HER de Spike Jonze (2014)

Par Phil.

“I think anybody who falls in love is a freak. It’s a crazy thing to do. It’s kind of like a form of socially acceptable insanity.”

Amy, Her.

her-projet-skynet

Les histoires d’amour, ça commence à me gonfler sévère !

Les gens débiles qui tombent amoureux sur les bateaux en train de couler, les gens débiles qui tombent amoureux dans des camps de vacances pour pucelles en chaleur, les gens débiles qui tombent amoureux dans des écoles de l’armée de l’air, les coups de foudre, les danses et les portés, les baisers sur fond de coucher de soleil, les grosses pastèques et les pintes de Guinness, les plans drague improbables, les dessins et les matchs de volley, les petits coups à la va-vite sur la banquette arrière d’une bagnole… Her-Spike-Jonze-love-storyTout ce bordel d’amour hollywoodien là… Y’EN A MARRE !!

Bon, faut dire que ces dernières semaines au Projet Skynet, il y a eu un petit enchaînement de bouses sentimentales (le premier qui me parle d’Alain Souchon, je le fracasse !!) m’ayant fait regretter avec une amertume non-dissimulée l’époque bénie où l’ami Jeanba me filait des Predator et autres Starship Troopers à chroniquer. C’était quand même bien ce temps-là, tu te rappelles Jeanba ? On était jeunes, beaux et innocents. Tu m’avais dit viens, on fait un blog ciné” et moi je t’avais dit ouais, d’accord mais on reprend un shot de Jack d’abord”, et toi tu m’as dit Ok, mec !”… Alala (soupir)… Ca me paraît si loin aujourd’hui. Mais que nous est-il arrivé, Jeanba ?

Theodore-Twomblys-Apartment-in-her

Tendu comme l’élastique du slip de Tom Cruise dans Top Gun, j’éprouvais donc le besoin de me réconcilier avec les histoires d’amour après ce calvaire à l’eau de rose que l’on m’avait infligé. Ben voilà, il n’aura finalement suffi que d’un film de ce bon Spike Jonzeher-joaquin-phoenix-1D’ailleurs, quand j’y repense, le premier film que l’ami Jeanba m’a donné à chroniquer était aussi un film de Spike Jonze. Tu te rappelles, Jeanba ? Bon allez, j’arrête sinon je vais me mettre à pleurer…

Quand je vous dis que Her m’a réconcilié avec les histoires d’amour, ce n’est pas tout à fait exact. Parce que c’est pas vraiment une histoire d’amour en fait. Je dirais plutôt que Her est une histoire sur l’amour. Nuance ! Ce film est à ce point différent de tout ce que j’ai pu voir sur le sujet que je ne sais même plus par où commencer. Mais il m’a tellement plu et m’a si profondément interpelé que je me sens obligé de poser quelques mots dessus afin de vous inciter à aller voir cette petite merveille d’humanité.her-trailer-2

Vous l’aurez donc compris, Her c’est avant tout la rencontre entre un homme et une femme, Theodore et Samantha, qui tombent amoureux. Le truc classique à priori… Sauf que grâce à cette rencontre, Spike Jonze parvient comme par magie à tout – je dis bien tout ! – nous dire sur l’amour, cette folie socialement acceptable”, cette folie capable de nous donner des ailes comme de nous priver de tout appétit pour les choses de la vie. A l’image d’une relation amoureuse dans laquelle les sentiments les plus ambivalents peuvent se croiser, se mêler ou faire tout péter en mille morceaux, la mélancolie de la solitude la plus pesante côtoie le radieux bonheur d’être à deux, la simplicité et la complexité se chevauchent sans cesse, le passé marque le présent de son empreinte indélébile et laisse ainsi entrevoir un futur effrayant et pourtant annonciateur d’un espoir rassurant… 1683548-inline-i-3-her-spike-jonze-ai-movieC’est le bordel, quoi ! Comme dans toutes les histoires de cœur… Mais un bordel agréable. Le genre de bordel dont on rêverait parfois de s’échapper en hurlant et en courant tête baissée en direction de la sortie, mais vers lequel on retournerait aussitôt parce qu’on s’y sent si bien, naturellement chez soi, vivant.

Bon déjà, j’espère que vous voyez à peu près ce que je veux dire car même à moi, ça ne paraît pas très clair… Mais bon, je fais ce que je veux. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’on est pas dans un film dont le postulat de départ est un coup de foudre à deux balles et ça, c’est déjà un bon point. On est dans le vrai, dans le vécu, et ça se sent à chaque minute ! On est dans la réalité.

Samantha-Representation

Eh ben noooon ! Parce que Her en fait, c’est un film d’anticipation. Je serais même tenté de dire qu’on est en pleine science-fiction. L’histoire se passe effectivement dans un futur proche, à Los Angeles, et Theodore tombe amoureux de Samantha, un système d’exploitation informatique doté d’une Intelligence Artificielle dernier cri et – accessoirement – d’une voix féminine carrément sexy. her-movie-2013-screenshot-samantha-pocketVoilà qui apporte une certaine touche d’originalité au récit de cette idylle, vous ne trouvez pas ?

Mais là où Spike Jonze réussit un véritable coup de maître (un peu comme Gondry l’avait fait avec Eternal Sunshine of the Spotless Mind), c’est que cette improbable histoire d’amour entre un humain et son “Windows 18 NextGen” ne perd jamais une once de sa crédibilité. L’enfant génial et turbulent des longs-métrages précédents se pose ici, s’impose même, en un visionnaire clairvoyant et impressionne par sa capacité à projeter notre société actuelle dans le futur. Le film en est bluffant de réalisme et amène, en plus d’une analyse chirurgicale des relations amoureuses, d’intéressantes réflexions sur ce que l’avenir nous réserve en matière de technologie “sociale” et de rapports humains.

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Evoluant dans ce futur “néo-rétro” à l’aspect extérieur d’étouffante fourmilière et aux intérieurs vintage, épurés, design et harmonieusement colorés, Joachin Phoenix rentre à la perfection dans les pantalons taille haute de Theodore, cet écrivain d’un nouveau genre particulièrement doué pour comprendre les sentiments de ses semblables et pourtant incapable de se connaître lui-même à cet instant “charnière” de sa vie. Bercé par des airs de piano lui collant littéralement à la peau (une superbe B.O. signée Arcade Fire, s’il vous plaît !), il passe d’une émotion à l’autre avec une justesse incroyable au son de la voix enivrante de Scarlett Johansson qui, même si on ne la voit jamais, est bel et bien là, avec nous. her-joaquin-phoenix-5J’avais vraiment l’impression qu’elle allait débarquer à tout moment. Quelle présence ! Scarlett, si ça n’avait tenu qu’à moi, c’est toi qui aurais remporté l’Oscar de la meilleure actrice cette année. Moi aussi je t’aime. Je veux un ordi comme toi…

Et BIM !! A peine remis de ma première grosse claque de l’année avec le Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, voilà que je me prends un revers venu d’ailleurs dans la face signé Spike Jonze ! Les petits génies du cinéma américain sont de sortie et ils ont décidé de frapper très, très fort en ce début d’année 2014 ! Orfèvres de la création d’univers très personnels et fins experts-conteurs, ils mettent tout leur talent au service d’histoires magnifiquement intemporelles et universelles. Et franchement, c’est beau et c’est très bon ! Du cinéma qui fait du bien dans ta tête et dans ton petit cœur.

Merci, les mecs !

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Bande-annonce

Pour en savoir plus sur Her, c’est par ICI.

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One thought on “HER de Spike Jonze (2014)

  1. Quelle plume enflammée ! J’en ai le disque dur tout retourné dites-donc.

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