astronaute : être si loin, et pourtant si proche. L’histoire aussi d’un travailleur se réveillant tous les matins avec une chanson de vieux glam rock pourri lui rappelant à tort qu’il est “le seul et l’unique” (The one and only). L’histoire de Sam, ouvrier obéissant au service d’un géant capitaliste aux pouvoirs divins (difficile de ne pas penser à la compagnie Weyland, à l’origine des déboires de Sigourney Weaver), comme nous le rappellent les moissonneuses et leurs noms d’apôtres, Marc, Matthieu et Luc. En même temps, on ne va pas leur jeter la pierre non plus : difficile de ne pas se sentir un Dieu lorsque l’on détient le destin énergétique de l’Humanité entre ses mains. Mais bon ça, c’est jusqu’à ce qu’il se passe le fameux “truc complètement fou”…

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Parce que pas mal d’ingrédients permettant de concocter un bon film de science-fiction sont réunis dès les prémices de l’intrigue (conquête spatiale, avenir de l’humanité, rôle de l’Intelligence Artificielle, hégémonie capitaliste, lutte des classes, etc.), la première demi-heure de Moon vaut déjà carrément le détour. Ajoutez à cela quelques idées géniales (le robot Gerty, entre autres), une superbe prestation du trop rare Sam Rockwell – peut-être même sa meilleure –moonbdcap3_original, une bande-son immersive signée Clint Mansell, ainsi que l’écriture intelligente et la mise en scène élégante de Duncan Jones, vous obtiendrez Moon : un film de SF surprenant à plus d’un titre puisqu’il parvient à la fois à imposer son rythme de façon agréable et à jouer avec des émotions assez puissantes et universelles sans jamais sombrer dans le piège facile de la lourdeur mélo et gnan gnan. Et j’aime bien quand un film évite de faire des trucs que j’aime pas.

Ah et puis je sais pas si je vous ai dit, mais vers la trentième minute, il se passe un truc complètement fou aussi…

Allez, salut !

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Bande-annonce

 

Pour en savoir plus sur Moon, voici la fiche complète du film.

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2 thoughts on “MOON de Duncan Jones (2009)

  1. [signal provenant d’une zone inconnue du cosmos] « je n’en avais strictement jamais entendu parler ». ah, mais il faut lire plus souvent le blog du Princécranoir alors ! L’envie de partir visiter Sam Rockwell sur la « Moon » serait ainsi née bien plus tôt. Et puis tu aurais pu découvrir qu’à partir de la trentième minute il découvre que…. [interruption du signal].

    • Phil dit :

      Mais j’en suis un lecteur particulièrement assidu, mon cher ! 😉 Et quand je disais ça, je parlais de l’époque de mon tout premier visionnage, il y a de cela trois ou quatre ans, à l’époque où je ne savais pas encore qu’à partir de la trentième minute ce bon Sam Rockwell découvrait que…

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