GONE GIRL de David Fincher (2014)

Par Phil.

“- You’ve ever heard the expression the simplest answer is often the correct one ?”

Officer Jim Gilpin dans Gone Girl.

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Inutile d’y aller par quatre chemins : Gone Girl m’a mis une une claque monumentale comme ça faisait bien longtemps que j’en avais pas pris une ! Non mais quelle claque !! Vingt-quatre heures plus tard, j’en reviens toujours pas…

Faut dire que, depuis qu’il m’avait offert mon premier vrai frisson de cinéma avec Se7en (1995), je tenais déjà David Fincher en très haute estime. Puis, d’Alien 3 (1992) à Millenium (2011) en passant par le révolutionnaire Fight Club (1999), le mec peut tout de même se targuer d’avoir derrière lui – même si elle est certes relativement inégale selon les goûts -, l’une des filmographies les plus qualitatives de ces vingt dernières années et, ainsi, d’être l’une des rares “valeurs sûres” du cinéma US en terme de mise en scène. Exception faite du cas Benjamin Button (2008), je ne suis personnellement jamais sorti d’un Fincher en me disant “mouais, c’est bof”. Si certains de ses films excellent un peu moins que d’autres, dans l’ensemble c’est toujours plus ou moins la grande classe : l’homme n’a plus besoin de prouver qu’il sait tenir une caméra, créer ses univers (visuels et sonores) et raconter des histoires complexes et intelligemment barrées. Les mecs, si vous aimez le cinéma de Fincher, dites-vous bien qu’il est ici au sommet de son art. Ouais, rien que ça… Préparez-vous à rester scotchés à votre fauteuil !

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“Elle était là et puis pou-pou-POUF ! Je l’ai perdue.” Gone Girl, comme son nom l’indique, c’est donc l’histoire d’une femme, Amy Dunne, qui disparaît sans laisser de trace, si ce n’est une table basse éclatée en plein milieu du salon et une petite goutte de sang dans la cuisine. Paniqué, son mari Nick prévient la police et l’enquête commence. Enlèvement ? Meurtre ? Mensonge ? Vérité ?slashcomment-gone-girl-01 Oulala, on sait vraiment pas ce qui a bien pu se passer. En tout cas, comme d’habitude, le mari est le suspect number one. D’autant qu’il a pas l’air bien clair. Ben ouais, mais il écoute (don’t fear) The Reaper de Blue Öyster Cult et il a la tête de Ben Affleck, ce con ! Il cherche un peu aussi…

Le problème (oui, paradoxalement ça va devenir un vrai gros problème), c’est que pour mettre de leur côté toutes les chances de la retrouver le plus rapidement possible, les autorités et la famille se doivent d’organiser une conférence de presse et de mettre la photo d’Amy sur tous les panneaux publicitaires et briques de lait du coin. Du coup tout le monde, des voisins aux médias, commence à s’en mêler et ça devient un vrai bordel.

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Et voilà. Partant de ce pitch, en deux heures et demie Fincher va tout faire péter. Mais non, pas comme dans les films de Michael Bay, sois pas con ! Il fait péter tous les repères. Et de manière beaucoup plus subtile que Michael Bay. Ok, ok, c’est pas bien compliqué, je vous l’accorde… Mais là c’est fait avec maestria, avec génie. Brusquement, Fincher brouille toutes les pistes de son intrigue, transforme le processus de narration, joue avec les cycles temporels. En puppet master un poil vicieux, il parvient à me plonger dans une sensation d’égarement total carrément jouissive. Désormais, me voilà enfermé à l’arrière de son taxi lancé à pleine vitesse sur les routes tortueuses de l’inconnu. Il ne me reste plus qu’une chose à faire :Patrick-Fugit-and-Kim-Dickens-play-detectives-in-GONE-GIRL-1024x681 m’agripper à l’accoudoir et attendre que ça passe (tiens, ça me rappelle vaguement quelque chose ça). Rythmée par des rebondissements géniaux, on comprend vite pourquoi cette intrigue anxiogène a séduit ce grand spécialiste du “twist de fin” qu’est David Fincher. D’ailleurs, t’aimes ça les twists ? Ben là tu vas en avoir pour ton pognon, c’est moi qui te le dis !

Une fois que la machine infernale est lancée, une étrange alchimie semble peu à peu se créer. Une sorte de syndrome de Stockholm cinématographique, capable de changer l’invraisemblance malsaine et dérangeante ressentie par le spectateur en un redoutable humour noir. Alors que je me retrouve, pris de panique ou presque, à me tordre sur mon fauteuil en me rongeant les ongles, me demandant jusqu’où cette histoire va bien finir par me mener (bordel !!), je prends dans le même temps un plaisir coupable à me laisser manipuler comme un gosse et j’éclate de rire toutes les cinq minutes. Mais qu’est-ce qui m’arrive à la fin ?? (bordel !!)

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Et tandis qu’un impensable chaos se met en place, Fincher en profite pour se farcir une société américaine en crise avec une virulence jubilatoire. Le couple, la famille, la ville… En gros, ce sont tous ces cercles nous servant habituellement de repères qui en prennent sérieusement pour leur grade. Si la police et la Justice ressortent seulement chancelantes au moment du générique de fin gone-girl-2014-003-press-frenzy-outside-house– avec notamment une délicieuse pichenette dans le nez à la peine de mort -, ce sont surtout les médias qui subissent les attaques les plus frontales et se font sauvagement charcuter à grands coups de cutter bien tranchant. Et franchement, ils l’ont bien mérité !

Bon ok, je n’ai pas lu le bouquin dont est tiré le film (je fais ce que je veux), mais sachant que l’auteur Gillian Flynn a bossé sur le scénario, on est en droit de penser, vu la qualité générale, que l’adaptation est carrément réussie. Et pour qu’une adaptation – et plus largement un film – soit carrément réussie, que manque-t-il à cet encenseur tableau ? Mais oui, c’est ça : de p****** de bons acteurs !

gone-girl-01_1485x612Ceux qui suivent le Projet Skynet depuis un moment connaissent peut-être mon petit différend avec Ben Affleck. Eh bien j’ai une annonce à faire : ce dernier remonte dans mon estime de film en film et c’est même lui qui, en une petite réplique, m’a arraché l’éclat de rire le plus franc de Gone Girl. Joli, Ben ! Très joli… Mais la mention spéciale de la bonne surprise revient à Rosamund Pike qui, malgré son improbable prénom, est tout simplement incroyable dans son rôle de “femme disparue”. Non non, ce n’est pas une blague. Vous n’avez qu’à aller voir le film et vous constaterez par vous-mêmes comme elle joue bien la disparue (et, par la même occasion, comme je suis sympa de ne pas trop vous en dévoiler). Impeccablement dirigés, le couple s’en sort finalement à la perfection, à l’instar d’une belle brochette de seconds rôles en pleine forme, Tyler Perry en tête (mention spéciale “découverte” pour moi).

A ce niveau-là, en dire plus reviendrait à trop vous en dire. Alors il ne vous reste plus qu’à foncer voir Gone Girl parce que c’est génial, parce que c’est une grosse claque, et parce qu’à mon avis on tient là LE film hollywoodien de cette fin d’année 2014. En attendant tout de même de voir ce que nous réserve Christopher Nolan avec son Insterstellar

Allez, salut !

Bande-annonce

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La fiche complète de Gone Girl, c’est par ICI.

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9 thoughts on “GONE GIRL de David Fincher (2014)

  1. Salut Phil,

    Pour ma part j’ai trouvé le film adroit, agréable mais un tantinet longuet. Fincher n’est pas un manchot en termes de mise en scène, nous sommes d’accord, mais aussi corrosif que son film veut être, je l’ai trouvé bien gentil. Le personnage d’Amy est campé par une sacrée actrice mais, je ne sais pas, j’ai eu un arrière-goût d’inachevé.

    Le film fait 150 minutes mais il atteint sa cible assez rapidement (les médias sont des rapaces, le mariage est un leurre etc.) et passe tout le reste à brasser du vent autour. Pour avoir récemment revu Zodiac il y a quelques temps, film qui je crois dure tout aussi longtemps, j’avoue avoir préféré ce rythme et cette tension qui,là, parfois, fait penser à du De Palma en mode grand-guignol 😉

  2. Mais sinon, Kim Dickens est toujours sexy 🙂

    • Phil dit :

      Salut Jeoffroy,

      Ca faisait un bail ! 😉 Content de te retrouver !

      J’ai revu Zodiac il y a peu moi aussi (je me suis fait une petite rétrospective Fincher histoire de me mettre dans l’ambiance 😉 ) et ce sont effectivement deux types de rythmes et de tensions très différents. Mais j’avoue que j’aurais du mal à dire que je préfère l’un ou l’autre de ces deux films que j’aime énormément.

      Pour ma part, Gone Girl ne connaît aucun temps mort et sait rebondir là où il faut et quand il faut. Je n’ai pas vu le temps passer. J’ai trouvé que la trame principale, déjà ultra-efficace niveau suspense, était très habilement enrichie par la critique sociétale (qui n’est finalement qu’une sorte de sympathique petit bonus satirique en toile de fond). Les longs flashbacks fonctionnent à merveille et créent des rebondissements dans le passé qui rendent le présent complètement incertain (et le mot est faible). La tension qui en résulte m’a rendu à moitié fou et j’ai pris un pied terrible !

      Gone Girl est peut-être plus rentre-dedans que Zodiac, moins subtil. Ca je te l’accorde. Et encore, je n’en suis même pas tout à fait sûr… Zodiac – même si, encore une fois, c’est un film que j’adore – ne me semble pas jouer dans la même cour en ce qui concerne le tensiomètre. Gone Girl a carrément fait exploser le mien ! 😉 Après tu sais ce que c’est : « les goûts et les couleurs », comme dirait l’autre…

      Sinon, je suis d’accord avec toi pour Kim Dickens. Même si l’intervention d’Emily Ratjakowski ne fait pas de mal non plus et permet un peu de varier les plaisirs… 😉

  3. Oui, c’est sûr que la comparaison de Zodiac avec Gone Girl est un peu vaine.

    Disons que hormis tout l’aspect enquête/obsession/ tension présente de manière passionnante dans Zodiac, et qui peut prendre le pas sur la réalisation, j’ai préféré son élégance et son orchestration visuelle- pareil, je n’ai pas senti le temps passer à regarder Gone Girl mais j’ai regardé cela d’un œil presque poli. Pourtant, encore une fois, tout est adroit, bien campé et rondement mené.

    The Social Network était beaucoup plus intéressant dans sa manière de dépeindre des personnages qui ne valent guère mieux les uns les autres – je l’ai d’ailleurs préféré à la deuxième vision qu’à la première, peut-être en sera-t-il de même pour celui là…

    c’est un peu comme comparer

    • Phil dit :

      Même sentiment pour moi concernant le deuxième visionnage de The Social Network. En revanche, j’ai trouvé les personnages de Gone Girl très bien écrits pour le coup. J’ai pu me les “approprier” et cela a joué en faveur de la (des) surprise(s).

      Finalement, c’est peut-être bien le seul bémol que je mettrais à The Social Network : le fait que ce soit une sorte de “biopic” a bizarrement mis une certaine distance entre les personnages et moi. Tu vas peut-être trouver ça très étrange mais, à la fin du film, je me suis dit que j’aurais préféré que l’histoire soit une fiction. 🙂

  4. Très jubilatoire ce commentaire enflammé ! Et passionnant ce débat qui s’ensuit ! Voilà que se bousculent les très bons moment passés à rechercher l’amazing Amy. La comparaison avec The Social Network est loin d’être absurde puisque, en quelque sorte, Fincher « ouvrait le crâne » de Zuckerberg pour essayer de comprendre comment il était fait à l’intérieur. C’est presque du Cronenberg.

    • Phil dit :

      Ca, on ne pourra pas enlever à Fincher sa faculté à ouvrir des crânes pour nous les faire visiter ! 🙂 Etant tout de même un sacré joueur, il trouve toujours le moyen d’innover dans ce domaine.

      Même si la comparaison n’est effectivement pas absurde (loin de là !), The Social Network annonce la couleur de la « visite » dès la première scène, tandis que dans Gone Girl, on ne sait pas où on va, et encore moins à quel moment ou comment cela va se terminer. Je crois que je préfère ce genre de visite-surprise… Pour moi, il manque quelques inconnues dans l’équation du Réseau Social.

      Dans ce sens-là, tant qu’à faire, je serais davantage tenté par l’idée de comparer Gone Girl à Millenium (découvert il y a peu) pour la construction « à plusieurs voies » et la mise en scène. Wha’ d’ya think ’bout that ? 😉

      • Ach, pas vu « millenium ». Mais je te crois sur parole. Reste que le gars Fincher, depuis « Zodiac », a su lisser son style clinquant pour quelque chose d’infiniment plus élégant et qui me ravit bien davantage. Si « Social Network » n’offre pas la même pochette surprise, cela reste de la très belle ouvrage comme on n’en voit pas tous les jours au ciné.

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