FIFTY SHADES OF GREY de Sam Taylor-Johnson (2015)

Proposé par Caro, validé par Phil, subi par Jeanba.

« I don’t make love. I fuck… hard. »

Christian Grey, Fifty Shades of Grey.

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Au Projet Skynet, il arrive parfois que nous laissions des personnes extérieures choisir notre prochain film à chroniquer. Au Projet Skynet, il arrive parfois que nous ayons des idées de merde. Tout simplement parce que les personnes extérieures sont capables de nous donner un film comme Fifty Shades of Grey à chroniquer.

J’avoue que j’ai commencé le visionnage avec de sérieux a priori. Pour moi ce film sortait d’une logique totalement commerciale des studios d’Hollywood, celle de tirer un maximum d’argent d’une bouse littéraire à succès, un bouquin pseudo-érotique pour personnes considérant l’“étoile de mer” comme unique position du Kamasutra. J’avoue que je n’avais pas lu ce best-seller de l’époque. Mais que voulez-vous, je n’avais aucune intention de retomber sur la lecture accablante d’une littérature enfantée par un générateur à conneries aléatoires. Une pure perte de temps, qui donne le sentiment que le chronocide pourrait être inscrit comme un crime. Ce sentiment de s’être fait voler une partie de sa vie, comme seule la lecture des 100 premières pages du Da Vinci Code  ou le visionnage de Pearl Harbor (2001) peuvent vous en procurer. Bande de salauds !

o-FIFTY-SHADES-OF-GREY-facebookMais parfois, le cinéma est fait de magie et il est possible qu’un bouquin tout juste bon à caler un meuble puisse se transformer en chef-d’œuvre cinématographique. Priez avec moi mes frères et appuyez sur Play, on se lance vers l’inconnu. Et c’est parti. Tiens, Annie Lennox s’occupe de l’introduction sonore avec une reprise d’I put a spell on you, pas mal. Tiens, voici l’héroïne de nos deux prochaines heures de vie… et merde. Moi qui ai une vraie aversion pour les rideaux pileux que sont les franges, voilà que la gourde débarque avec une coupe créée par un fabriquant de stores à l’italienne. Ho putain, tu vas me plaire toi !

Mais ok, je ne vais pas m’arrêter à un détail de ce genre, ça ne serait pas très fair-play. Et puis, je sais pas trop, mais d’instinct je sens que je vais avoir plein d’autres détails sur lesquels m’arrêter.

Donc, Anastasia (rapport au fait que c’est un peu une princesse, t’as vu) vit en coloc’ avec sa pote. Elles font des études différentes mais se retrouvent parfois dans la même classe, je sais pas pourquoi, mais ça aide le scénario alors c’est cool. Elles sont toutes les deux célib’, dont une encore vierge. Trop la dech’ quoi. La pote, un peu flemmasse, décide qu’elle veut pas aller faire l’interview d’un milliardaire jeune, beau et célibataire qui s’appelle Christian Grey (rapport au fait que c’est un type ambiguë, qu’on sait trop pas s’il est le chevalier blanc ou le prince noir, t’as vu) et envoie Ana à sa place. Bien sûr, petit futé comme tu es, tu sens le coup venir. Et vlan ! Dans l’mille, Émile ! Le type bombe le torse et rugit comme un lion, la jeune femme agit comme une gourde, le lion joue avec sa proie et la gourde laisse échapper trois gouttes. Bah oui, parce que même écrite par une femme, une histoire peut tout à fait rester dans un stéréotype machiste. Pas de souci.

Et donc, en voyant cette première scène grosse comme une locomotive, tu vois très vite arriver tous les wagons qui suivront. Pas de surprise, tout se passera exactement comme tu te l’imagines, même si t’es nul en devinette. Mais si la romance ne laisse rien présager de novateur, tournons-nous vers le style. Après tout, on nous a promis du coquin, du canaille, que dis-je, du sulfureux !! Va t’en Marc Dorcel, je n’ai plus besoin de toi, j’ai Fifty Shades of Grey !!!

Je m’aperçois très vite qu’Ana semble avoir un mauvais herpès qui la démange terriblement vu le nombre de fois où elle se mordille la lèvre inférieure. Je comprends finalement que ce tic labial est symptomatique de son excitation. Notons ici la subtilité avec laquelle on parle au spectateur. Je crois que le seul moyen d’être plus lourd dans le discours aurait été qu’Ana mette sa culotte sur la tête lorsque Grey lui parle. Simple, efficace, j’aurais validé. Et le reste des désirs, doutes, colères, faim, envie de pipi des personnages est exprimé de la même manière : grossièrement. Je pense que même la marionnette du théâtre de Guignol possède un éventail d’attitudes plus vaste. Parce que Guignol, quand il s’agit de mettre des coups de trique à Gnafron, il est pas là pour la déconne.

Christian Grey en revanche, je n’ai toujours pas bien saisi pourquoi il possède une “salle de jeu”, comme il l’appelle. Sorte de donjon SM, rempli de toutes sortes de choses laissant imaginer que la petite pucelle risque de passer un sale quart d’heure. Mais finalement, au vu du peu d’outils réellement utilisés (un martinet, des menottes et un fouet qui tire 6 coups), je conseillerais à M. Grey de virer tout ce bordel, qui rentre largement dans un placard à balai, et de mettre à la place un babyfoot, un flipper et un billard. Bien agencé, y aurait même de la place pour une tireuse à bière. Non parce que vraiment cette salle de jeu n’a l’air d’amuser que lui.

01-fifty-shades-of-greyMais Ana n’a pas vraiment à s’inquiéter. Grey aura beau rouler des mécaniques en expliquant que lui, l’amour c’est pas son truc, que lui il veut mettre des fessées, que faut pas essayer de l’attendrir, que tu peux toujours te brosser pour dormir dans ses bras, qu’à l’intérieur de lui il est une petite chose brisée avec 50 nuances de folies (va comprendre), la petite Ana aura juste à lui exposer sa virginité sous le nez pour que le lion se transforme en chatoune prêt à lui faire l’amour dans une scène digne de Top Gun. Jeune fille en fleur 1 – Sadique sexuel 0.

Mon petit Christian, pardon de te dire ça, mais je m’attendais à un peu plus de domination de ta part. Avec tes histoires de contrat dominée/dominant, tes rites sexuels, tes coups de pression, je t’ai finalement trouvé un peu mollasson. Allons bordel de Dieu, où se trouve le féroce étalon annoncé, le guerrier qui devait s’élancer porte-étendard au vent ?? Rien, 50 nuances de rien. Des scènes sexuelles aussi lisses que la frange d’Ana. Des dialogues où résonne encore l’écho du vide intersidéral. Un jeu d’acteur tout simplement génialissime (parce que oui, je trouve ça hyper balèze d’arriver à en faire trop tout en ne jouant rien). Une bande-son dégueulasse, crispée par ses sonorités au vocodeur. Une réalisation et un montage qui laissent penser que le stagiaire a encore fait le con avec les rushs, mais que tant pis il faut rendre le projet maintenant. Un film globalement terrifiant. Si ce n’était le nombre d’horreurs que j’ai balancées pendant la projection, je n’aurais jamais tenu face au sadisme de l’auteur.

Allez, il faut me laisser tranquille avec vos conneries de film pseudo révolutionnaire qui sert juste de vitrine à tout un arsenal de produits dérivés et autres sex toys. Je retourne dans mon monde et pars me remater Kung Fury, ça me remettra l’humour en place.

 

FIFTY SHADES OF GREY - 2014 FILM STILL - DAKOTA JOHNSON as Anastasia Steele and JAMIE DORNAN as Christian Grey - Photo Credit: Chuck Zlotnick © 2015 Universal Studios and Focus Features. ALL RIGHTS RESERVED.

Honest Trailer – Fifty Shades of Grey

Si vraiment vous voulez en savoir plus… même si je comprendrais pas pourquoi, voici la fiche complète du film.

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One thought on “FIFTY SHADES OF GREY de Sam Taylor-Johnson (2015)

  1. princecranoir dit :

    Bien plus drole qu un rapport d’audition de dsk !

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