GRAVITY d’Alfonso Cuarón (2013)

Sortie dans l’espace de Phil & Jeanba, rapportée par Jeanba.

« Houston, I have a bad feeling about this mission. »

Matt Kowalsky, Gravity.

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Un dimanche matin, c’est rarement fait pour mettre un réveil. Surtout quand la veille on a fait la fermeture du bar avec l’ami Phil jusque tard dans la nuit (voire tôt le matin)… Mais bon c’était pour parler ciné avec notre copain serveur, alors pas de regrets. Et le réveil, c’était encore pour rejoindre l’ami Phil qui voulait m’emmener voir Gravity. Et c’est toujours sympa de faire plaisir à un ami. Vous devriez essayer.

Achat de M&M’s, check. Installation dans le fauteuil, check. Nettoyage des lunettes 3D, check. Pubs de merde et bande-annonces, check. Cinq, quatre, trois, deux, un… IGNITION !

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La musique. Le son et rien d’autre. Le son s’amplifie. Enveloppe sonore presque écrasante, pression acoustique sur mes tympans pas encore habitués. Encore une montée plus oppressante. Si on continue de monter, je ne pourrai plus le supporter. Ça augmente. Encore. Et puis plus rien. Le silence.

Le silence au milieu du vide. Voilà ce que c’est l’espace, c’est du rien.

Vous me direz, ça a l’air mal parti pour raconter une histoire. Alors dans ce rien on met une grosse canette en métal et trois astronautes qui s’affairent autour. Et là, c’est déjà moins rien. Enfin, maintenant il y a peut être trop de choses à l’écran. Un tir de missile mal senti à plusieurs milliers de kilomètres va déclencher une réaction en chaîne qui va permettre de faire le ménage. Une vague de débris file vers nous à toute allure, prête à tout emporter sur son passage.

gravity07Ne nous attachons pas au superflu, il y avait finalement peut-être trop de choses maintenant pour développer notre sujet. Alors on déchiquette la boîte de conserve et on dégrossit un peu le staff. Voilà, c’est bien mieux…

gravity10Comme pour la musique au départ, ici c’est avec les éléments. On avait voulu remplir l’immensité. On avait empilé les éléments, créé un décor, mais finalement non. Maintenant on les fait s’entrechoquer, exploser, se déchiqueter. Et puis plus rien.

Juste ce corps télescopé. Poupée de chiffon vouée à tournoyer sans contrôle dans le vide et pour toujours. L’angoisse est là, la respiration se bloque et les muscles se tendent. Et il va falloir s’habituer parce que Gravity a prévu de nous mettre littéralement en apnée de manière récurrente. Heureusement que pour ce premier plan, Kowalsky (George Clooney) est plutôt d’humeur à jouer les sauveteurs et à ne pas laisser ses petits collègues flotter indéfiniment dans le vide. Go, George ! Va chercher la dame !

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Allez, on respire. On reste concentré et on trouve une solution pour rentrer sur la Terre. Vous savez cette grosse patate bleue juste à côté. Tellement proche qu’on n’arrive pas à y retourner. Les cosmonautes et les taïkonautes (les russkofs et les chinetoques) ont déjà fui cette chienlit, alors essayons de nous en sortir avec ce qu’ils nous ont laissé derrière eux : des boîtes de conserve comme la nôtre, mais en moins bignées.

Seulement, le Docteur Stone (Sandra Bullock) a beau être une tronche, elle reste une bleusaille qui manque encore de tripes et a toujours besoin du cordon ombilical qui la relie à Kowalsky. Marcher dans les pas de son aîné (si tant est qu’on puisse faire ça dans l’espace), voilà le moyen de s’en sortir. Apprendre dans l’urgence à devenir quelqu’un de plus fort et accepter de couper la corde pour avancer seul.

Renaître sans cesse.

gravity01Voilà qui relie Gravity à 2001, l’odyssée de l’espace. Cette thématique commune où le vide intersidéral devient la matrice originelle, où l’Homme se confronte à son humanité. Ou plutôt se doit de réviser son humanité.

Quelle motivation pour survivre si plus personne ne vous attend à la maison ? Quel espoir quand plus rien ne vous relie au monde ? Pourquoi, simplement, ne pas se laisser aller et disparaître dans l’immensité ?

Et c’est là que l’humanité se réécrit avec son terme d’origine : l’instinct de survie, pur, primitif et plus puissant que n’importe quelle attache.

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Sans jamais quitter des yeux son héroïne, Alfonso Cuarón nous trimballe avec tout le talent du monde dans son histoire simple mais à des années-lumière d’être simpliste. Les symboles sont clairs et sans ambiguïté, à l’image des contes de notre enfance. Mais avec la magie de la 3D en plus, et une grosse dose d’effets spéciaux, tellement spéciaux qu’on les croirait réels. Les images sont simplement sublimes et la qualité du détail rend l’expérience éblouissante et incroyablement immersive. Tout est ciselé au millimètre, chaque plan est pensé à la perfection. Les images, le jeu d’acteur, la musique… et les silences, absolument tout est parfaitement maîtrisé.

Je demandais encore hier aux copains quels étaient pour eux les chefs-d’œuvre qu’ils avaient eu la chance de voir en salle. Je vous laisse deux secondes pour réfléchir, mais je parie d’avance que la liste ne sera pas longue…. Moi, aujourd’hui, je peux rajouter Gravity.

GRAVITY

bande-annonce

On conitnue l’aventure ICI.

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5 thoughts on “GRAVITY d’Alfonso Cuarón (2013)

  1. Tout est dit, et avec du style pour couronner le tout ! Je plussoie les éloges et ajoute mes félicitations à cette remarque très juste sur la vision de la planète, si loin, si proche. Du genre qui nous ramène à cette idée qu’on n’est de toute façon pas faits pour vivre ailleurs (on a réussi à défier la loi de la gravité en se mettant debout, c’est déjà pas mal). Joli petite allusion en effet à Clooney le vétéran, un gars qui a appris dès ses débuts à gérer les Urgences, n’est-ce pas. Même si c’est dans le cas présent Bullock qui joue au docteur, c’était quand même lui le pédiatre du Cook County, ce qui ne nous étonne guère de le voir un cordon ombilical dans la main.

    ps : un gros bravo pour votre selec aux GBA !

    • Jeanba dit :

      Merci beaucoup pour ce commentaire, nous sommes très touchés.
      Et joli complément dans l’analyse.

      • davidauvray08 dit :

        Bien ça y est, je l’ai enfin vu… je ne suis malheureusement pas aussi enthousiaste!! 🙁 Côté effets spéciaux, cadrage, montage, l’utilisation de la 3D, rien à redire, nous sommes proches de la très grande maîtrise. Alors qu’est-ce qui m’a empêché de me projeter dans l’espace avec les petites fesses affriolantes de Sandra Bullock? La musique… omniprésente, tonitruante, agaçante!! Il est pourtant indiqué au tout début du film que dans l’espace, le son ne se diffuse pas et bien le réalisateur aurait dû en prendre de la graine!! Cette musique en moins et les cabotinages de Clooney supprimés, j’aurai largement partagé les angoisses de la pauvre Dr Stone, seule et totalement perdue dans l’espace. Quoi de plus inquiétant que de se retrouver seule dans le vide intersidéral, à la fois face à soi-même et face à la Terre entière, sans emprise. Le film est bien entendu centré autour du lâcher prise (là dessus la critique de Jean-Ba est tout à fait pertinente) pourtant, pour survivre là-haut, mieux vaut s’agripper à tout ce qui se présente sous peine d’errer comme une âme sans peine. Paradoxe tout à fait humain, l’homme veut s’affranchir de la gravité pour explorer l’infiniment vaste mais il est bien peu de chose quand il quitte la terre ferme. Bon film que j’aurai consacré comme chef d’oeuvre sans ces petites manies de film commercial. Et je conseille aux cinéphiles de revoir Solaris d’Andrei Tarkovski pour se faire une idée cinématographique de la métaphysique spatiale…

  2. Peut-être qu’il faudrait simplement cesser de juxtaposer ce film à d’autres grands films de SF sans rapport direct (« Solaris », on parle aussi beaucoup de « 2001 » à chaque fois qu’on voit pointer le bout d’une station orbitale) et le rapprocher à d’autres plus immédiatement similaires (« Apollo 13 », ou « les naufragés de l’espace » de Sturges). On est ici davantage dans l’optique d’un retour sur Terre que de l’ouverture sur l’infini. Sinon on peut tout autant convoquer « Alien » (nous ne sommes pas les bienvenus dans l’espace) et, en allant plus loin, on peut tout aussi bien établir un parallèle avec l’excellent « Snowpiercer » qui parle également d’une humanité réduite à ses derniers représentants, coincée dans un espace exigu duquel elle ne peut s’échapper sous peine de mort immédiate (une des formidables idées de la BD hélas non reprise par Bong évoque une secte de « cosmosiens » qui pensent qu’ils sont à bord d’un vaisseau spatial qui s’éloigne de la Terre !). Les questions existentielles qui se posent alors sont similaires.

  3. LM ou pas dit :

    La réflexion de Jeanba est bien écrite et j’aurais voulu trouver autant de poésie en regardant ce film. Hélas je l’ai trouvé (le film) inconsistant (c’est aussi ça l’espace) et les dialogues nuls car face à tant de beauté spatiale (les images) j’aurais préféré ne pas devoir à me préoccuper des états d’âme de Sandra…
    Finalement ce n’est qu’à la fin du film, quand on revient à une sensation à 180° (Sandra qui sort de l’eau et qui pose ses pieds sur le sol) que je me suis rendue compte que jusqu’à là j’avais plané à 360°!

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