LES DENTS DE LA MER de Steven Spielberg (1975)

Appâté par vos soins, dévoré par Phil.

“Ce que nous avons à affronter, c’est une machine à dévorer. L’engin parfait. Un authentique miracle de l’évolution. Cette machine nage, ingurgite et fabrique du requin. C’est sa fonction.”

Matt Hooper dans Les Dents de la Mer.

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“Mais qu’est-ce que je fous là, moi ? Sérieux, les mecs… Le Massachusetts ?? Non mais OH !! J’aurais jamais dû écouter Peter qui m’a dit de virer au nord après le cap de Bonne Espérance. Qu’il est con ce Peter ! C’est toujours la même rengaine : on fait confiance aux copains et on se retrouve dans la merde avec rien à se mettre sous la dent. Et j’en ai 46 des dents moi, les mecs. 46 !! Alors vous imaginez bien que là, j’ai un tout petit peu faim. Je rêve d’une bonne brochette de tortues de mer, ou d’une marinade de bébés phoques comme les faisait ma maman quand j’étais petit. Ou même un tout petit baleineau… dents-mer-403466N’importe quoi, les mecs, mais soyez cool, filez-moi quelque chose à bouffer, s’il vous plaît. Quel enfer ! Y a vraiment que dalle dans cette région, c’est pas possible. Oh mais attends voir… C’est quoi ce truc qui gigote là-haut ? Ça se mange, tu crois ? Franchement, vue la pénurie actuelle, je vais pas faire mon difficile. Foi de Bruce, même s’il n’y a que des humains squelettiques avec leur goût dégueulasse de crème solaire, m’en fous : je prends !”

Et voilà, c’est ainsi que ce gros Carcharodon carcharias de 7m de long, plus connu sous le nom de « grand requin blanc » – comme vous l’aurez compris, nous l’appellerons Bruce -, est devenu l’un des plus grands chefs cuistots que la famille des Lamnidae ait jamais connu. Bruce est effectivement l’inventeur de la désormais célèbre recette du “tartare de touriste américain à la sauce hémoglobine”, et autant vous dire que c’est une véritable légende auprès de tous ses squales de potes. Tout ça grâce/à cause d’une insignifiante erreur d’aiguillage… Sacré Bruce !

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Mais il est également devenu une légende chez nous, les humains. Car, depuis près de 40 ans, Bruce est toujours le cauchemar number one de l’amateur de baignade en mer : le requin mangeur d’hommes. Vous savez, le genre de cauchemar qui vous empêche parfois de nager jusqu’à la bouée. Vous voyez ce que je veux dire ? Mais si, mais si, vous voyez très bien. Vous barbotez tranquillement. Vous vous éloignez du bord. Vous êtes bien, tout seul dans l’eau. Et là, allez savoir pourquoi, vous pensez aux Dents de la MerHa ! Généralement, dans les secondes qui suivent, la logique veut que vous amorciez la nage du retour à une cadence soutenue jusqu’à ce que vous atteigniez – soulagé – la terre ferme avec ses pâtés de sable, ses chouchous-beignets-boissons fraîches, ses grand-mères jawsSSen maillot de bain et ses marmots qui braillent. Enfin sain et sauf !

Dans l’histoire du cinéma, peu de films sont parvenus à créer un mythe aussi puissant et aussi vivace que celui des Dents de la Mer. Et ça, messieurs dames, c’est quand même sacrément la classe ! Ce mythe, nous le devons à un petit génie nommé Steven Spielberg, âgé de 27 ans à l’époque du tournage. Et un peu à la chance aussi… Ou plutôt à la malchance. Car ce qu’il est intéressant de savoir avec Les Dents de la Mer, c’est que Bruce, le fameux requin mécanique, ne marchait pas dans l’eau de mer. Une vraie galère pour l’ami Steven ! On peut même dire que l’ensemble du tournage des Dents de la Mer a été une galère sans nom pour tout le monde (temps de tournage et budget environ multipliés par trois !!!). Le jeune metteur en scène a d’ailleurs cru à plusieurs reprises que la grande carrière à laquelle il était destiné allait s’arrêter avant même d’avoir commencé (ce qui aurait été dommage, convenons-en). Et c’est donc en partie parce que Bruce ne fonctionnait pas que le petit Steven a revu son scénario et a fait en sorte que l’on ne voit pas le requin, du moins pas avant la seconde moitié du film. Spielberg a ainsi transformé ce qui devait être une banale histoire de chasse au monstre marin en un véritable film  horrifico-aquatique au suspense quasiment hitchcockien.

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Ici, tout est dans la suggestion. Pendant les deux premiers tiers du film, l’imagination du spectateur est LE personnage principal des Dents de la Mer. On ne cesse de se demander ce qui se passe là-dessous et c’est justement ça qui rend le film génial et terriblement efficace. Parvenir à faire croire à la présence d’un énorme requin blanc à l’aide de trois gros barils jaunes qui se déplacent à la surface… Jaws-Robert-Shaw-QuintBen ouais, les mecs, suffisait d’y penser !

Tandis que les petits garçons disparaissent en ne laissant derrière eux qu’un matelas gonflable effroyablement déchiqueté et que les toutous nommés Pépette (la beauté de la VF des 70’s) ne reviennent plus sur la plage, la tension monte chez nous comme chez les habitants d’Amity Island. Alors que Bruce s’emploie à ses activités sanguinaires favorites, les cadavres – ou plutôt ce qu’il en reste – s’accumulent. A tel point que les insulaires commencent à émettre de sérieux doutes quant au bon déroulement de la saison touristique tant attendue.

Trois personnages vont progressivement émerger de cette boucherie estivale pour tenter d’enrayer le carnage en partant à la « pêche au Bruce » : l’aquaphobe sheriff Brody (Roy Scheider), l’océanographe blagueur Matt Hooper (Richard Dreyfuss) et Quint (Robert Shaw), le pêcheur revanchard. les-Dents-de-la-mer-02A eux trois, ils apportent cette indispensable dimension humaine aux Dents de la Mer, permettant au spectateur de s’identifier à l’un ou l’autre et rendant le suspense et le frisson d’autant plus crédibles. Il sera impossible d’oublier la tronche de Brody au moment où il voit Bruce de près pour la première fois (“you’re gonna need a bigger boat”), ni le poignant monologue que Quint nous balance sur le naufrage de l’USS Indianapolis en 1945, l’événement à l’origine de sa haine viscérale envers Bruce et ses copains. De très grands moments !

Quand je constate que 40 ans plus tard, nombre de personnes avouent être encore traumatisées par le souvenir de Bruce (et par le thème composé par John Williams qui l’accompagne), cela me conforte définitivement dans l’idée qu’on à ici affaire à un sacré p***** de film ! XXX JAWS-MOV-410.JPG A ENTAfin de rassurer les plus froussards, je tiens tout de même à vous signaler que vous avez statistiquement plus de chances de mourir à cause de la chute d’une noix de coco (150 morts par an) que suite à l’attaque d’un requin (10 attaques mortelles par an). Bon, après c’est vrai qu’une noix de coco ne vous arrache pas un bout de bidoche – voire un membre entier – lorsqu’elle a décidé de vous « goûter »… Mais ça, je n’y peux rien : les stats sont les stats. Et j’aime bien balancer des chiffres de temps à autre, ça fait sérieux. Et puis je fais ce que je veux.

Alors détendez-vous, revoyez Les Dents de la Mer parce que c’est un super film de vacances et allez vous baigner en toute sérénité cet été. Vous ne risquez (presque) rien…

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Bande annonce

Pour avoir plus d’info sur Les Dents de la Mer, nagez jusqu’à cette BOUÉE.

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One thought on “LES DENTS DE LA MER de Steven Spielberg (1975)

  1. Amusant hommage (je ne savais pas pour les noix de coco, je vais y regarder à deux fois maintenant) qui souligne au passage les innombrables qualités de ce grand Spielberg. « Jaws » invente un nouveau monstre mythique (Après Godzilla et King Kong). Émule d’Hitchcock il invente également une nouvelle psychose.

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