LES NEUF REINES de Fabián Bielinsky (2000)

Propuesto por Phil, escrito por Jeanba.

« – Qu’est ce que tu répondais quand on te demandait ce que tu voulais être ?
– Ailier gauche.
– Moi, je voulais être complice. »

Juan et Marcos dans Les Neuf Reines.

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Je n’ai jamais bien cerné l’intérêt de collectionner des objets.
Pourtant, il semble que cela passionne pas mal de monde et sur tous les sujets possibles.

neuf-reines-4Le numismate amasse les monnaies,  le salinophile se rue sur les salières, tout comme le tyrosémiophile sur les boîtes à fromages, et l’éméoaérosagophile sur les sacs à vomi. Mais la plus connue reste sans aucun doute la philatélie. Et ici il ne s’agit pas d’un quelconque sport figurant sur la liste officielle des JO, ni d’une passion folle pour Phil, co-auteur sur le Projet Skynet. Non. Il s’agit ni plus ni moins de l’amour pour les timbres postaux. Et sans cette passion dévorante pour ces petits morceaux de papiers – aux contours perforés et au dos souvent humide -, aucun scénario possible à l’histoire des Neuf Reines. En effet, ces fameuses Reines sont en vérité une planche de timbres valant une véritable petite fortune.

Marcos est un expert des petites arnaques et grandes entourloupes des rues de Buenos Aires. Malheureusement, son partenaire habituel n’est pas là aujourd’hui et il lui faudrait trouver un remplaçant pour combiner en toute sérénité. Mais pas de souci ! Le hasard faisant bien les choses, la vie se charge de résoudre ce genre de petit détail. Juan, jeune escamoteur débutant aux tours ankylosés mais bien appris, va croiser son chemin. Et que font deux truands lorsqu’ils se rencontrent ? Ils montent un coup ? Faux ! Ils se méfient.

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C’est donc dans une atmosphère de défiance, de regards en biais et de sourcils circonflexes que va débuter leur alliance. Mais chacun a besoin l’un de l’autre. Alors pourquoi pas ? Après tout, ce n’est que pour une journée. Juan a besoin d’argent pour aider son paternel à sortir de prison et Marcos a besoin d’argent… pour rien.  Juste parce que Marcos a toujours besoin d’argent.
Entre une gueule d’ange et un vétéran du tour de passe-passe, la cagnotte devrait être honorable. Alors on se montre de quoi chacun est capable : racketter une mamie avec le sourire, tirer un journal au kiosque, récupérer trop de monnaie au magasin. Woow ! Paye ton équipe de ouf’-malades !!

neuf-reines-1Mais la vie, comme le spectateur, se demande quel intérêt trouver à tout ça, et combien de temps cela va-t-il bien pouvoir durer. Alors, avec un petit coup de pouce du hasard, les deux nouveaux meilleurs copains vont croiser l’arnaque du siècle à faire avec des copies des Neuf Reines. Enivrés par leur nouvelle complicité et l’appât (gigantesque !!) du gain, ils décident de se lancer dans cette arnaque de haute voltige.
Et c’est là que le film prend sa montée. Tout s’accélère. Les jeux de gosses laissent place au grand art du mensonge et de la manipulation. L’histoire commence enfin à gonfler, à prendre de l’envergure. Elle monte, encore et encore, jusqu’au choc brutal.
Là, d’un seul coup, un effet scénaristique vient couper la chique à nos « Laurel & Hardy de l’arnaque ». Et l’histoire retombe.
En fait, non, elle chute. Elle chute à toute allure, et à bien y regarder elle s’envole en réalité vers une autre direction. A fond la caisse ! Pas de descente, mais plutôt un nouvel angle d’écriture.  Et c’est ainsi que Les Neufs Reines gagne en vitesse et en finesse.

neuf-reines-5Je n’ai jamais autant été inquiet et intéressé par le devenir d’un petit morceau de papier collant au dessin fantaisiste. Le scénario nous mène toujours plus loin dans le coup monté et la perspicacité. Les idées fusent et les arnaqueurs deviennent de vrais experts en complots. Jusqu’à (et non, pas encore) un nouveau coup de pelle en plein fer dans les lignes de l’histoire. Nouveau choc. Nouvel élan. Nouvelle direction.

Difficile de vous en raconter ne serait-ce qu’une once de plus, de peur de dévoiler un scénario et une atmosphère qui méritent  d’être entièrement découverts. Je peux juste vous dire qu’une grande partie du charme de ce film est dans sa fausse candeur. Ni le jeu de mise en scène, ni les acteurs, ni l’histoire ne sont aussi innocents qu’ils ne le montrent. Le drap de légèreté jeté sur Les Neuf Reines cache en vérité une mécanique ultra-huilée à la précision horlogère.

Au fait, vous vous souvenez d’un air de Rita Pavone, dans un film, il y a longtemps.. ?

bande-annonce

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Continuer à courir après ces jolis timbres, ICI.

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3 thoughts on “LES NEUF REINES de Fabián Bielinsky (2000)

  1. Sans le dévoiler (évidemment), j’ai le souvenir d’un final qui ancrait la trame du film dans l’actualité de son pays. Un film brillant que je n’ai, hélas, pas revu. Je n’ai pas vu non plus le film suivant de son réalisateur qui, si je ne m’abuse, est décédé depuis. Son remake américain, « Criminal », est à éviter…

  2. Jeanba dit :

    Effectivement,
    c’est d’ailleurs grâce à cette réalité historique que la fin reste crédible. On aurait sans doute hurlé à la facilité scénaristique sans ça.
    Et pour ceux qui veulent rire un peu, allez juste jeter un coup d’oeil à la bande-annonce de son remake américain, le bien nommé « Criminal » :
    http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18369108&cfilm=57757.html

  3. Phil dit :

    Et la Jeanbatélie, ça existe ? P’tit malin ! 😉

    En attendant, une fois que vous aurez bien rigolé avec la bande annonce du remake pourri, allez vous régaler avec le VRAI : http://www.youtube.com/watch?v=AUi6NpK6jYM

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