GATTACA d’Andrew Niccol (1997)

Accordé par Jeanba, rédigé par Phil.

“To infinity, and beyond.”

Buzz l’éclair dans Toy Story (je fais ce que je veux).

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L’espace. Un rêve de gosse. Plus que ça, le rêve de toute une vie. Vincent a des étoiles, des planètes et des nébuleuses plein la tête. Il rêve de s’envoler un jour vers l’infini. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il a toujours vécu à proximité de l’océan, le seul espace infini à sa disposition. Car c’est inscrit depuis toujours dans son sang et dans son âmeGattaca_pianist, il le sent : son destin est d’aller dans l’espace.

Dans une société où les progrès de la génétique permettent désormais de mettre au monde des enfants en tous points parfaits, où plus rien n’est dû au hasard, comment un “enfant de Dieu” comme Vincent – un “dé-gène-éré” – pourrait-il avoir la chance de réaliser son rêve ? Malheureusement pour lui, les gènes ne mentent pas. Aujourd’hui, la discrimination est élevée au rang de science et le seul moyen pour Vincent d’approcher son rêve est d’être employé comme technicien de surface à Gattaca, le cœur de la recherche aérospatiale d’où partent toutes les missions dans l’espace. Pour y entrer et devenir l’un des meilleurs navigateurs, il lui faudrait passer l’entretien d’embauche que tous les membres au caryotype irréprochable de Gattaca ont dû passer : un test ADN. Sauf que les gènes ne mentent pas…

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Voilà qui complique un petit peu les choses pour notre ami Vincent. Ils ont tous une vue parfaite. Lui est myope. Ils peuvent tous courir un marathon sans être essoufflés. Il a des problèmes cardiaques. Ils ont tous une longévité exceptionnelle. Vincent n’a plus que quelques années devant lui. Alors qu’il peut presque le toucher du bout des doigts, alors qu’il n’en a jamais été aussi proche, Vincent réalise qu’il ne pourrait pas être plus éloigné de son rêve. Il a davantage les yeux rivés vers le ciel que sur son balai et chaque fusée qui décolle sans lui est une blessure profonde. Mais l’impossible n’existe pas. GattacaIl ne peut pas se permettre de le laisser exister. C’est son destin, il le sait. Et, comme il le dit, “il n’y a pas de gène pour le destin”. Il décide donc de passer à l’action : il entrera à Gattaca, quoi qu’il en coûte. Et c’est ainsi que Vincent, à la poursuite de son rêve, nous emmène avec lui dans cet univers immaculé.

A l’image de la société futuriste qu’il dépeint, Gattaca est d’une esthétique incroyablement épurée. Bercés par les cordes mélancoliques et sensibles de la musique classique de Michael Nyman, on découvre au fil des minutes cet avenir géométrique et sobre aux lignes idéales. Des personnages aux bâtiments en passant par les uniformes et le mobilier, tous les éléments de Gattaca semblent être complètement aseptisés au point de rendre finalement cet avenir effrayant. Il effraie parce qu’il est trop beau et trop parfait pour être vraiment humain.

gattaca027PSEn suivant Vincent – homme imparfait dans un monde où tout est parfait – à travers son combat ainsi que dans toute l’intrigue qui va en découler, on comprend petit à petit que la beauté et la perfection si ardemment désirées par cette société ne peuvent pas exister. On réalise que la véritable beauté réside en fait dans cette petite goutte d’impureté qui change tout. Celle qui permet d’accomplir des choses extraordinaires. Celle qui est capable de faire naître une amitié inattendue. Celle qui peut déchirer deux frères. Celle qui donne vie à la flamme d’une histoire d’amour pourtant impossible. photo-Bienvenue-a-Gattaca-Gattaca-1997-1Celle qui nous fait nous sentir vivants, tout simplement. Eh bien cette petite goutte d’impureté, c’est Vincent. Vincent et son sang impur.

Inutile de s’étendre ici sur les belles prestations d’Ethan Hawke, Uma Thurman et Jude Law, les trois forces tranquilles de Gattaca, impeccables de sobriété et de naturel. Car au-delà du message porté par son scénario, Gattaca parle surtout à travers la virtuosité d’Andrew Niccol, dont la mise en scène magnifie magistralement cette histoire fascinante. Gattaca apparaît comme étant un film noir, mais d’un genre nouveau. Un film noir éblouissant par sa lumière. Constamment crépusculaire, c’est comme si cette dernière voulait nous mettre en garde contre une nuit noire qui n’est plus très loin. Et dans ce sens-là, l’aspect vintage de ce futur “pas si éloigné que ça” rappelle dangereusement une période obscure de notre Histoire, une période “pas si éloignée que ça” où l’eugénisme était aussi d’actualité… gattaca-lawEt ça fait un peu froid dans le dos quand on y pense.

Mais Gattaca amène dans le même temps cette importante et chaleureuse note d’espoir qui redonne du baume au cœur. La rassurante lumière de l’aube au bout du tunnel nous murmurant dans le creux de l’oreille que tout n’est pas encore tout à fait foutu. Gattaca, c’est simplement l’émouvante histoire d’un rêve de gosse qui ne cherche qu’à exister. Et même dans un monde froid, effrayant et sans pitié, c’est beau un rêve de gosse, c’est émouvant, c’est plein d’espoir.

Car après tout, si nous ne rêvions plus, serions-nous toujours des humains ?

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Bande annonce

Pour en savoir plus sur l’univers de Gattaca, rendez-vous ICI.

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One thought on “GATTACA d’Andrew Niccol (1997)

  1. Très beau texte pour un très beau film. Un film qui rend hommage aux classiques de l’anticipation et qui, de fait, demeure indifférent au temps qui passe. Ses architectures choisies, la musique de Nyman, la photo, ainsi que la présence tutélaire de deux éminences hollywoodiennes (Ernest Borgnine et Gore Vidal), tout concourt à faire de ce coup d’essai un coup de maître.

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