LES PROMESSES DE L’OMBRE de David Cronenberg (2007)

Choisi par Jeanba, rédigé par Phil.

“I’m just a driver.”

Nikolai Luzhin dans Les Promesses de l’Ombre.

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“Ben tiens ! “Juste un chauffeur”… Excuse-moi mon pote, mais t’auras beau répéter ça à tout le monde, rien n’enlèvera jamais le fait que t’as un tout petit peu une tête de tueur. Oh, inutile de faire ton truc avec tes deux doigts sous le menton et de te la raconter avec tes tatouages. Je suis un ouf’-malade moi, je fais ce que je veux ! T’as raison, “juste un chauffeur”мой задница, да ! Je sais pas pourquoi mais quand je te regarde, je t’imagine plus comme le genre de mec complètement taré qui éteint ses clopes sur la langue pour montrer à tout le monde qu’il est complètement taré avant de couper au sécateur les phalanges d’un cadavre congelé. Je me trompe ? Ah tu vois, j’en étais sûr ! On me la fait pas à moi, je t’ai cerné direct. Allez viens, брат мой ! Nous aller boire ensemble alcool grosse patate et prendre bonne cuite ! Toi raconter moi histoire.”

Viggo Mortensen covered in tattoos as a crime boss in new movie with Naomi Watts

Et voilà. C’est comme ça que je me suis retrouvé à enchaîner les shooters de vodka avec l’ami Nikolai pendant toute la soirée. Ouais les mecs, c’est ça le journalisme d’investigation version Projet Skynet : il faut savoir prendre des risques et donner de sa personne en toute circonstance ! Il y a de ça plusieurs mois, l’ami Jeanba s’était prêté à l’exercice avec Little Odessa et était revenu de Brighton Beach,Eastern_promises7 le quartier russe de New-York, avec une sacrée gueule de bois… Et pourquoi que ce serait toujours les mêmes qui s’amusent, hein ?? Moi aussi je veux jouer ! Un trajet en Eurostar et quelques heures plus tard, me voilà donc à Londres en compagnie de Nikolai, ce dernier semblant bien décidé à descendre l’intégralité de sa bouteille de Stolichnaya Cristall (apparemment, c’est de la très, très bonne…) et à me raconter ses péripéties mafieuses. Et c’est ce qu’il a fait…

Bon alors déjà, la première morale de cette histoire c’est qu’il ne faut jamais, au grand jamais, avoir l’outrecuidance de jouer à la vodka (le sport national) avec un Russe. Hein, Jeanba ? Ouais, je sais que tu m’avais prévenu, mais tu me connais : fallait que je vérifie… Et aujourd’hui, après une semaine non-stop de mal aux cheveux, une deuxième morale de l’histoire de Nikolai pointe le bout de son nez au milieu des bribes vaseuses et alcoolisées de ma mémoire : ne jamais se mêler des affaires d’autrui, surtout celles qui impliquent des mecs aux gueules patibulaires avec des tatouages chelous un peu partout sur le corps…

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Même si j’adore les films de Coppola et de Scorsese (entre autres) sur la mafia italienne, j’avoue que c’est quand même sympa de changer de décor et d’ambiance avec Les Promesses de l’Ombre et, finalement, de goûter à quelques spécialités russes que nous, cons d’occidentaux, ignorons pour la plupart. A l’image des “affranchis” ritals, Nikolai et ses copains sont en quelque sorte des gardiens de leurs traditions et, de la même façon que Clemenza m’avait expliqué comment faire une vraie bonne sauce tomate aux boulettes de viande dans The Godfather (1972), le parrain russe se révèle être un véritable cordon-bleu1468_2 (ce qui est pratique lorsqu’on est le propriétaire d’un restaurant, il faut en convenir) et un spécialiste du bortsch (ou du bortch, ou du borsch, ou même du borchtch… Oh et puis merde, tiens !). C’est quand même marrant ce rapport à la bouffe dans les films de mafieux, non ?

Mais ce que David Cronenberg m’invite ici à découvrir, ce sont surtout les spécialités meurtrières des Vory v’zakone (les “Voleurs dans la Loi”), ces criminels russes spécialisés dans les tatouages en guise de CV, la traite de mineures, les trafics en tous genres et le tranchage de gorges. A travers cette rencontre entre deux mondes qui ne devraient jamais avoir l’occasion de se rencontrer – leur monde et le nôtre -, je suis plongé de plein fouet dans une fresque violente et sanglante au cœur de laquelle les notions d’identité et de famille tiraillent sans cesse les différents protagonistes.

Untitled David Cronenberg Film

D’un côté, on a la petite Anna (Naomi Watts), une sage-femme un peu naïve et beaucoup trop curieuse, qui décide de se lancer dans une investigation cathartique un poil risquée pour retrouver la famille d’un bébé dont la mère toxico de 14 ans est morte en couche… Bonne ambiance, quoi ! De l’autre, on a notre bon Nikolai (Viggo “la classe” Mortensen), un “chauffeur” aux casquettes multiples cherchant à gravir les échelons d’un clan dirigé par le vieux Semyon (Armin Mueller-Stahl), un papé aux airs bonhomme et sympa derrière lesquels se dissimule en fait une ordure de la pire espèce. Pour ce faire, Nikolai entretient une relation relativement ambigüe avec Kirill (Vincent Cassel), le fils raté de Semyon, dont les activités favorites sont se bourrer la gueule, être débile et décevoir son père, domaine dans lequel il excelle tout particulièrement. Son père le lui rend bien d’ailleurs… 08-eastern-promises-vigo-mortenson-vincent-casssellDes interactions entre ces quatre personnages naissent donc ces Promesses de l’Ombre qui, dès les premières minutes, me promettent effectivement que tout va très vite s’assombrir et qu’entre la vie et la mort il n’y a finalement qu’un pas à faire. Ou plutôt, un choix. Reste à savoir lequel…

Les minutes passent, l’intrigue prend forme, la noirceur s’installe et les masques finissent par tomber. Parti de ce qui semblait être une fiction tout ce qu’il y a de plus “banale”, je me retrouve peu à peu embarqué dans une sorte de documentaire immersif sur le fonctionnement de la mafia russe tant le réalisme des images me prend aux tripes et parvient à me déranger. “Ça alors ! J’étais pourtant persuadé que c’était l’acteur du Seigneur des Anneaux, c’est fou !” Ce réalisme atteindra d’ailleurs son intense paroxysme avec une scène de baston finale tout simplement mythique : Eastern-Promises_7295_5un moment d’une violence inouïe et incroyablement primitive qui paraît interminable. Hallucinant ! Une énorme claque !

Avec ce film dur, sans pitié et terriblement cru, Cronenberg assure la continuité de son film précédent, A History of Violence (2005). Je dirais même qu’il le surpasse carrément, donnant aux Promesses de l’Ombre beaucoup plus de profondeur et ce à tous les niveaux. Reprenant sensiblement les mêmes thèmes (le cercle familial et la quête identitaire), il joue une nouvelle fois la carte du “je t’en fous plein la gueule !” tout en faisant preuve d’une grande finesse dans sa mise en scène et la direction de ses acteurs, faisant ainsi des Promesses de l’Ombre un vrai petit paradoxe à l’image de ses personnages : tout en dualité.

On va encore me dire que c’est un “film de garçon” parce qu’il y a des gangsters, des gens qui se font égorger et des mecs qui picolent tout le temps de la vodka mais quelque part, on s’en fout ! Les Promesses de l’Ombre, c’est avant tout un sacré p***** de film !!

Et de toute façon, c’est la faute à Jeanba, c’est lui qui l’a choisi…

Allez, salut et с новым годом !

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Bande-annonce

Pour avoir la fiche complète du film, c’est ICI.

Et pour ceux qui veulent connaître la signification (en anglais) des tatouages que porte Viggo Mortensen, c’est par LA.

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2 thoughts on “LES PROMESSES DE L’OMBRE de David Cronenberg (2007)

  1. Après s’être fait l’historiographe de la violence Crononberg en fait l’autopsie dans ce film. J’adore ! en plus y a Skolimowski qui joue le tonton un peu têtu de la blonde et qui manque de se faire raccourcir à son tour. Depuis je fais super gaffe à tous les tatoués des saunas.

    • Phil dit :

      « Un peu têtu » ?!? Ce second rôle est tout simplement génial !! Il a amplement mérité ses deux doigts sous le menton ! Quant aux saunas, moi je n’y vais carrément plus !

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