J’AI TOUJOURS REVE D’ETRE UN GANGSTER de Samuel Benchetrit (2007)

Proposé par Jeanba, rédigé par Phil.

“- Je t’ai appelé plusieurs fois mais t’avais pas l’air de m’entendre…
– Oui mais moi… écoute… quand je pisse, je pense.
– Ouais, je connais ça par cœur. Dès que je pisse, je pense à des trucs incroyables.”

Alain Bashung et Arno dans J’ai toujours rêvé d’être un gangster.

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GANGSTER [gãgstεʀ] n. m. (américain gangster, de l’anglais gang, bande) Membre d’un gang, d’une association de malfaiteurs ; bandit. Personne sans scrupule, crapule.

Si quelqu’un te dit “gangster”, tu penses à quoi, toi ? Perso, moi je pense à Al Capone et à Frank Nitti. Je pense à Dillinger, à Mesrine, à Bonnie & Clyde, à Bernard Tapie, à Pablo Escobar, à Tony Montana. Je pense à des fusillades et des coups de couteaux. Je pense à Tintin en Amérique. Je pense à de l’alcool prohibé, à des impers, des chapeaux, des cure-dents et des balafres. Je pense Siciliens, Russes, Chinois, Corses et Japonais. Je pense à toutes les mafias du monde ! Image-1-copie-1Je pense flics ripoux, proxénétisme et trafic de drogue, corruption, hold-up, extorsions et combats de boxe truqués. Je pense à des doigts de bookmaker coupés au sécateur. Je pense à tout ce qu’on aime dans les films de gangsters, quoi !

D’ailleurs, maintenant que j’y pense, je pense aussi à The Goodfellas (1990) de Scorsese et aux premiers mots prononcés par son narrateur, Henry Hill : “Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster”. C’est de cette manière que l’auteur du célèbre braquage de la Lufthansa en 1978 faisait les présentations. Ca c’était du putain de film de gangsters bien rock’n’roll comme on les aime ! Mais dis-moi, Samuel : est-ce qu’elle sonnerait pas un peu comme le titre de ton film, cette réplique ? Ben ouais, quand même un peu, on est d’accord… Du coup ça voudrait dire qu’il y a aussi des meurtres, de la coke et des meufs de partout dans ton film ? Comment ça “non” ?!? Wo l’autre eh vas-y, c’est nul ton truc…

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Ben ouais, les gars. Moi aussi j’aime bien les films de gangsters et je sens bien que vous êtes déçus. Mais c’est comme ça ! Il va falloir se contenter d’un petit film à sketches en noir et blanc, et d’une pauvre cafétéria échouée au bord d’une nationale dans le fin fond du trou du cul de la banlieue parisienne. Sexy, hein ? Ce décor ô combien glamour va en plus servir de garniture à une belle brochette de losers hauts en couleur (on a le droit de dire ça pour un film en noir et blanc ?). Autant vous dire qu’on se trouve à mille lieues des canons de la badasserie hors-la-loi avec lesquels Hollywood nous berce depuis notre plus tendre enfance. ob_b2e19b_j-ai-toujours-reve-d-etre-un-gangster-05-03-2008-Mais c’est peut-être pas si mal que ça, finalement…

Voler, braquer, kidnapper, faire chanter, menacer avec une arme, couper des phalanges… Tous ces trucs de gangster là, mine de rien, c’est pas à la portée de tout le monde, faut pas croire. Être un gros dur et un vrai salaud de première, un vrai badass, ça ne s’invente pas. Autant te dire que si tu fais partie de ces gens capables de ressentir des trucs du genre compassion, remords, amitié, générosité ou tout autre déclinaison de la gentillesse, tu peux oublier direct ta carrière de gangster ! Quant à la maladresse, n’en parlons même passcreenshot_2764. Du coup, quand des gens à peu près normaux décident de se lancer dans le “banditisme”, poussés par la nécessité, la nostalgie ou la bêtise (ou les trois en même temps), ben ça peut vite tourner au ridicule. Et le ridicule c’est..? C’est..? C’est drôle ! Et en plus ça ne tue pas, ce qui arrange pas mal les affaires de ces bras-cassés braquant des restaurants sans flingue, kidnappant des adolescentes suicidaires sans avoir réfléchi au montant de la rançon ou fonçant dévaliser un MacDo en souvenir du bon vieux temps.

Certains reprocheront sans doute à J’ai Toujours Rêvé d’Être un Gangster une absence de réelle histoire et l’abandon brutal de ses personnages d’une partie à l’autre du film.screenshot_2766 Ils auront raison. Mais j’ai envie de te dire qu’on s’en fout complètement car, comme il me l’avait déjà prouvé avec ses bouquins (Récit d’un branleur et Les Chroniques de l’asphalte qui m’avaient bien fait marrer), Samuel Benchetrit est bourré de talent dès qu’il s’agit de balancer ce que j’appellerais de la “poésie urbaine humoristique”. Et c’est bien là que réside tout l’intérêt du film. Armé de ses vers fleurant bon le goudron, la cocasserie et le burlesque, il parvient à dresser le portrait d’une bande de pseudo-gangsters attachants et usés d’une manière ou d’une autre par la vie. Il transforme ainsi son absence d’histoire en pas une, ni deux, mais bien quatre déclarations d’amour à la vie, justement. Cette vie capable de nous pousser, on ne sait jamais vraiment comment ni pourquoi, à accomplir de belles choses (de temps en temps) ou à faire des trucs complètement débiles (vachement plus souvent), comme s’improviser gangster par exemple. C’est souvent drôle, parfois émouvant. On sait pas vraiment comment ni pourquoi. C’est comme ça. C’est la vie. Et puis c’est beau la vie, merde !

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Mais, comme on l’a souvent vu, il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées et de faire des clins d’œil cinématographiques à tout-va pour réaliser un bon film. 48c8d62a48676Ben ouais, ce serait trop facile. C’est pas parce que ta scène Bashung/Arno ressemble très fort à la scène Iggy Pop/Tom Waits dans Coffee and Cigarettes (2003) qu’elle va forcément fonctionner aussi bien. Mais là, ça le fait. M’est avis que le casting y est pour beaucoup. Faut dire que c’est pas non plus tous les jours qu’on voit dans le même film Anna Mouglalis en serveuse de cafèt’ se foutre de la gueule d’Edouard Baer, demander un autographe à Alain Bashung ou prendre la commande de Jean Rochefort et sa bande de braqueurs septuagénaires sur le retour. Et puis ce qu’il y a de chouette aussi, c’est que tout ce beau monde rentre dans le cadre génial de Pierre Aïm, le directeur photo de La Haine (1995) et de plein d’autres trucs aussi. Ce mec est un génie : toujours à bonne distance, toujours au bon endroit, il est capable de te transformer une nationale de campagne et une forêt de pylônes électriques en de véritables lignes de vie à haute tension. A ce niveau-là, c’est carrément de la magie ! j-ai-toujours-reve-d-etre-un-gangster-05-03-2008-10-gA tel point que, dès les premières minutes, dès les premières images, dès les premiers gags et les premières notes de Casey’s last ride, on ne sait toujours pas trop où on va, mais on est persuadé d’une chose : le voyage va valoir le détour.

Alors j’avais beau me mettre à râler parce que j’aime bien râler (je fais ce que je veux) et parce que c’est quand même bibi qui se coltine tous les films en noir et blanc du Projet Skynet, force est de constater que l’ami Jeanba a toujours du flair pour nous retrouver de vraies petites perles de cinéma.

Qu’est-ce qu’on dit ? Merci, Jeanba !

Allez, salut !

Bande-annonce

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Pour en savoir plus, voici la fiche complète du film.

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