THE HATEFUL EIGHT de Quentin Tarantino (2015)

Après-séance rédigée à froid par Phil.

“One of them fellas is not what he says he is…”
John ‘The Hangman’ Ruth dans The Hateful Eight.

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“ – Moi, g trouvé que le dernier Tarantino il été tro nul : tro bavard et enuyant.
– Koi ?? Mais atend, ta rien compris, meuf ! Pour pa aimé les 8 Salopards, faut vraimen pas avoir de race et rien comprendre au cinéma de Tarantino ! lol Tu doit pas être une vrai fan, toi…
– Koi ?? Moi, chui pas une vrai fan ? MOI, CHUI PAS UNE VRAI FAN ??? Alors d’abord laisse moi t’expliqué un truc : tkt que bien sur que si que chui une vrai fan parce que j’ai vu tous les films de Tarantino, moi ! Même que j’adore tro d’habitude ! Et là, ben g trouvé sa nul ctou. Alors t’es qui toi pour dire que chui pas une vraie fan ? C’est toi ta rien compris !
– Grosse pute !
– Han !! Le mec il a plu d’argument et du coup il me traite de pute ! Tfacon toi, vu ta foto de profil, ta l’air d’un gro qui pue, alors bon… Tu ferai mieux de pas tro l’ouvrir tsé lol”

The-Hateful-Eight-7Ceci, vous l’aurez peut-être deviné, est un extrait plus ou moins véridique et plus ou moins fidèlement retranscrit que j’ai trouvé au beau milieu d’une page Facebook. Une page sur le cinéma comme il en existe tant… Intéressant, n’est-ce pas ?

Au vu de la nature acerbe des propos tenus par certains internautes cinéphiles, le moins que l’on puisse dire c’est que “le huitième film de Quentin Tarantino” déchaîne les passions. Heureusement, il existe tout de même des férus ne cédant pas à cette schizophrénie, jubilatoire et pathétique à la fois, qui caractérise si bien le niveau des débats sur le Net. Merci, les gars ! Mais voilà, les faits sont bel et bien là : le dernier Tarantino divise. Et ouais, y en a qui aiment et d’autres qui n’aiment pas. Bienvenue dans le monde de l’art, les amis !

Personnellement, j’avoue faire partie des déçus. Un peu… Mais de là à dire que The Hateful Eight est un mauvais film, il y a tout de même une sacrée marge ! Parce que oui, j’ai aussi beaucoup aimé ce film. Voilà, je me retrouve encore avec le cul entre deux chaises, ce qui n’est pas la situation la plus confortable pour passer l’hiver. Je vais encore attraper froid moi…

KurtRussellSamuelLJacksonHatefulEight

Un mauvais Tarantino, alors ? J’en sais rien non plus. Certains trouvent que c’est son meilleur, alors je vais éviter de trop me mouiller histoire de laisser planer un semblant de doute. Courage les mecs, fuyons ! De toute façon, l’avenir nous le dira. L’avenir, et sûrement un autre visionnage. kurt-russell-dans-the-hateful-eight-11442324xsrhkEn tout cas, c’est pas moi qui vais vous le dire. Ce que je vais vous dire, c’est pourquoi j’ai aimé ce film et pourquoi il m’a déçu.

Tout d’abord, j’avoue que, même si moi aussi j’ai vu tous ses films et les ai, pour la plupart, beaucoup aimés, je n’ai pas la prétention de connaître Quentin Tarantino et ne me permets pas de m’approprier son œuvre parce que “j’ai grandi avec”. Malheureusement, j’ai l’impression que c’est exactement ce que Tarantino a fini par susciter chez beaucoup de fans et je trouve ça dommage. Les mecs, par pitié, faites un effort : c’est pas parce que vous avez kiffé Reservoir Dogs (1992) et Pulp Fiction (1994) quand vous aviez 14 ans que Tarantino est votre pote ! C’est juste un réalisateur, certainement très imbus de lui-même,screenshot_50 pouvant se permettre de s’en foutre royalement de ce que pense le reste du monde. Et The Hateful Eight est la parfaite preuve en images que le bonhomme prend un malin plaisir à balancer son majeur à la tronche de tout un chacun. Le mec fait ce qu’il veut et, vu que j’aime bien les gens qui font ce qu’ils veulent, je trouve qu’il a carrément raison. Ca, pas de problème. En revanche, il va m’en falloir un peu plus pour me faire crier au génie et ouvrir la bouche en fermant les yeux pour qu’il y fourre tout ce qui lui passe par la tête. Désolé pour la vulgarité de la formule (ceux qui ont vu le film comprendront)…

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Bon déjà, pour rebondir sur ce que disait plus haut notre copine internaute, le film n’est pas “trop bavard”. Il est “bavard”, certes, mais pas “trop”. En même temps, dire qu’un Tarantino est trop bavard ne reviendrait-il pas à se plaindre qu’il y a un tout petit peu trop d’explosions dans un film de Michael Bay ? Ben si, un peu quand même… On pourra dire tout ce qu’on veut, Tarantino, les bavardages, il maîtrise pas mal. Et ceux de son nouveau western ne dérogent pas à la règle. Ils permettent de se marrer à plusieurs reprises, d’entrer bien à fond dans la tête et dans le passé de certains personnages, d’appréhender ainsi le contexte historique particulier de la société américaine au lendemain de la Guerre de Sécession et, enfin, de profiter d’un discours très “blaxploitation” – et donc agréablement anachronique – sur le fait qu’être black aux Etats-Unis de l’Amérique, c’est pas facile facile tous les jours, et ce depuis fort longtemps. En cela, tout est vraiment bien amené, bien pensé et assez réussi.

D’autant plus que le casting, réunissant habitués et petits nouveaux – avec Samuel L. Jackson en tête de wagon sur le grand huit -, prend clairement son pied et fait plus qu’assurer le job, 5909457même si Tim Roth semble uniquement se contenter de prendre la suite de Christoph Waltz dans Django Unchained (2012). Sinon, soyez rassurés, Michael Madsen fait du Michael Madsen et Kurt Russell transpire toujours la beaufitude en garde du corps velu de Jennifer Jason Leigh qui, elle, s’avère très résistante au froid et aux baffes. Anciens Confédérés ou ex-Yankees, chasseurs de primes, représentants de l’ordre ou hors-la-loi, plus vite que leur ombre ils dégainent leurs lyrics cinglantes, portées par les accents les plus pourris du pays, pour ambiancer la diligence, la grange et la baraque, bien à l’aise dans leurs fringues choisies avec goût selon les canons vestimentaires de l’époque et l’exigence de la météo. Armés jusqu’aux dents d’humour malsain, de vice et de haine – cela dépend -, XVMad75b674-3504-11e5-b5f8-6d71cb9b827b-805x453ils commencent par faire cracher les colts de la joute verbale avant de laisser inévitablement parler la poudre, la vraie. Il ne pouvait en être autrement…

Alors que ce calvaire prisonnier des neiges annonce, dans l’introduction, un Cluedo hivernal version Agatha Christie, un western en huit-clos dans lequel toute la haine et la badasserie des “8 Salopards” empêchera à quiconque de tendre l’autre joue autrement qu’avec de grosses mandales dans la gueule (et la promesse est tenue), j’en suis finalement venu à me dire, au générique de fin : “pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il fait” (je fais ce que je veux, je suis né le jour de Noël).

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Car là où The Hateful Eight m’engourdit le cerveau, comme l’effet qu’aurait sur mes membres ce violent blizzard obligeant les “Salopards” à devenir les “Détestables” colocs d’une nuit, 250px-Daisy1c’est que la prose de Tarantino prend vite du poids, se répète souvent et tombe bassement dans le vulgaire. Cette lourdeur et cette vulgarité, reproduites sur plusieurs aspects et à différents moments, ce sont elles qui, à mes yeux, ont finalement raison de toutes les bonnes idées du film, pourtant nombreuses et solides, ainsi que de son indéniable virtuosité.

Dans un souci de provocation, plus égocentrique qu’autre chose, Tarantino va trop loin pour moi : trop loin dans le grossier, trop loin dans le gore (et pourtant le gore, c’est chouette), trop loin dans les retournements de situation, trop loin dans les ralentis, trop loin dans les flash backs et leur voix off (énoncées par le réalisateur himself)… Bref, trop loin dans pas mal de trucs. hateful-eight-2015-poisoned-coffee-walton-goggins-chris-mannix-quentin-tarantinoChez moi, ça coince et ça plombe pas mal de trucs, justement. Il parvient même à geler Ennio Morricone derrière son pupitre de compositeur, l’Italien livrant ici une BO à l’image de certains passages du film : agréable à l’écoute des premières notes, mais répétitive et lourde. Faut croire que le compositeur a trouvé beaucoup plus d’inspiration dans le froid polaire de l’Antarctique il y a 20 ans avec The Thing (1982) – autre huit-clos glacial ayant d’ailleurs grandement inspiré le film de Tarantino – que dans les tempêtes de neige du Wyoming…

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Bref, voilà donc ce qui me chagrine un peu avec The Hateful Eight : il me donne l’impression d’être desservi par son propre auteur et sa volonté de faire parler de lui en choquant et en partant dans tous les sens, en mélangeant trop de genres. Je l’aurais aimé plus subtil. Que j’aie tort ou non, tel est mon ressenti, et en tout cas les gens parlent du film. Ca, on ne peut pas le lui enlever… Mais bon, je ne trouve pas vraiment que ce soit pour les bonnes raisons et, du coup, c’est dommage.

Mais t’inquiète, mon p’tit “Couènetine” : ce n’est pas parce que je reste sur ma faim que je n’apprécie pas le fait que tu aies des ballz en acier trempé. Evidemment que je continuerai à aller voir tes prochains films. Et surtout, on reste copains…

Allez, salut !

THE HATEFUL EIGHT

Bande-annonce

La fiche complète du film.

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2 thoughts on “THE HATEFUL EIGHT de Quentin Tarantino (2015)

  1. princecranoir dit :

    Qu’est ce que que ça ? On fait sa mijorée quand QT met ses balls sur la taybel ! Allez, on va dire qu’un petit repassage chez Minnie un de ces quatre aura vite fait de redévergonder tout ça. En tous cas beau papier avec cet extrait de débat d’érudit s très rigolo. T’aurais pas dû corriger certaines fôtes car du coup ça fait moins vrai 😊

    • Phil dit :

      Merci, Prince ! J’avoue m’être bien régalé à lire ces échanges enflammés sur le web. Et pour lé fôtes bon… g fais kesk g pue ! 🙂
      Je ne peux effectivement qu’apprécier la bravoure testiculaire de QT, même si je continue de penser qu’il y a des moyens plus classes pour montrer à tout le monde qu’on peut faire ce qu’on veut avec un film. Mais cela ne m’empêchera pas de suivre ton conseil et de retourner faire un petit tour dans la mercerie pour me réchauffer avec un bon café… 😉

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