LUCY de Luc Besson (2014)

Choisi collégialement par le Projet Skynet, rédigé par Phil.

“We never really die.”
Lucy dans Lucy.

lucy-projet-skynet

 

 

 

 

Comme le veut la tradition au Projet Skynet, on fait notre rentrée n’importe comment, c’est-à-dire en retard. Eh ouais, mais c’est comme ça.

En revanche, cette année ce n’est pas seulement notre flemme caractéristique qui a reculé la publication de notre chronique. Non, je me dois d’être honnête avec vous : le coupable est un cruel manque d’inspiration de ma part.1509245_845320285484902_1103263370_n Allez d’accord, je vais vous raconter ma vie parce que je sens bien que vous vous en foutez complètement.

Au départ, j’avais prévu d’écrire sur Mommy (2014), le gros succès de l’an dernier ayant valu le Grand Prix du jury cannois à cet “ostie” de petit génie de Xavier Dolan. Une récompense d’ailleurs mille fois méritée, il faut bien l’avouer. Mais Mommy a beau être un film incroyable qui m’a retourné le bide pendant deux heures tellement c’était beau et puissant et intelligent et émouvant et tout et tout, les mots ne vinrent pas. Je sais pas, j’étais pas inspiré. Au bout de quelques jours passés face à une page Word restant obstinément vierge, j’étais sur le point de tout plaquer pour réaliser mon rêve de gosse et devenir pompier volontaire dans le Cantal lorsque j’ai eu LA révélation que je n’attendais plus. J’ai vu Lucy de Luc Besson, et tout a été beaucoup plus clair. Enfin presque…

lucy-2014-movie-images-is-scarlett-johansson-s-lucy-just-going-to-do-this-the-entire-movieLucy, pour vous la faire courte, raconte comment une jeune Américaine se prénommant Lucy et étudiant à Taïwan (la jolie Scarlett) ingère malgré elle une drogue expérimentale toute bleue à cause de la mafia coréenne et, ainsi, en arrive à se transformer en … clé USB. Cherchez pas, c’est comme ça. En fait au début, Lucy est teubé comme tout le monde (peut-être même un peu plus que tout le monde) car elle n’utilise que 10% de ses capacités cérébrales. Mais, grâce à la drogue bleue, son pourcentage va rapidement grimper jusqu’à atteindre le maximum. Avant de se transformer en clé USB, elle acquiert des super pouvoirs avec son super nouveau cerveau de blonde et elle s’en sert pour faire à peu près tout ce qu’elle veut avec les téléphones, les voitures, les télévisions, les Chinois, les flingues, les ordinateurs,JANG_SAYS_BANG le continuum espace-temps et, cela va sans dire, avec ses cheveux (sinon tout cela n’aurait pas vraiment d’intérêt).

Le mec à l’origine des déboires cérébraux de Lucy est un parrain mafieux ressemblant à s’y méprendre à Gary Oldman dans Léon (1994), mais en Chinois (c’est le mec d’Old Boy (2003) en fait). Voilà qui est, vous en conviendrez, particulièrement original de la part de Luc Besson. Bref… Le fait est qu’à cause de lui, Lucy va développer un racisme barbare à l’encontre de tout ce qui est plus ou moins bridé dans le film. Et c’est pas ce qui manque ! Suite à un échange improbable au cours duquel le parrain parlemente avec elle par le biais d’un traducteur (le réceptionniste de l’hôtel sur haut-parleur… WTF ???), Lucy se retrouve passablement énervée. Et nous aussi, bordel !! D’autant que Besson saccade cette séquence avec des images de reportage animalier dans lequel un guépard attaque une gentille petite antilope sans défense. Quelle façon subtile de montrer que Lucy est en train de se faire piéger par la mafia, vous ne trouvez pas ?

960

Le piège en question consiste à lui ouvrir le bide, à y mettre un gros sachet de drogue bleue et à transformer Lucy en une sorte de mule chargée de faire passer la came en Europe. A première vue, voilà un plan parfaitement huilé. Sauf qu’en fait non !powder Comble de la malchance pour nos amis mafieux, ils confient la captivité post-opératoire de Lucy à une bande de débiles ne trouvant rien de mieux à faire que de lui balancer de gros coups de latte pile sur sa cicatrice flambant neuve. Ca c’est malin ! Le sachet se déchire, la drogue se répand dans l’organisme de la petite Lucy et hop ! Voilà les super pouvoirs cérébraux dont je vous parlais plus haut. Mais surtout, Lucy a désormais grave la haine envers les Chinois ne sachant pas aligner deux mots d’anglais et décide de tous les buter sans détour. 157641-161843Alors qu’on ne vienne surtout plus me dire que le racisme provient d’un manque d’intelligence parce que Besson vient de me prouver tout l’inverse ! Un génie, je vous dis !

Maintenant qu’elle fait à peu près ce qu’elle veut avec à peu près tout (mais surtout avec ses cheveux, ne l’oublions pas), elle se sert de sa grande dextérité informatique pour contacter un éminent professeur du cerveau (Morgan Freeman) dont elle a appris par cœur les 6734 pages de recherche en trente secondes.Lucy_07 Alors qu’on vienne surtout pas me dire que la drogue c’est mal parce que Besson vient de me prouver tout l’inverse ! Un putain génie, je vous dis ! Ce prof est d’ailleurs tellement éminent qu’il fait des conférences à Paris dans des universités de type Sorbonne. La grande classe, quoi ! Les intellectuels du monde entier viennent l’écouter pour rigoler à ses blagues désopilantes en se caressant la barbe (“Hahaha ! Mais qu’il est con, ce con !”) et les étudiants, hypnotisés par son Powerpoint de toute beauté, crèvent d’envie de lui poser tout un tas de questions pertinentes.
Exemple :

– “Excusez-moi d’avoir l’outrecuidance d’oser vous interrompre, professeur, mais ce que vous avancez a-t-il été scientifiquement prouvé ? ”
– “Hahaha ! Mais bien sûr que non, voyons ! Quelle question ! Hahaha !”

lucy4

Donc voilà, c’est vrai qu’on s’y marre bien, mais ce mec fait quand même des conférences sur du vent et tout le monde trouve ça trop super. Y a pas de scénario mais tout le monde semble s’en foutre aussi donc tout va pour le mieux. Et dites-vous bien que nous n’en sommes qu’à la première demi-heure du film… Génial, non ? Ca veut dire qu’il vous reste encore plein de scènes d’action sans action à découvrir,134023 ainsi que des carambolages de voitures de flics comme dans Taxi (1998) (ça encore, c’est très original), des explications métaphysiquement fumeuses sur la Vie et des effets spéciaux bien dégueulasses. Bande de petits veinards que vous êtes…

Et ne comptez pas non plus sur la petite Scarlett puisque, coincée entre un Gary Oldman coréen et un Morgan Freeman totalement inutile, elle nous offre un jeu oscillant assez maladroitement entre la cruche de série B et le Ryan Gosling impassible de Drive (2011). Un superbe mélange.

Alors qu’on ne vienne surtout plus me dire que Scarlett Johansson est une bonne actrice parce que Besson vient de me prouver tout l’inverse ! Décidément, un sacré putain génie celui-là…

Allez, salut !

Lucy-Scarlett-Johansson-DR1

Bande-annonce

Si vous voulez vraiment en savoir plus, voici la fiche complète du film.

Plus de lecture ?

Tagged , , , , , , , , , , , ,

6 thoughts on “LUCY de Luc Besson (2014)

  1. princecranoir dit :

    Trop fort le commentaire ! J’suis bien content que la « Mommy » du Dolan soit restée dans ses bandelettes et que tu prennes la pilule pour t’enfiler la Lucy dans le sky avec des brillants (et toujours bien coiffée)pendant que Scarlett et Luc touchaient leur cacheton. En plus, ça n’a pas du tout l’air pompé sur « limitless » !

    • Phil dit :

      Hello Prince (et welcome back à toi aussi) !
      Choisir de tirer à vue sur une ambulance de millionnaire était une solution de facilité, c’est vrai. Mais je n’ai pas pu résister à la tentation. Mon côté taquin, je suppose… 😉 (Je me garde quand même Mommy dans un petit coin de ma tête)
      Vu l’originalité globale et la qualité d’écriture de Lucy, c’est à la surprise générale que le pitch de base est honteusement pompé sur « Limitless », tu fais bien de le souligner. Dans mon souvenir, ce dernier s’emmêlait dans quelques grosses ficelles au bout d’un moment, mais l’idée de départ était quand même assez sympa. Ici tout est cheap, grossier, gratuit et vulgaire. C’en devient triste de voir quelques acteurs que j’aime bien (Choi Min-sik et Scarlett) s’empêtrer dans cet ego-trip de LSD en forme de grosse bouillie bleue.
      A croire que Besson ne connaît vraiment aucune limite lorsqu’il s’agit de se foutre de la gueule du monde…

  2. Grmbl dit :

    C’est vrai, cher Phil, mais je me souviens qu’en essayant d’imaginer ce que cela aurait pu être (ou dû être), j’avais bien aimé quand même…

    • Phil dit :

      Sur le papier, le potentiel était bel et bien là, c’est vrai. C’est sûrement pour cela que ma déception fut si grande, d’ailleurs…
      Mais j’aurais bien du mal à ne pas être intransigeant avec ce film. Dès les premières minutes, le sort en était jeté à mes yeux. Je m’étonne encore d’être parvenu à le regarder jusqu’au bout.
      Lucy a quelques arguments de film-divertissement, mais le gouffre entre son discours, se voulant relativement « sérieux », et ses aberrations (sur lesquelles je me focalise essentiellement dans la chronique, parce que bon, faut rigoler un peu quand même 🙂 ) lui enlève toute crédibilité. Mais cela n’engage que moi bien sûr.

      • Grmbl dit :

        La déception,ça peut rendre méchant… Dans Lucy, c’est l’augmentation purement « organique » de l’intelligence, sans questionnement métaphysique qui m’a gênée. Et puis moi aussi j’ai envie d’un nouveau « 5eme élément », et ça ne vient pas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *