HEAT de Michael Mann (1995)

Choisi par Phil, rédigé par Jeanba.

« Dans le noir toutes les couleurs s’accordent. »

Francis Bacon
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Bleu. Heat est bleu.

Bleu comme la flamme la plus chaude, comme le choc électrique des néons de la ville. Michael Mann a toujours eu tendance à marquer ses films par la couleur, omniprésente et englobante. Comme un acteur important de ses films. Je suis d’ailleurs étonné qu’il ne l’ai jamais créditée au générique…

Heat est un film d’ambiances. Il s’agit bien entendu d’histoire de braquages et de la violence qui l’accompagne, mais sur des variations bien particulières, alternance de rythmes frénétiques et de rythmes lents, presque contemplatifs. Et quel talent pour oser et réussir à s’imposer de cette manière, sans perdre une seule once d’intensité et de force ! Quel talent pour maintenir une photographie si posée, intelligente et calibrée ! Quel talent pour sublimer ces paysages urbains, panoramiques et à l’imposante assurance. Michael Mann est un esthète et son cinéma tend à le prouver. Ce film en est le plus précieux témoin.

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Un écrin froid aux arrêtes saillantes, contenant en son coeur le terrible duel de deux monstres du cinéma : Al Pacino et Robert De Niro. Il n’en fallait pas moins pour incarner ce schéma classique du flic et du truand, mais ici totalement dépoussiéré et sublimé. Résolument opposés, les personnages sont cependant habités par la même folie, le même excès face à leur profession de foi. Un flic traqueur, chien enragé qui ne lâche jamais sa proie et qui déserte le lit conjugal aussitôt que son bipper fait mine de sonner, jonglant entre les excuses et les engueulades pour sauver son couple. Face à face avec le maître des truands, posé et calculateur. Propriétaire d’une immense demeure vide de meubles et de gens, trop occupé à bouquiner sur la resistance des matériaux et autres conneries en vue des prochains braquages.

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Mêmes défauts, mêmes conséquences. Les deux hommes se retrouvent avec une vie sociale sacrément bancale… vide en fait. Mais que voulez vous, comme dirait Neil McCauley (De Niro) :

« Don’t let yourself get attached to anything you are not willing to walk out on in 30 seconds flat if you feel the heat around the corner ».

Pour eux s’attacher est une faiblesse, et ils ne sont résolument pas décidés à le faire.

Heat2Mais des hommes comme eux ont besoin d’une équipe pour les seconder. Et quelles équipes ! La dream team des flics (totalement dévouée à leur boss), ainsi qu’une bande de truands tout simplement superbe d’efficacité musclée avec (pour ne parler que d’eux) un Val Kilmer et un Tom Sizemore au sommet de leur forme. Accompagné par ces mecs, je vous assure que moi aussi je pars faire un hold-up en toute confiance. Chacun dans sa spécialité valant une dizaine de gars expérimentés. Sans parler de leur attachement aux valeurs de fraternité : on vit ensemble, on tombe ensemble. On les retrouve magnifiés dans des scènes d’action monumentales par leur intensité, empruntant parfois les codes des films de guerre.

Et au milieu de ce marathon d’action (171 minutes au total, quand même !), se trouve le pivot du film : LA rencontre au sommet ! Parce que dans la vie il faut savoir reprendre son souffle, les deux superstars s’accordent le temps de prendre un café, comme ça, tranquille, en tête à tête. Superflic et Supertruand vont faire connaissance, prendre le temps de discuter, appréhender l’autre. Autant dire que ça ne risque pas de les attendrir (n’oublions pas que les sentiments ce n’est pas vraiment leur truc). Car maintenant, chacun sait qui est l’autre, pimentant un peu plus ce jeu d’échec musclé. Mettre un visage sur un nom, c’est aussi savoir sur qui on doit tirer.

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bande-annonce

On oscille toujours entre scènes de pause et action pure, mais on avance inexorablement. Lenteur ne signifie pas inertie. Et l’histoire avance, déterminée, infatiguable, increvable. Doucement, à son rythme, le film nous entraîne dans les profondeurs, la lumière bleue tend maintenant vers le noir. Les paysages nocturnes de Los Angeles deviennent la nouvelle toile vierge de la caméra de Michael Mann. Et c’est au milieu du noir qu’il peut déployer ses lumières artificielles pour mieux sculpter les gueules de ses héros cornéliens.

heat7Noir. Heat est noir.

Heat est comme être au volant d’un bolide au moteur vrombissant, variant les allures pour le plaisir de jouer avec les mécaniques, filant au travers d’un tunnel aux néons bleutés, à la sortie duquel on est aspiré par le froid et l’obscurité de la nuit. Et c’est ici que finira le chemin de ces deux mythes vivants, dans un duel entre l’ombre et la lumière. Au milieu du vacarme assourdissant des pistes d’atterrissage, un dernier combat devra déterminer un vainqueur au rythme syncopé des murs de spots éblouissants, comme un battement de coeur qui s’éteindra sur la plus belle image du film.

Pour en savoir plus, c’est ICI.

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9 thoughts on “HEAT de Michael Mann (1995)

  1. Anonyme dit :

    Bon bah du coup je veux le remater…

  2. Anonyme dit :

    Heat t’a inspiré. C’est probablement ta meilleure chronique JB!

  3. Le meilleur film de Michael Mann. D’un lyrisme dingue. Crépusculaire et inoxydable. Et en noir et bleu, bien vu 😉 Quel final… et malgré la présence de Moby en fond sonore 😉 Mais au vue de la conclusion, le face-à-face dans le restaurant n’est pas tant celui que je préfère. C’est vraiment cette image où l’un et l’autre se rejoignent. Avec cette phrase, désormais culte pour moi : « I told you I never go back ». Sacré chef-d’oeuvre… et super article en passant !

    • Jeanba dit :

      Merci beaucoup pour ce commentaire, effectivement cette phrase a résonné longtemps chez moi aussi après le film.
      Et désolé pour Moby….. je referai plus 😉

      • Vous excusez pas, c’est la faute de Michael 😉 L’anecdote autour du film veut que Elliott Goldenthal et lui s’étaient brouillés sur le tournage; du coup la chanson de Moby a été utilisée pour la conclusion. Mais, étonnamment, elle l’embellit plutôt bien je trouve…

  4. Guillaume Botella dit :

    Superbe chronique! Jeoffroy, plus récent mais tout aussi maîtrisé et esthétique il y a quand même Collateral!

  5. Phil dit :

    Tout à fait d’accord avec toi, Guillaume ! Quant à moi, je dois dire que je suis un fan de la première heure du Dernier des Mohicans. Je vous l’accorde, pas grand chose à voir avec Heat et Collateral (à part Micheal et son talent), mais un superbe film d’aventure historique comme on en fait malheureusement plus. Jeanba, faut que tu le revoies ! 😉

  6. J’embraye tardivement sur les compliments quant à la qualité d’écriture de cet article à la hauteur du sujet auquel il s’attèle. La confrontation fantasmée entre Travis Bickle et Tony Montana accouche de deux autres mythes du polar. Un petit coup d’oeil sur le premier film de Mann « le solitaire », et surtout « L.A. Takedown », la matrice télévisuelle de « Heat » donnait déjà un aperçu des qualités du futur chef d’oeuvre. Grand admirateur de Michael Mann comme beaucoup des commmentateurs de cet article, j’ajoute à la liste de mes coups de coeur le mélo sublime et torride qu’est « deux flics à Miami » ainsi qu’un détour remarquable vers le film-dossier avec « the insider ».

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