LE NOM DE LA ROSE de Jean-Jacques Annaud (1986)

Choisi par Phil, rédigé par Jeanba.

« Même les moines ont un passé Adso. »

Guillaume De Baskerville, Le Nom de la Rose.

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Plan large sur une abbaye perdue dans les montagnes italiennes, deux moines en tuniques élimées, montés sur deux mules d’aussi bonne facture, s’avancent de toute leur assurance cahotante. On sent le froid, l’isolement et la rudesse, de quoi faire rêver n’importe quel tour operator. Chouette, un voyage en plein milieu du Moyen-Age, je sens qu’on va bien s’marrer ! Prenez vos polaires !!!

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Allez les curetons, à dada !!! C’est qu’on a une enquête à mener bordel ! Y a des moines qui se bazardent du haut des tours de l’abbaye et ça fait mauvais genre. Heureusement qu’on ne nous envoie pas de la bleusaille ! Vous avez de la chance, Guillaume de Baskerville (rien à voir avec Sherlock Holmes… quoi que) est plutôt du genre doué dans son domaine. Accompagné par un Christian Slater toujours puceau, les deux bonhommes en soutane vont découvrir, mortifiés, ce qui les attend derrière les murs fortifiés : une belle équipe de tronches-en-biais, tous plus tordus les uns que les autres (et croyez-moi c’est pas facile). A croire que Jean-Jacques Annaud a repris tout le casting de La Guerre du Feu (1981) pour interpréter cette fraternité monastique. Bon je ne suis pas tout à fait certain, mis à part pour le « somptueux » Ron Perlman.

le_nom_de_la_rose_1986_diaporama_portraitDes moines qui décèdent, c’est pas non plus inhabituel, c’est même la routine vous me direz. Mais un moine qui se défenestre d’une tour sans fenêtre, pardon mais c’est carrément diabolique ! Une enquête doit être menée, mais Guillaume devra faire vite. Il sait que le Grand Inquisiteur est en chemin et que son avis est bien loin de trouver les mêmes voies impénétrables. Et il faut bien savoir qu’à cette époque, quand tu contredis un inquisiteur, on fait un barbecue avec ton joli p’tit cul pour vérifier si tu es bien certain d’être sûr de ce que tu dis. Alors il faut faire vite, trouver, prouver et conclure cette affaire tant qu’on a le champ libre, sinon c’est merguez party dans ta soutane !

A ce moment-là, dans l’abbaye, deux ordres se côtoient : les bénédictins et les franciscains. Deux visions différentes d’une même religion qui doivent quoi qu’il arrive se plier aux avis du Pape et de ses représentants. Et à voir dans quel état ces événements mettent la communauté, on pourrait plus parler de superstition que de religiosité. Le nom de la Rose ne se contente pas de dérouler la complexité de son enquête, mais réussit à mettre en lumière toute une période de l’histoire moyenâgeuse qui semble plus complexe que son image d’Epinal.

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Et de lumière parlons-en ! Ou plutôt, parlons de son absence. Tout comme l’obscure époque intellectuelle que nous traversons, les scènes sont marquées par l’omniprésence de l’ombre. Des ciels gris et lourds qui peinent à prouver que nous sommes au beau milieu du jour. Croyez-moi, l’abbé n’est pas près de faire bronzette sur le transat ! Quant aux scènes de nuit, elles ne sont rendues lisibles que par l’éclat blafard d’une lune trop ronde, ou encore les rougeoiements vacillants des bougies qui tordent les visages en d’horribles masques gargouillants. Déjà que les copains n’étaient pas partis pour être des reines de beauté, l’ami Jean-Jacques ne les a vraiment pas gâtés.

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Mais je dois ici vous parler d’une chose toute personnelle. De beauté justement. Ou plutôt de mon premier émoi érotique cinématographique. Et oui, c’est Le nom de la Rose qui obtient chez moi ce titre. Alors non, je vous vois arriver de loin, ce ne sont pas tous ces hommes en robe de bure et au teint d’opale qui ont su créer ce premier désir. C’est une paysanne. Et croyez-moi, le petit Christian doit encore s’en souvenir. Comme dans beaucoup d’histoires sur le Moyen-Age, la femme est représentée comme érotique et démonique. Un mélange d’attirance et de répulsion, et une scène mythique pour les connaisseurs : le déniaisement en 1’30 du petit moine par la cracra mais sexy paysanne. C’est impulsif, animal et jouissif. Et surtout pour moi adolescent, inoubliable. Une superbe inconnue n’existant dans mon souvenir que le temps de ce rôle, comme la majorité du casting.

nom-de-la-rose-1986-14-gIl devait d’ailleurs en être de même pour le rôle principal, Jean-Jacques Annaud refusant de prendre une superstar au casting. Mais Sean Connery devait sentir que le projet du petit Français serait de qualité puisqu’il insista pour passer l’audition de Guillaume de Baskerville, qu’il réussit apparemment. Et j’avoue que je ne saurais penser à ce rôle incarné par quelqu’un d’autre. Il est tellement difficile de laisser paraître un personnage possédant une intelligence si aiguisée tout en lui apportant de la légèreté. Et c’est ce que sait faire Sean Connery grâce à cet humour tout en retenue et flegmatique. Et qu’est-ce que l’humour si ce n’est le symptôme le plus sympathique de l’intelligence ?

Un film tout en finesse pour montrer la rudesse d’un monde semblant plonger vers la noirceur. Car au-delà de cette enquête, il y a un vrai regard sur cette époque oubliée et surtout une putain de leçon de cinéma. Y a du génie dans tout ça !

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