MAD MAX : FURY ROAD de George Miller (2015)

Chronique d’après-séance par Phil.

“Wanna get through this ? Let’s go !”
Imperator Furiosa dans Mad Max : Fury Road.

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“- Oui, bonjour, je m’appelle George Miller et je viens pour la leçon de blockbuster. C’est bien ici ?
– Mais tout à fait, monsieur Miller. Tenez, vous n’avez qu’à vous installer entre monsieur Snyder et monsieur Bay, il reste une place de libre.
– Ah non mais je crois qu’on ne s’est pas bien compris, mon petit pote. La leçon, je viens pas la prendre, je viens la donner. Allez, dégage !”

Et BIM ! Et CRAC ! Et zzzzZBLAH !! Et coucou, monsieur Miller !

screen-shot-2014-07-27-at-11-18-31-pmAprès des années de développement et plus de six mois de tournage, le voilà qui débarque pied au plancher, rutilant, vrombissant, déterminé, prêt à tout fracasser sur son passage. A l’heure où la course à la surenchère sur fond vert bat son plein et où les blockbusters se consomment comme des menus Best Of un lendemain de cuite, oser ce genre d’ovni s’avérait être un projet sacrément couillu. Ben voilà, il a osé… Et il a bien fait, putain !

Et pourtant, suite à l’énorme campagne gonflée à bloc ayant précédé la sortie du film, j’avais beau être excité comme une pré-ado devant un live des One Direction, je redoutais d’assister une nouvelle fois au massacre d’une franchise qui me tenait viscéralement à cœur (en même temps, c’est pas comme si c’était pas déjà arrivé… Indy, si tu nous entends, repose en paix, mec). Mais non, tout ce que les multiples et spectaculaires bandes-annonces me promettaient, j’y ai eu droit. mad-max-fury-road-photo-54889d94bf764Et avec, en prime, un sympathique nappage de nitroglycérine et de cambouis sur mes popcorns. Miam miam !

Avec Fury Road, il va surtout ne pas falloir oublier de bien accrocher sa ceinture de sécurité parce que ce n’est pas qu’une hallucinante course-poursuite remplie de cascades démentes (ce qui est pourtant déjà pas mal). Ici par exemple, le temps de cet énorme coup d’accélérateur de deux heures, la jauge de badasserie explose littéralement ! Finis les gangs de loubards à deux roues semant la terreur de bled en bled et les punks en slip de cuir assoiffés de chair et de gasoil. Désormais, ils cèdent la place à une véritable société de grands malades, certes tout aussi hostile, mais surtout dangereusement structurée dans la folie pure. Max va rapidement et violemment être confronté à l’esclavagiste Immortan Joe et à ses fanatiques rejetons, les warboys, élevés dans la religion du moteur V8, aveuglés par un patchwork mythologique de l’ancien monde et donc prêts à se sacrifier pour atteindre le “Valhalla” et pouvoir se régaler au “McFestin”. Des guerriers kamikazes, consanguins et même parfois improbablement musiciens qui, sur l’ordre d’un Joe bardé de tumeurs, père, gourou et Dieu à la fois, se lanceront sans hésiter dans leurs bolides customisés à la poursuite de la forteresse sur roues de la traîtresse Furiosa.

mad-max-fury-road-image-the-war-rigOn va s’arrêter là au niveau du pitch parce que, de toute façon, ça n’ira pas beaucoup plus loin. Complètement dans les bottes du Road Warrior de 1981, la force de Fury Road ne réside pas dans le déroulement et la richesse de son histoire, mais bien dans un spectacle non-stop sur-boosté à l’adrénaline, ainsi que dans la création sans limite d’un univers tout droit sorti de la plus déjantée des BD post-apocalyptiques. 1035x472-MMFR-2ND-TRL-0002La puissance de l’action et la folie des images. Il n’en fallait pas plus.

Bon si, quand même, il fallait bien quelques trucs en plus, faut pas déconner. Il fallait notamment un héros, un vrai. Un digne successeur à Mel Gibson et au Max de mon souvenir. Et à ma grande surprise, ben… ce ne fut pas le cas. L’assurance ténébreuse transpirant de son petit monologue d’introduction ne s’avéra finalement qu’être un simple feu de paille. Max en est ici réduit à l’état de bête sauvage en captivité, muselée, dominée, subissant du début à la fin la folie du monde qui l’a vu naître. mad-max-fury-road-image-charlize-theron-3Aujourd’hui, les héros ne sont plus des mecs virils vêtus de cuir que l’on admire avec une lueur d’espoir dans le regard. Suite à un heureux coup du sort et après pas mal de coups dans la gueule, Max finira par le comprendre : sur la “route furieuse”, le héros est bel et bien une femme, et elle répond au doux nom d’Imperator Furiosa. Vu le patronyme, on aurait presque pu s’en douter…

L’amer souvenir peroxydé que j’avais de Tina Turner et de son oubliable Dôme du Tonnerre (1985) a donc peu à peu taillé la route pour laisser Charlize Theron exprimer un surprenant charisme au beau milieu de ce fatras de ferraille, de sang, d’huile de moteur, de bastons, d’explosions et de testostérone. Et ainsi, même Tom Hardy, pourtant rudement bien choisi pour rentrer dans un uniforme que je trouve taillé sur mesure, écoute docilement le maître Miller, courbe l’échine quand il faut et donne sans broncher la papatte à Charlize pour l’aider à distribuer des mandales. Une petite touche de féminisme dans ce monde de brutes, voilà l’un des gros coups de génie de George Miller pour briser les codes et faire de Fury Road un film d’action d’une modernité étonnamment détonante. Max, un personnage presque secondaire… Fallait oser quand même !

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A part un léger ralentissement (mais c’est juste avant le final, donc ça va), l’action ne connaît quasiment aucun temps-mort. Cernée entre le bleu électrique du ciel et le jaune-orange brûlant du désert, rythmée par des tambours fracassant la mesure de toutes leurs forces, filmée au ras du sol, dans les airs ou au plus près des personnages et des véhicules, la poursuite se transforme immédiatement en une machine infernale dictant ses propres règles visuelles et hurlant son déchaînement de fureur aux oreilles du spectateur. Comme Max, pas d’autre choix que de subir la folie de ce wasteland malade au beau milieu de tous ces tarés lancés à pleine vitesse. Mais qu’est-ce que c’est bon !

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Finalement, c’est un peu comme si George Miller avait minutieusement désossé les carlingues poussiéreuses de ses trois précédents films pour réussir à en extraire ce qu’il y avait de meilleur. Avec un savoir-faire “à l’ancienne” et des outils d’aujourd’hui, il semble avoir obtenu la surprenante autorisation de créer le Mad Max ultime. Un bon coup de pleins phares dans le tunnel des blockbusters qui permettra, espérons-le, d’en voir le bout dans un avenir proche.

Alors si comme moi, vous avez toujours aimé le “Guerrier de la Route” et les films d’action totalement décomplexés, foncez voir Fury Road ! Et n’oubliez pas de me faire signe parce que j’ai déjà envie d’y retourner m’en prendre plein la tronche.

Allez, salut !

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Bande-annonce

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4 thoughts on “MAD MAX : FURY ROAD de George Miller (2015)

  1. « excité comme une pré-ado devant un live des One Direction », on y est complètement dans la « One direction ». Ce « Mad Max » est une fuite unidirectionnelle et éperdue vers une chimère, la quête d’un paradis qui semble définitivement perdu. La planète de Mad Max est une sorte de Terre post-Insterstellar sur laquelle on aurait sciemment oublié les spécimens humains les plus avariés. J’espère que messieurs Bay et Snyder ont bien suivi la leçon !

    • Phil dit :

      Je n’aurais jamais pensé inspirer ton commentaire avec cette grande référence musicale ! 🙂 Cela dit, très bien vu de ta part car j’avoue que ce n’était vraiment pas réfléchi. La magie et l’humour de l’inconscient, j’imagine 😉
      Comme je l’écrivais en commentaire à ton excellente chronique (on apprécie le pléonasme ou pas ?), j’espère de tout cœur que cette fuite en avant servira d’exemple et incitera les auteurs et producteurs à oser le lâchage total un peu plus souvent, qu’il y aura un avant et un après Fury Road. Le challenge était risqué mais il a été relevé haut la main. Quelle claque !

      • Je valide humblement le pléonasme, et passe la seconde en écrasant au passage les « One Direction » pour mieux m’enfiler une « Highway to hell » de circonstance.

        • Phil dit :

          Ca c’est sûr qu’on en ferait bien nos globulards pour aller bouffer de la poussière en écoutant Angus et ses potes à fond les ballons ! 🙂 Tellement de circonstance, comme tu dis.

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