INTO THE WILD de Sean Penn (2007)

Spoilé par nous, choisi par vous, rédigé par Phil.

“Happiness only real when shared.”

Christopher McCandless, Into The Wild.

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Cher(e) lecteur(trice),

Avant toute chose, je tiens à te préciser qu’Into The Wild, si tu ne l’as pas déjà vu, est un film magnifique pour plusieurs raisons :

Sean Penn y fait exploser son talent de réalisateur.

– La photographie – exceptionnelle – illumine littéralement le film du début à la fin (on la doit d’ailleurs à un un frenchy bien de chez nous, Eric Gautier).

– La BO, signée Eddie Vedder (Monsieur Pearl Jam), est surprenante. Toutes les chansons déchirent !

– Chaque acteur joue son rôle avec une touchante justesse.

Mais, parce que je fais ce que je veux, j’ai décidé de ne pas te parler de tout ça…

Bonne lecture !

P.S. : en revanche, désolé mais le héros meurt à la fin…

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Petit con, va…

Rien ni personne ne m’enlèvera l’idée que ce gars-là n’est qu’un sale petit con. Un petit con idéaliste, arrogant, têtu comme une mule et surtout complètement égocentrique. Non mais tu croyais quoi, sérieux ? Qu’il suffisait d’avoir trois bouquins de Jack London dans un sac Quechua pour survivre tout seul en Alaska ?? N’importe quoi ! Désolé mon petit pote, mais pour l’épisode de Man vs. Wild, tu repasseras. N’est pas Bear Grylls qui veut… Lui, c’est un ancien des forces spéciales capable de faire des glissades sur tout type de sol, de trouver de la protéine quoi qu’il arrive et de passer une nuit entière dans la carcasse puante d’un chameau en plein désert. Emile Hirsch Into The Wild movie image (3)Oui, monsieur ! Et toi, t’es qui ?

Toi, t’es qu’un gamin – certes brillant – de 22 ans. Tu viens d’obtenir ton diplôme et tu penses que tes parents sont “trop des nazes”. Tu lis Tolstoï, Thoreau et leurs copains et tu penses que la solution pour être heureux réside dans le fait d’aller vivre tout seul dans les bois, de répondre à “L’Appel de la Forêt”, de partir loin de cette p***** de société qui n’est que mensonge, hypocrisie, gaspillage des frites dans les fast-food, quête de contrôle, achat de grosses bagnoles bien chères et soif de pouvoir. Pour toi, rien n’a plus de sens en ce bas monde (« tu me rappelles George, politiquement »). Bon, t’as pas tout à fait tort. Mais t’as pas tout à fait raison non plus… Quoi qu’il en soit, tu décides de tout plaquer sans prévenir personne, ni tes parents, ni ta sœur chérie : tu files tes économies à une œuvre de charité, tu te débarrasses de ta pièce d’identité, libères ton appartement, brûles ta carte de bibliothèque et ton pass Navigo et tu fais un gros “FUCK” à tout le monde ! Un vrai rebelle.

Petit con, va…

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Et le voilà qui part. Deux ans de voyage. C’est long deux ans. Ça laisse le temps de bouffer pas mal de route. Ça donne l’occasion de voir quelques paysages sympas et de rencontrer deux-trois personnes vite fait avant d’atteindre le but final : l’Alaska, le grand Wild du nord, la Nature ultime. Chris, devenu Alexander Supertramp (“le Supervagabond”), va ainsi traîner ses guêtres un peu partout dans l’ouest des États-Unis de l’Amérique. Des lacs de l’Arizona aux forêts du nord de la Californie, des champs du Dakota à la rivière Colorado, du Mexique aux bas-fonds de Los Angeles, Supervagabond va nous offrir un saisissant festival de cartes postales et y’a pas à dire :628x471-PS c’est quand même sacrément beau les USA !

Sur la route, vu qu’il est quand même super sympa, Supervagabond va rencontrer plein de gens super sympas eux aussi : des hippies super sympas, un couple de Danois un peu tarés mais super sympas, un agriculteur magouilleur super sympa, une petite chanteuse folk super sympa et un papé super sympa. Des personnages formidables, inoubliables. C’est d’ailleurs bien là que se situe la force du voyage, vous ne croyez pas ? Plus que de nous faire découvrir des lieux, il nous pousse vers l’autre, sculptant notre personnalité à tout jamais grâce au choc et à la force des rencontres. Comme le dit le proverbe gitan, “ce n’est pas la destination mais la route qui compte”, la route et tout ce qui s’y passe. Sauf que Supervagabond, lui, “la route” il en a rien à cirer.

Petit con, va…

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Supervagabond ne profitera en rien de toutes ces belles rencontres. Il n’écoutera aucun conseil, ne tirera aucun bénéfice de l’expérience des autres, ne s’attachera jamais. Supervagabond étant un gentil petit gars très intelligent et super sympa, les gens l’aimeront. Ils l’aimeront même très fort. Mais lui, dès que ça sentira trop l’amour, il préfèrera s’en aller, quite à déchirer le cœur de ceux qui l’aiment. Supervagabond fuit toute forme d’amour. Car en fait, son émouvant et magnifique voyage n’est pas le genre de voyage initiatique duquel on sort grandi. Non. intothewildpicLe voyage de Supervagabond est bel et bien une fuite. La fuite d’un mec qui a peur d’aimer et de se faire mal, comme cela a pu lui arriver avec sa famille par le passé. Il est tellement effrayé qu’il préfère s’aveugler avec un objectif idéalisé d’aventures et de solitude extrême. Et ça vire carrément à l’obsession : le Supervagabond en Alaska, seul face à la Nature.

Persuadé du bien-fondé de sa démarche, il regarde de haut tous ces gens qui croient s’aimer, convaincus d’être heureux et/ou cherchant le bonheur au mauvais endroit. Mieux vaut abandonner cette bande de losers ! Supervagabond, lui, a tout compris mieux que tout le monde. Supervagabond sait ce qu’est le vrai bonheur, il l’a lu dans les livres. Supervagabond partira vivre seul parce que, quelque part, personne ne mérite sa compagnie. screen-shot-3Sauf que lorsqu’il se retrouve seul en Alaska et qu’il se rend compte qu’il n’est ni Bear Grylls ni Jeremiah Johnson, il se dit que les autres n’étaient peut-être pas si débiles que ça. Il a besoin d’eux. Il regrette. “Merde, si j’avais su…”

Et ainsi, au fin fond d’un autobus rouillé n’étant pas plus “magique” qu’une boîte de conserve abandonnée dans un caniveau, Supervagabond réalise que son obsession de la solitude n’aura engendré que du mal, pour lui et pour tous ceux qui, de près ou de loin, auront eu le malheur de l’approcher. Il avait encore tant de belles choses à vivre ! Dommage. Si seulement il avait pu comprendre plus tôt que “le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé”

Et ainsi, Supervagabond finit seul, malade et triste, avec ses bouquins de Jack London et son sac Quechua.

Et ainsi, Chris s’en va.

Petit con, va…

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bande-annonce

Pour en savoir plus sur Into The Wild, suivez cette ROUTE.

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5 thoughts on “INTO THE WILD de Sean Penn (2007)

  1. Lezéromasqué dit :

    Petit con va, j’ai éclaté de rire en plein bureau à cause de ton article 😀

  2. Bot dit :

    Excellent! Plein d’humour mais très pertinent!

  3. Très belle approche. Je suis moins emballé par le film en revanche. Loin de contredire ce qui est écrit en exergue de cette excellente chronique, je regrette toutefois que Penn n’ait pas su garder une certaine distance émotionnelle avec son personnage, pris au piège des belles images. Au jeune con je préfère le vieux sage sur sa tondeuse John Deere dont il aurait pu croiser la « Straight story » dans son périple à travers ce beau pays.

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