FULL METAL JACKET de Stanley Kubrick (1987)

Choisi par vous, rédigé par Phil.

“I wanted to see exotic Vietnam, the jewel of south-east Asia. I wanted to meet interesting and stimulating people of an ancient culture… and kill them.”

Private Joker (Guignol) dans Full Metal Jacket.

full-metal-jacket-projet-skynet

Voilà ça y est, je me suis engagé. Désormais, il n’est plus possible de faire machine arrière. Mais cela n’a aucune importance car je suis confiant. La fleur au fusil, je pars à la conquête de ce monument, persuadé que c’est couru d’avance, que ça va bien se passer et que ce sera vite expédié. Je suis heureux et fier d’accomplir mon devoir de soldat pour l’armée du Projet Skynet, chef des blogs libres, défenseur de la chronique cinéma entre potes et de la déconne. Sauf que voilà : comme tous les soldats qui sont un jour partis au feu en ayant “la fleur au fusil”, je vais vite me rendre compte que tout ne va pas se passer aussi facilement que je l’espérais…

Connaissant le film à peu près par cœur, j’avoue qu’au départ je voyais la chronique de animal-PSFull Metal Jacket comme une promenade de santé. Un peu comme Guignol, Cowboy, Baleine et tous les autres s’imaginaient que ce serait fun de devenir U.S. Marine pour aller, à l’autre bout du monde, “évangéliser” du communiste bridé au M-16 et au napalm… Monumentale erreur ! A l’image des soldats américains au Vietnam, la fleur de mon fusil a vite fané et je me suis moi aussi enlisé  dans une absurdité qui me dépasse, assailli que j’étais par toutes les réflexions que soulève ce film coup de poing. Non, ce n’est définitivement pas simple de parler de Full Metal Jacket.

Le cœur serré, j’ai redécouvert cette génération de jeunes américains largués fmj-PS– parfois même un petit peu dérangés – et animés d’idéaux contradictoires. Portant l’inscription “né pour tuer” sur son casque et arborant un symbole de paix hippie, l’engagé Guignol en est le parfait exemple. Toutes ses cabrioles à propos de la dualité de l’homme et des théories psychanalytiques de Jung – fort drôles, soit dit en passant – ne m’enlèveront pas de l’esprit qu’il est, comme tous les autres, complètement à côté de la plaque.

A la recherche d’une identité, du “grand frisson”, ou tout simplement parce qu’ils n’ont pas le choix, ces jeunes Marines partent le sourire aux lèvres, avec insouciance, se sacrifier pour de mauvaises raisons dans un conflit perdu d’avance. Dans ce sens-là, il n’est d’ailleurs pas anodin que l’histoire se situe au moment de l’offensive du Têt en 1968, moment clé de la Guerre du Vietnam marquant le début de la débâcle américaine.

charge

Selon moi, et ce malgré ses irrésistibles passages décalés et même drôles, la force de frappe de Full Metal Jacket réside ici : dans le fait qu’il immerge violemment son spectateur aux côtés de soldats pathétiquement attachants pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont rien à foutre dans cet incroyable “merdier”. Il le plonge au beau milieu d’une guerre qui n’a strictement aucun sens.

Mais une guerre peut-elle avoir un sens ? C’est difficile à dire… Pas vraiment, je crois. Ce qui est sûr, c’est qu’une guerre a un prix. Un prix humain, bien évidemment, mais pas seulement. Bon allez, je me lance dans un parallèle un petit peu osé parce que j’aime bien faire ce que je veux. Dans Rambo : First Blood part 2 (1985) (ouais je sais, c’est carrément osé !), notre bon vieux John – grand philosophe s’il en est – disait la chose suivante : “Pour survivre à la Guerre, il faut devenir la Guerre”. Un raisonnement intéressant… Mais ça veut dire quoi exactement “devenir la Guerre”, John ?

Deux ans plus tard, full-metal-jacket-2Full Metal Jacket apportait la réponse à cette question existentielle : devenir la Guerre – et donc embrasser la chance de pouvoir y survivre – implique que la raison cède sa place à la folie. Devenir la Guerre, c’est accepter de devenir fou ! Oui, John, toi aussi tu es fou, c’est comme ça…

Car qu’est-ce que la Guerre sinon la folie des hommes à son paroxysme ? De l’entraînement hallucinant des futurs Marines à cette terrifiante et interminable scène finale dans les ruines de Hué, il me semble que c’est ce que veut montrer Stanley Kubrick tout au long de son film.

Il faut effectivement être fou pour accepter de se faire humilier et laver le cerveau pendant les huit semaines d’instruction du Corps des Marines. warriorPSIl faut être fou pour briser de jeunes gens (plus ou moins) sains d’esprit afin de les transformer en machines à tuer. Il faut être fou pour sacrifier des milliers de soldats au nom de la soi-disant liberté d’un pays qu’on saurait à peine situer sur une carte. Il faut être fou pour prendre plaisir à massacrer des civils du haut de son hélicoptère. Il faut être fou pour avoir l’idée de fabriquer un engin explosif avec une peluche d’enfant. Il faut être fou pour vouloir tuer un homme et pour ne pas avoir peur de la mort. Bref, il faut être fou pour faire la Guerre…

Voilà. Après avoir vu Full Metal Jacket pour la soixante-douzième fois, j’arrive encore à en sortir complètement bouleversé comme si c’était mon baptême du feu. Avec une virtuosité folle et un réalisme implacable, Kubrick nous enfonce dans l’enfer de la Guerre du Vietnam et nous oblige à faire face à toutes les contradictions de l’espèce humaine. Alors que le fond noir apparaît et que les premières notes de Paint it Black se mettent à résonner, une question continue de planer, une question à la fois simple et terrible : “Mais comment avons-nous pu en arriver là ?

picture-of-matthew-modine-in-full-metal-jacket-large-picture

Bande annonce

Pour obtenir plus d’infos sur Full Metal Jacket, visez cette CIBLE.

Plus de lecture ?

Tagged , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *