INCENDIES de Denis Villeneuve (2010)

Proposé par Jeanba, rédigé par Phil.

“La mort n’est jamais la fin d’une histoire.”
Maître Lebel dans Incendies.

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Ceci n’est pas une chronique ciné.

C’est plutôt un simple billet d’humeur, rédigé à chaud et trouvant ses origines dans le film Incendies de Denis Villeneuve. Dans pas mal d’autres trucs aussi. Et vu que j’aime bien que les films m’aident à cogiter et à y voir un peu plus clair, surtout dans des moments comme ceux que nous sommes en train de vivre, j’ai pris le parti de ne pas trop vous en parler (ce qui est, vous en conviendrez, d’une logique imparable). Même si c’est un grand, un très grand film, aujourd’hui plus que jamais, je fais ce que je veux.

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Nous sommes donc le vendredi 27 novembre, il est environ 10h37 a.m., heure de Paris, et cela fait des semaines que je n’ai rien écrit. Par flemme tout d’abord – parce que bon, c’est moi quand même -, mais peut-être aussi parce que je n’en avais plus le goût.

Mettre ce syndrome de la page blanche – un tantinet volontaire, je dois l’avouer – sur le dos des événements survenus à Paris il y a deux semaines, serait certainement une excuse un peu facile de ma part. Et pourtant, aujourd’hui, calé en survêt’ dans mon canapé, tranquille dans mes babouches en sirotant mon deuxième mug de café, il s’est passé un truc.

A la télévision, les voix d’un homme et d’une femme récitent froidement le nom des victimes des attentats du 13 novembre. Les noms résonnent dans la cour centrale des Invalides. Les noms… et les âges aussi. 27 ans, 24 ans, 22 ans. C’est jeune tout ça quand même… 68 ans, 62 ans, 51 ans (51, Jeanba… notre chiffre préféré, mec). Et puis, là, comme ça sans prévenir, BIM !

“Christophe L., 33 ans” Putain…

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Ben voilà. Deux semaines plus tard, la douleur d’un petit coup de pied dans les couilles pointe le bout de son nez et fait maintenant couler une larme et un peu d’encre. Comme quoi, il n’est jamais trop tard…

Je ne compte plus les fois où je suis allé au Carillon boire des pintes jusqu’à plus soif en rigolant avec mes amis qui me sont si chers. Je ne compte plus les fois où, devant mes groupes préférés, brandissant mon devil’s horn d’un côté et ma pinte de l’autre, je suis allé headbanguer ma race jusqu’à ce que mes oreilles en saignent avec mes amis qui me sont si chers. Après, j’ai dû aller seulement deux ou trois fois au Stade de France avec mes amis qui me sont si chers, c’est vrai. Mais bon, faut dire qu’il n’y a que de la Buckler à boire, alors merde quoi ! Bref, je ne les compte plus, tous ces moments-là.

Alors OK, je suis Charlie, je suis la génération Bataclan et je suis même un bobun du Petit Cambodge parce que franchement, ils déchirent grave ! Je suis tout ce que vous voulez, les mecs ! Mais aujourd’hui, parce que dans moins d’un mois on aura le même âge, parce qu’on a vécu dans la même ville, parce qu’on est apparemment sortis dans les mêmes lieux et qu’on a bu les mêmes pintes de bière, peut-être même vu les mêmes groupes en live, je suis avant tout Christophe L., 33 ans.

Ils ont souillé MES lieux de vie à moi. Ils ont arraché les vies de MES amis à moi – même si je ne les connaissais pas encore. Et c’est en faisant ça que ces connards ont violé MA putain de vie à moi. Ils ont violé NOTRE putain de vie à tous et on a tous la haine, bordel !!

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Mais voilà, cette haine, cette petite flamme de haine, c’est ça qu’ils cherchent. Car ils savent très bien – on dirait pas comme ça, mais c’est des malins les mecs – qu’il suffit après de jeter juste ce qu’il faut dessus pour que cela crée des incendies capables de tout ravager sur leur passage. Religion, nationalisme, idéologie, pognon, etc. N’importe quel combustible peut alors servir à détruire des familles, à engendrer des monstres, à déchirer des pays entiers. Des pays si riches dans leur diversité, si beaux dans leur humanité, disparus, comme ça, en un clin d’œil. Eh bien cette petite flamme de haine là, c’est elle notre ennemi n°1 aujourd’hui, car elle est l’origine du chaos, l’origine du Mal.

Incendies en fait, ça parle de ça je crois. Ca parle de naissance de monstres, de naissance de guerres, de naissance de la haine. Le genre de naissances que, malheureusement, on ne connaît que trop bien. On les a apprises dans nos livres d’Histoire, on les lit encore aujourd’hui dans nos journaux, on les voit à la télé, tous les jours. C’est dur, c’est bouleversant, c’est lourd, très souvent indigeste même, comme le sont toutes les horreurs perpétrées par les gens qui ont la haine.

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A travers la vie d’une femme, à travers le destin d’une famille – tout droit sorti de la plus dérangeante des tragédies grecques – et celui d’un pays fictif (et donc universel, ce qui fait un peu froid dans le dos), la petite Histoire, constituée de nombreux chapitres écrits dans le sang, trouve peu à peu sa place dans la Grande. Ainsi, le sombre passé, celui qu’on aimerait laisser derrière nous mais qu’il est impossible d’oublier, s’éclaircit. Il laisse alors entrevoir les erreurs, les déchirures, l’effroi et, finalement, l’impensable. Et ça fait mal, comme un petit coup de pied dans les couilles…

Parce qu’Incendies pousse l’horreur des conséquences de la guerre à son paroxysme, il est évident qu’il n’est donc pas à mettre entre toutes les mains ni à regarder à n’importe quel moment. Et pourtant, Incendies est aussi un film que je trouve rempli d’espoir. L’espoir qu’à la fin, malgré la souffrance, la tristesse, l’horreur et la mort, la vie continue, plus forte que tout le reste. Le film a de très nombreuses qualités, quelques défauts aussi, mais c’est pour cette raison précise qu’aujourd’hui, là maintenant, il résonne d’une façon très particulière en moi. Il m’aide. Pas à comprendre ce qui s’est passé, ce qui se passe et se passera encore et encore. Il m’aide à vivre. A vivre avec.

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Alors tu la vois ta petite flamme de haine, là ? Ben j’en ai plus rien à foutre, mec. Elle a disparu. Elle n’existe plus. Pardonner, se repentir, aller de l’avant, aller vers l’autre, aimer, boire des pintes, tout cela est encore possible. Même après le pire, même après la mort. La vie est belle parce qu’il n’est jamais trop tard.

Alors toi, tu fais ce que tu veux, mais moi je vais faire ça et je sais que je ne serai jamais seul.

Allez salut, et bisous !

Philippe B., 33 ans, ou presque.

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Bande-annonce

Pour en savoir plus sur Incendies (parce que c’est vrai que là, vous en savez pas grand chose), voici la fiche complète du film.

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2 thoughts on “INCENDIES de Denis Villeneuve (2010)

  1. Ben dit :

    Apprendre à vivre avec, très juste Phil

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