MILLER’S CROSSING de Joel et Ethan Coen (1990)

Choisi par Phil, rédigé par Jeanba.

– I’m awake.
– Your eyes are shut.
– Who you gonna believe ?

Tom et Tad dans Miller’s Crossing.

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Est-ce qu’on vous a déjà conseillé un film en disant qu’il est parmi les meilleurs et qu’il vous faut absolument le voir ?! Il est vrai que Miller’s Crossing fait partie de ces films : il est écrit par les frères Coen, il embarque un casting fort engageant (Gabriel Byrne, John Turturro, Steve Buscemi, Jon Polito), et une grosse communauté de fans continue de chanter ses louanges plus de 20 ans après sa sortie.

Miller's Crossing02Alors on se laisse embarquer, parce qu’il est bon de se laisser porter par l’avis éclairé de personnes de confiance. Et dès le début on est séduit par le monologue bien senti d’un caïd de la pègre, plan sublimé par l’efficace Barry Sonnenfeld (ici directeur photo). Très beaux personnages en costume et galurin à la mode des 30’s, les deux monstres du crime organisé font monter la pression dès la première scène. Le décor est posé.

Et alors se détache doucement de l’arrière-plan et du mutisme le personnage principal : Tom Reagan, l’homme qui murmure à l’oreille du seigneur de la ville.

Il faut bien avouer que c’est un dur le Tommy, un vrai. Il dit ce qu’il pense et il croit à sa ligne d’éthique, quitte à devoir se faire casser les mâchoires en chemin. Enfin ça c’est le rôle qu’il joue. Dans la réalité Tom est un sacré loser avec une chance monumentale, digne d’un sacré cocu. En l’occurrence, il n’a pas à se soucier de ce problème puisque c’est lui l’amant. Non, le vrai problème c’est que le cocu de l’affaire n’est personne d’autre que son boss, Chef parmi les chefs et grand amateur de sulfateuse. Rajoutez aux histoires de cul cœur, les guerres de pouvoir dans l’Amérique prohibitive des 30’s et vous obtenez un cocktail dit «Molotov».

Miller's Crossing05Les frères Coen (à la filmographie impeccable) ont ce talent pour trouver les composants parfois les plus éloignés pour obtenir un mélange d’une finesse et d’une folie sans pareilles. Les bonnes idées foisonnent ici comme toujours : des scènes de castagne saupoudrées de l’humour décalé des frangins cinéastes, un parrain sachant sulfater une petite armée sur un air d’opéra, un rival teigneux obsédé par le respect et papa gâteau d’un geignard inapte, un John Turturro en électron libre prêt à tout pour assurer encore son statut de petit parasite magouilleur, de la très belle photo et des idées de réalisation fortes et novatrices. Que du beau, que du bon donc… eh bien non.

Miller's Crossing07On a beau choisir les meilleurs ingrédients, ça ne garantit pas que le mélange sera bon et, même si je vois les bonnes idées disséminées un peu partout, je ne vois pas un bon film ni une grande histoire. On se retrouve avec un anti-héros inlassablement sauvé des pires situations par des pirouettes scénaristiques à faire pâlir Surya Bonaly. Quelle que soit la situation, le chat retombera toujours sur ses pattes, au point de sacrifier la crédibilité du personnage et du scénario. Que ça arrive une fois lorsqu’on se fait tabasser, ok. Mais 4 ou 5 fois alors qu’on vous étrangle, tire dessus, menace et j’en passe… Merde les mecs ! Votre gars c’est pas non plus Oswlad le lapin chanceux !

MILLER'S CROSSING Mais Reagan n’est pas le seul à subir ce traitement. La plupart des gros personnages de Miller’s Crossing se retrouvent affublés d’une psychologie changeante, contradictoire et décidément invraisemblable. Cela vous arrive souvent d’aplatir la gueule de votre plus ancien ami à grands coups de pelle à cendres, sous prétexte qu’un petit nouveau vient vous raconter des craques à peine crédibles ?

Quelle que soit l’intention voulue, les personnages semblent creux et le jeu d’interprétation s’en ressent fortement malgré la force du casting. Joel et Ethan Coen auraient mis plus de 6 mois à écrire Miller’s Crossing, alors que la plupart de leurs films sont scénarisés en 3 semaines. Ils se sont même permis une pause pour rédiger le fameux Barton Fink, qu’ils réaliseront un an plus tard. Peut-être que le titre québécois, Un cadavre sous le chapeau, était annonciateur d’un manque d’inspiration pour finaliser une écriture pourtant très bien commencée. L’idée d’un jeu de miroirs entre les histoires de passations de pouvoir est plutôt bien trouvée, mais pourquoi la laisser n’être qu’une simple répétition de scènes tournées à l’inverse ? Tout semble fameux au premier abord, puis paraît abandonné en chemin, comme un gosse capricieux qui laisserait tomber son cadeau aussitôt déballé.

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Pas de méprise, j’aime les frères Coen, génies incontestés de la comédie décalée, du contrepoint et des personnages savoureux. Mais là, je suis resté sur ma faim. J’ai vu de très bonnes idées, une photo parfaite, un stylisme sans défaut, mais beaucoup d’agitation pour rien et finalement le survol d’une histoire meilleure dans son intention que dans son écriture.

Miller’s Crossing restera pour moi quelque chose de pas totalement abouti et tant pis si ça vous déplaît. Vous pouvez toujours venir me casser la gueule dans les commentaires, les Coen trouveront bien une cabriole dans le scénario pour me sauver la mise.

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