INHERENT VICE de Paul Thomas Anderson (2015)

Séance commune du dimanche matin chroniquée par Phil.

“Don’t worry, thinking comes later”.
Larry “Doc” Sportello dans Inherent Vice.

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Y’a des films comme ça, tu les attends en comptant les jours comme un gosse attend Noël.

Parce que tu as eu envie d’y aller dès que tu as posé les yeux sur l’affiche, un voyage à elle toute seule. Parce que le réalisateur a déjà derrière lui pas mal de films que tu as adorés. Parce que le casting a l’air dingue. Parce que la meuf que tu dragues n’acceptera de sortir avec toi que si tu l’emmènes voir le dernier film avec Joaquin Phoenix parce qu’il a une beauté si particulière, si mystérieuse, si tout ça tout ça. “Oh et y’a un morceau de Neil Young dans la B.O. ! J’aime bien Neil Young !” Et bla, et bla, et bla… Bref, vous savez ce que c’est : inherent-vice-image-joaquin-phoenix-katherine-waterston-joanna-newsom-1024x763les raisons pour lesquelles on peut se retrouver à attendre un film avec impatience, même si elles sont toutes plus ou moins valables, y’en a quand même un sacré paquet.

Alors si par malheur vous tombez en plus sur la bande-annonce d’Inherent Vice (vous n’avez d’ailleurs qu’à cliquer sur la dernière photo de l’article, celle où il y a marqué “bande-annonce”), là c’est carrément foutu ! La Californie des 70’s, des looks pas croyables, une belle photographie, une enquête intrigante, une musique funky groovy laissant présager un rythme haletant, des néons roses et bleus et jaunes et verts et des hippies et des gags et Josh Brolin qui commande des pancakes en japonais et regarde-moi un peu les rouflaquettes de Joaquin Phoenix ! Woaah, mais comment il a l’air trop bien ce film ! J’veux l’voir, j’veux l’voir ! Allez, steuplé, j’veux l’voir !!

Ben voilà, je l’ai vu.

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Et j’ai été déçu.

Pourtant, tout ce que me promettait la bande-annonce d’Inherent Vice était bel et bien là. Les fringues, la musique et les décors m’ont permis de remonter le temps jusqu’au Los Angeles de 1970 et de retrouver la société américaine dans l’une des périodes les plus complexes et les plus barrées de son histoire : l’après-Woodstock, Nixon, le Viêt-Nam, le patchouli, les meurtres de la “famille” Manson, les gangs de bikers, l’explosion de l’héroïne, la mode des sandales dégueulasses, etc. Toute une époque, quoi ! Avec Joaquin Phoenix et tous ses prestigieux petits camarades (Brolin, Del Toro, Witherspoon, Wilson) inherent-vice-image-joaquin-phoenixréunis au beau milieu de ce joyeux bordel historique devant l’œil virtuose de P.T. Anderson, l’autoroute du chef-d’œuvre décalé semblait toute tracée d’avance.

Mais en m’invitant à vivre les aventures de Doc, un détective privé hippie, depuis cet endroit chelou et particulièrement embrumé situé juste sous ses coupes de cheveux improbables, Inherent Vice aura seulement réussi à me faire l’effet d’un trop gros pétard de weed : après l’allumage, la montée est plutôt sympa mais cède rapidement la place à une longue redescente chargée en confusions.

Bon déjà, l’association des mots “détective privé” et “hippie” est quand même assez tordue dès le départ. Ca doit pas être évident d’avoir les neurones saturés en T.H.C. avant de partir mener des enquêtes et résoudre des affaires compliquées de type L.A. Confidential (1997) ou Chinatown (1974). C’est vrai que d’habitude, le cliché du privé veut qu’il soit un pilier de comptoir en imper’ plutôt qu’un junkie chevelu en sandales. Mais, après tout, pourquoi pas ? Notre sympathique petit fumeur de joints est d’ailleurs tellement chaud de l’enquête qu’il ne se contente pas d’accepter une seule affaire mais carrément trois d’un coup ! Ben ouais, ce serait trop facile sinon. De toute façon on s’en fout puisque le karma a voulu que tout soit relié et mène à la même chose. “Ah ben ça tombe bien, ça ! Merci Monsieur le Karma ! Allez tiens, je vais m’en griller un p’tit pour fêter ça.”

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Et puis, c’est bien connu : à L.A. en 1970, quand t’es un détective défoncé en sandales, les gens sont contents de t’aider à résoudre l’enquête du siècle, ça leur fait vraiment plaisir. inherent_aSurtout qu’ils voient bien que tu galères un peu et que tu comprends pas grand chose à ce qui se passe.
“- Ah tiens, salut Benicio ! Mais qu’est-ce que tu fous là ?
– Ben, je suis ton avocat voyons. Ou un truc comme ça.  Je viens te sortir du commissariat parce que tu es le suspect numéro un dans une affaire de meurtre.
– Ah mais ça tombe vraiment super bien ça ! Merci Benicio ! Ca te dit on va s’en faire un p’tit ? T’as vu mes nouvelles sandales ?”

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Après mûre réflexion, je me demande si le personnage incarné par Joaquin Phoenix dans Inherent Vice ne serait pas une sorte de justicier hippie, le quatrième larron de la bande aux Freak Brothers, tirant ses super-pouvoirs d’investigation de sa consommation gargantuesque de psychotropes et d’opiacés en tous genres, un chevalier plein de peurs et plein de reproches, défenseur de la “Veuve Blanche” et du tox’ orphelin. Car à mesure que le Doc dissimule ses neurones engourdis derrière un épais nuage de “Brume Violette”, son pouvoir fait apparaître des lieux et personnages aux noms compliqués, jusqu’alors inconnus (de moi), comme par magie et toujours au bon moment,inherent-vice-joaquin-phoenix-martin-short-sasha-pieterse-600x447 afin de lui permettre d’apercevoir la légion de tiroirs qu’il va devoir ouvrir avant de conclure cette interminable enquête. Et c’en devient finalement assez long et agaçant de le voir démêler aussi facilement ce grand n’importe quoi incompréhensible en surfant sur les vagues d’une défonce pseudo-cool semblant tout justifier.

Malgré une réalisation irréprochable, quelques situations cocasses bien senties (mais que l’on voit pour la plupart venir d’assez loin, encore merci à la bande-annonce !) et l’une des scènes de sexe les plus audacieuses et les plus excitantes qu’il m’a été donné de voir depuis très longtemps, la trame d’Inherent Vice a globalement résonné chez moi comme une cacophonie indigeste dont je n’attendais plus qu’une chose : la fin. Un bordel rythmé en prime par une narratrice imaginaire me balançant régulièrement ses “sortilèges” soporifiques, alors que je subissais déjà l’infinie longueur du psychédélisme d’investigation en sandales. Double-combo ! BIM !! Il en résulte une sorte de Big Lebowski raté me laissant carrément sur ma faim.

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Inherent Vice m’a fait vivre la douloureuse expérience de la frustration ultime : j’ai trouvé que tout était bon dans ce film… sauf qu’il ne m’a rien raconté. Faudrait peut-être que je me remette à fumer des pétards ou que je revoie mon sens de l’humour car cela me paraît tout de même assez étonnant de la part d’un auteur dont le cinéma – ce que j’en ai vu du moins – a toujours été d’une intelligence folle. inherent-vice-trailer2Ou peut-être suis-je aussi tout simplement passé à côté du film (ça peut arriver… et puis je fais ce que je veux).

En attendant, le côté positif c’est que j’y ai trouvé une petite morale à en tirer : ne plus jamais faire l’erreur de placer trop d’attentes dans un film en me basant sur son affiche et/ou sa bande-annonce.

Sauf pour le prochain Mad Max : Fury Road (2015), cela va sans dire. Non mais vous avez vu ce trailer complètement malade ??

J’veux l’voir ! J’veux l’voir ! Allez steuplé, j’veux l’voir !!

owenwilsonlastsupper

Bande-annonce

La fiche complète du film.

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One thought on “INHERENT VICE de Paul Thomas Anderson (2015)

  1. C’est sûr que le privé en sandales et rouflaquettes, ça divise, pour ne pas dire, ça perturbe. Remarque j’en ai connu un autre, dans les années 80, qui portait moustache et chemise à fleur et qui roulait en Ferrari dans les rues d’Honolulu. Pas courant non plus. Allez, une bonne dose de vitamine C dans les oreilles et je parie que tu lui redonneras sa chance à cet Inherent Vice.

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