THE ELEPHANT MAN de David Lynch (1980)

Proposé par Jeanba, rédigé par Phil (de chagrin).

“My life is full because I know I am loved.”

John Merrick dans The Elephant Man.

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Ceci est un communiqué officiel du Dr. Frédéric Huet, chef de service du Centre de Génétique et Centre de Référence Maladies Rares et Anomalies du Développement et Syndromes Malformatifs du C.H.U. de Dijon, datant du 10 octobre 1983* :

“De récentes recherches A.D.N. réalisées à partir des ossements de John Merrick (Joseph de son vrai prénom) ont prouvé qu’il souffrait non pas de neurofibromatose de type I – plus communément appelée “maladie de Recklinghausen” – comme on l’a longtemps cru, mais bien du syndrome de Protée, une maladie génétique complexe à transmission autosomique dominante se traduisant par la prolifération d’hamartomes de taille importante impliquant les tissus conjonctifs, épidermiques et osseux, parfois accompagnés de tumeurs du système nerveux, de la parotide et/ou des testicules. 18844344.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxTout le personnel du C.G.C.R.M.R.A.D.S.M. du C.H.U. de Dijon se réjouit d’une avancée considérable dans le domaine de la génétique qui ne changera strictement rien pour les personnes atteintes de ces deux maladies rares demeurant à ce jour incurables.”

Je vous rassure tout de suite, les testicules de John Merrick vont bien. De même que son bras gauche d’ailleurs. En revanche, pour le reste, on ne peut pas en dire autant… Tout n’est qu’excroissances dégueulasses, difformités en tous genres et odeurs nauséabondes. Il en est malheureusement ainsi depuis la naissance et cela ne va pas en s’arrangeant, bien au contraire. Disons les choses telles qu’elles sont : John Merrick est plus proche de la grosse patate que de l’homme. Quand il sort dans la rue, il est d’ailleurs obligé de cacher son visage sous un sac à patates (ça ne s’invente pas) pour ne pas effrayer les passants (avec un petit trou pour respirer quand même, on est pas des animaux, merde !!). elephantman-disguiseDans le Londres victorien de Charles Dickens et de Jack l’Éventreur, John n’a pas d’autre choix que d’aller “amuser la galerie” parmi les femmes à barbe, les nains et autres frères siamois dans ces fameux freak shows qui connaissent leurs dernières heures de gloire en cette fin de XIXe siècle. Au milieu de toutes ces “bizarreries” humaines, il est sans aucun doute celui qui effraie le plus, celui qui dérange le plus. Il est “le terrible Elephant Man !”

Frederick Treves, un talentueux docteur en anatomie du London Hospital, entend parler de cette “bête de foire” et, petit curieux qu’il est, décide d’aller voir le phénomène de ses propres yeux dans les rues crasseuses et malfamées du quartier de White Chapel. Il découvre une grosse patate toute malade et maltraitée par son “propriétaire”… et il est tout ému ch’ti pépère ! Mais après avoir essuyé ses yeux larmoyants, Treves commence à reprendre du poil de la bête (si je puis me permettre) et à cogiter en caressant sa barbe victorienne : “si je présentais cette grosse patate à mes copains docteurs en appuyant tout ça avec une étude approfondie, je deviendrais un gros big boss de l’anatomie et je me ferais plein de thunes, héhéhé… Ouais ouais !” Et bim ! BANCO !

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Sauf qu’en le ramenant au London Hospital et en le côtoyant régulièrement, le Dr. Treves va se rendre compte que derrière la grosse patate qui fait très très peur se cache un être humain comme vous et moi, doué de parole, intelligent, sensible et même un tantinet coquet, n’aspirant en fait qu’à vivre comme tout le monde. Et il est même créatif, John ! Il fait des petites maquettes et tout ! Et Jeanba, comme vous commencez à le savoir, il aime bien la créativité, même lorsqu’elle émane d’une grosse patate. Le Docteur se prend petit à petit d’une sincère amitié pour John et va permettre à son nouveau copain de goûter à la vie “normale” (boire le thé en bonne compagnie, se fringuer comme un dandy, aller au théâtre et même avoir un nécessaire de toilette rien qu’à lui !). Une première pour John ! Mais c’est bien là que réside tout le problème d’Elephant Man : elephant-man-3est-il possible de mener une vie “normale” lorsqu’on est une grosse patate qui fait très très peur ?

Je sais, c’est mal de se moquer. Je n’aurais pas dû utiliser le terme “grosse patate” en parlant d’un être humain. Pour ma défense, je tiens à préciser que j’ai le droit d’être méchant parce que je fais ce que je veux. Et ouais, c’est comme ça. Ensuite, j’avoue que c’était juste pour détendre un peu l’atmosphère parce qu’en fait, Elephant Man c’est triste comme film. C’est triste, c’est profond et c’est très beau. Ça m’a presque fait pleurer à certains moments. Encore un film “Kleenex”, quoi ! Depuis cette rentrée 2013, Jeanba semble avoir décidé d’aller chatouiller le petit gars sensible qui sommeille en moi. T’es con, Jeanba… snif… ça suffit maintenant… C’est pas parce que j’aime bien les extra-terrestres carnivores, les fusillades et les répliques débiles que je n’ai pas de cœur !

Parce que oui, j’ai quand même été vachement chamboulé en découvrant l’émotion avec laquelle John Merrick appréhendait sa nouvelle vie. J’ai été touché par sa naïveté infantile, totalement compréhensible et pourtant parfois presque irritante. J’ai été mal à l’aise – révolté même – de voir à quel point il ne pouvait échapper à son ancienne existence de “bête curieuse” asservie et maltraitée. A l’image du Dr. Treves, j’ai aussi été tiraillé dans mes tripes, me demandant jusqu’au bout si son amitié envers John était vraiment sincère, si son altruisme ne servait que des desseins carriéristes ou non. La force d’Elephant Man tient dans le fait que David Lynch parvient à nous faire vivre les sentiments poignants de ses deux personnages d’une très belle façon : avec beaucoup de sobriété et de simplicité.

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Sobriété et simplicité, voilà deux mots qui siéent finalement assez bien à Elephant Man. Ça marche pour l’ensemble du casting et notamment pour les deux acteurs principaux, Anthony Hopkins et John Hurt (tout simplement méconnaissable… Désolé, j’ai pas pu m’empêcher). Ça fonctionne aussi très bien pour la mise en scène et la photographie en noir et blanc qui jouent habilement avec les contrastes entre ombres et lumières et donnent sa teinte si particulière au film, une teinte tragiquement intemporelle et pleine de nostalgie. Elephant ManC’est parce qu’il n’en fait jamais trop et parce que son message reste à tout moment accessible que David Lynch parvient à toucher son public en profondeur, dans son âme.

Ainsi, de la même façon que John pousse un cri de frayeur lorsqu’il voit son propre reflet, le spectateur d’Elephant Man ne peut finalement qu’être terrifié à partir du moment où David Lynch lui plante son miroir de film sous le nez. Car si l’histoire vraie de John Merrick parvient à ce point à émouvoir de façon viscérale, ce n’est pas seulement parce que c’est beau de le voir s’ouvrir au monde, découvrir ce qu’est l’amitié et être tout simplement heureux pour la première fois de sa vie. Non. C’est surtout parce qu’elle nous oblige à faire face à l’horrible reflet de notre bêtise, de notre incompréhension et de notre cruauté face à ce qui ne nous paraît pas “normal”, face à la différence. Et c’est vrai que ça fait toujours un drôle d’effet de se regarder dans ce genre de miroir.

Mais bon, ça fait pas de mal non plus…

Allez, salut !

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Bande-annonce

Pour en savoir plus sur Elephant Man, rendez-vous ICI.

* : évidemment que ce communiqué est complètement bidon ! Enfin, pas tout à fait… Mais un peu quand même…

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