L’ENFER DU DIMANCHE d’Oliver Stone (1999)

Touchdown de Phil, transformé par Jeanba.

« Un dimanche comme un autre. Tu vas perdre ou tu vas gagner, mais sauras-tu gagner ou perdre comme un homme ?  »

Tony D’Amato, L’Enfer du dimanche.

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Enfin la rentrée Skynet !! Pour moi elle est certes un peu tardive, mais me revoilà ! Un grand merci à l’ami Phil pour son texte précédent et sa réactivité face à mes contraintes hystérico-professionnelles. Mais ça y est, je suis de nouveau en selle, prêt à me plier à l’exercice de la critique soumis au choix toujours judicieux de mon cher co-blogueur. Connaissant ma facilité à fuir les réunions – arrosées ou non – devant toute forme d’exhibition sportive télévisée, il a choisi de me confier le visionnage d’un film sur le football américain… Ce type possède un humour sans faille !

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Mais après tout, n’importe quel sujet peut être traité de superbe façon, d’autant plus par de grands conteurs. Et là, excusez du peu, nous avons le grand Oliver Stone à la direction d’une armée de bons acteurs avec, en tête de lice, Monsieur Al Pacino en vétéran du coaching de foot US. Et ça c’est toujours vendeur !

En fin de course d’une saison plutôt minable, l’équipe des Sharks de Miami se voit littéralement démembrée de ses deux quaterbacks en une seule mi-temps. Et c’est ici Jamie Foxx, deuxième remplaçant, qui va devenir le dernier espoir de toute l’équipe. On l’aura deviné, l’outsider est bien meilleur que ses aînés cabossés, et un nouvel héros semble prêt à naître. Je vous l’accorde, ce point de narration n’a rien de très novateur, ok. Mais il s’agit ici d’aller vite dans la mise en place afin d’avoir le champ libre pour le développement du vaste projet qu’est L’Enfer du Dimanche.

photo-L-Enfer-du-dimanche-Any-Given-Sunday-1999-8Oliver Stone, comme dans ses films précédents, s’amuse à poser là une foule de questions et à mettre en relief pas mal de choses que la société américaine semble vouloir cacher. Comment doit se comporter la vieille garde face au modernisme écrasant de la jeunesse ? Comment un groupe d’hommes, tous totalement différents, peuvent-ils rejoindre un rêve commun ? Comment le racisme influe-t-il encore dans le sport aujourd’hui ? Comment le dopage ravage physiquement et mentalement les athlètes ?

Beaucoup de questions qui ne trouveront finalement pas de réponses… Une grosse déception pour moi car ça m’aurait bien plu de connaître le point de vue de Monsieur Stone. Sans aller jusqu’à attendre un avis arrêté sur ces sujets, j’aurais préféré que le film ne soit pas juste une sorte de poseur de points d’interrogation. Pour ne choisir qu’un exemple, lorsque ce petit champion de Beaman (Jamie Foxx) se retrouve à déjeuner chez le coach D’Amato (Al Pacino), on commence à aborder la manière dont le foot US est gangrené par le racisme, et ce depuis le niveau universitaire. Aussitôt abordée, aussitôt abandonnée, la question sera écartée par l’action et jamais débattue à nouveau. Il en sera ainsi à chaque fois que quelque chose ressemble à une interrogation. A se demander si Oliver Stone ose encore murmurer une opinion…

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Mais attention, cela n’enlève rien à la qualité du scénario. L’Enfer du Dimanche est une bonne histoire, sauf qu’elle gagnerait à ne pas se donner les attributs de la profondeur d’opinion. Les personnages stéréotypés arrivent parfaitement à caricaturer le système sportif américain, et certains monologues sont devenus des références cinématographiques. Il faut bien avouer qu’ils sont pour la plupart récités par Al Pacino (qui reste sévèrement burné), quand ce n’est par l’excellent James Woods (ça aussi c’est un type qui en a). Pour le reste du casting, je dirai simplement qu’aucun n’aura vraiment impressionné la pellicule, ni le spectateur. Cameron Diaz est par exemple trop effacée face à un Pacino pourtant accessible. Dennis Quaid, lui, ne cesse de pleurnicher tout au long du film et n’a aucun caractère. Comme au sein de l’équipe des Sharks, c’est sur la relève qu’il va falloir compter pour relever le niveau : Jamie Foxx, pourtant encore dans ses premiers rôles au cinéma, sera très convaincant en jeune joueur insolent et talentueux. Brave petit !

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Heureusement, Oliver Stone reste un bon ! Le réalisateur sait encore nous raconter des histoires avec le style et l’énergie qu’on lui connaît. Toujours appuyé par une bande-son, des décors et des costumes parfaitement ancrés dans l’époque, il narre la vie de ces gladiateurs moderne sous d’efficaces faux airs d’hyperréalisme. Il se permet d’ailleurs un petit clin d’œil à cette allégorie du gladiateur. Lors de ce même repas réunissant nos deux héros, D’Amato fait la cuisine en regardant le film Ben Hur (1959). Et deuxième couche de clin d’œil, c’est Charlton Heston en personne (l’interprète de Ben Hur) qui donnera, plus tard dans le film, une leçon de gestion de club à Cameron Diaz. En revanche on est très loin de pouvoir dire qu’il lui donnera au passage une leçon de jeu d’acteur. Mais bon, passons.

enfer-du-dimanche-1999-05-gC’est un peu ce genre de chose qu’on aime dans ce cinéma, cette manière de faire un film en s’amusant, en faisant des clins d’œil à tout va. Comme dans cette jolie mise en abîme où l’on voit, accrochées au mur, les caricatures de D’Amato et Kowalski (respectivement Al Pacino et Oliver Stone). Je profite d’ailleurs de ma mention du cameo de Stone pour vous déconseiller catégoriquement la VF, puisque l’horripilant George Eddie lui prête sa voix et, au passage, son p***** d’accent… « et c’est BARBECUE TIME !!! »

Après une filmographie impressionnante (Platoon, Wall Street, Né un quatre juillet, les Doors, JFK, Tueurs Nés, Nixon, U Turn), Oliver Stone semble signer ici un film charnière. Il me semble que c’est le moment où son cinéma se scinde entre esthétisme et narration, comme s’il était encore incapable de pouvoir lier les deux sans perdre en qualité. Il réalisera plus tard un documentaire sur Fidel Castro (Commandante, 2003) et encore plus tard le beau mais léger Savages (2012).

Finalement le personnage de ce coach vieillissant et esseulé était peut-être l’aveu d’égarement d’un réalisateur au tournant de sa carrière…

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