DONNIE DARKO de Richard Kelly (2001)

Prédit par Phil (et Bro), accompli par Jeanba.

« Non seulement Dieu joue aux dés, mais Il les lance là où on ne peut pas les voir. »

Stephen Hawking en réponse à Albert Einstein.
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L’adolescence est une période compliquée. Bien dans ses rêves et mal dans son monde, Donnie prend comme il peut patience des événements qui font tanguer sa vie. Il vit avec ses parents et ses deux frangines, va au lycée et mate les gonzesses. Donnie est un garçon gentiment perturbé qui consulte une psy. Ses quelques crises de somnambulisme ne font rien pour l’aider à paraître moins freaky aux yeux de ses copains. Mais Donnie n’est pas une victime : il a ses amis, il sait répondre aux attaques et semble loin d’être un demeuré. Et c’est bien ça le souci. Donnie comprend très bien que ce qui se passe dans sa tête n’est pas vraiment en mesure de lui faire du bien. Quand on se réveille au petit matin sur un terrain de golf sans savoir pourquoi, on a raison de penser qu’il y a plus de trous dans son crâne que sur le green.

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Pour ne pas arranger les choses, un soir comme les autres, Donnie se fait réveiller et attirer dans le jardin par la voix d’un gars nommé Frank, déguisé en affreux lapin. Celui-ci lui annonce la fin du monde avec une précision clairement déroutante (28 jours, 6 heures, 42 minutes, 12 secondes). N’allez pas croire que ce soit le plus étrange, au contraire. Sans cette sortie intriguée, Donnie aurait embrassé la turbine d’avion venue s’aplatir sur sa chambre ! Tiens, amusez-vous à raconter ça à votre psy pour voir : « j’ai failli mourir écrasé par un réacteur dans mon sommeil, mais j’ai été sauvé par mon copain imaginaire déguisé en lapin… Chouettos non ? ». Aucun doute, vous serez vite catalogué comme un schyzophrène paranoïaque et ça ne m’étonnerait pas que vous deviez prendre vos pilules régulièrement jusqu’à la fin de vos jours.

Emporté par une bande son excellemment 80’s (d’INXS à Tears for Fears, en passant par Joy Division), Donnie Darko donne un lifting étrange et fascinant au genre S.F. Après tout, pas besoin de grands effets spéciaux. Décaler la normalité d’un pouce est largement suffisant pour que tout devienne étrange, mystérieux mais aussi – et surtout – lyrique !

donnie-darko-2001-02-gLe scénario original de Richard Kelly est d’une précision sans faille, capable de multiplier les rebondissements les plus improbables et de balancer quelques-unes des meilleures trouvailles scénaristiques de ce début de XXI° siècle. La trame du film se construit dans une maille serrée autour des théories du voyage dans le temps et des problèmes de causalité. Flirtant entre vulgarisation scientifique et récit purement fantastique, Donnie Darko a le sens du mystère et de l’histoire à tiroirs. Les moindres détails de ce schéma complexe sont finement ciselés au point de transformer le film en une véritable chasse aux indices. Et des indices il y en a un sacré paquet ! Tellement que s’ils n’étaient pas aussi pertinents, on pourrait croire au pur hasard. Mais non, tout est bien construit autour d’une idée paraissant parfois terriblement brumeuse mais finalement d’une grande solidité. Prenons juste l’exemple du chiffre 88 : il est en même temps l’addition de 28+6+42+12, l’année en cours de l’histoire et la vitesse requise (88mph) pour la fameuse DeLorean de Retour vers le Futur. Voilà le genre de chose dont le film est truffé. Ajoutez à cela des acteurs d’une grande justesse (ou simplement bien dirigés), et vous obtenez la touche si particulière qui colle à ce chef-d’œuvre poético-fantastique.

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Car en plus d’être une équation complexe, le film tend aussi à paraître pour un magnifique poème, avec de grands thèmes et une très belle subtilité. Ici, il s’agit de savoir où l’on se situe dans l’existence, de faire tomber les masques, d’avoir le sens du sacrifice. Donnie, ce jeune homme bientôt adulte, doit faire face à ses démons internes, la tentation de se laisser aller et son sens – déjà bien aiguisé – des responsabilités. Pourriez-vous continuer à gérer vos problèmes de jeune pubère tandis qu’un lapin flippant vient vous voir régulièrement pour discuter de ses idées tordues ?

Frank n’est pas vraiment le meilleur ami qu’on rêverait d’avoir. Il aurait même tendance à être de mauvais conseil. Mais Frank a sauvé la vie de Donnie, alors il a quand même son mot à dire. Même si je vous avoue qu’il a l’air d’être le seul à comprendre la finalité de tout ça… Ses apparitions sont à chaque fois un moment d’apnée dans le film et on se demande sans cesse où va encore nous mener cet hideux lapin ?? Alice n’aurait certainement pas voulu de lui en échange de son lapin blanc, c’est moi qui vous le dis !

Mais Frank est aussi une clé : dès qu’il débarque dans la vie de Donnie, c’est un tour supplémentaire dans la serrure qui ouvrira la porte du mystère. Car il semble que des questions attendent des réponses : le monde de Donnie est-il une réalité parallèle ou simplement une hallucination ? Qui a bien pu faire apparaitre ce Frank ? Les Schtroumpfs ont-ils réellement organisé une partouze ?

Il y a un début et une fin, même si la zone entre les deux semble aussi trouble que l’esprit de Donnie. Pour moi, il y a une version définie de ce film et rien ne laisse place à l’ambiguïté, mais je vous laisse vous faire votre propre opinion.

bande-annonce

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Pour un peu plus de détails, c’est ICI.

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2 thoughts on “DONNIE DARKO de Richard Kelly (2001)

  1. bro dit :

    Voilà, j’ai envie de revoir ce film, il y a tellement de détails que je n’ai pas porté attention! On en découvre à chaque fois.

  2. Un film qui m’a marqué dès sa première vision. Un grand film original, pas loin d’être le meilleur dans son genre depuis une bonne décennie hollywoodienne. J’y vois personnellement une réflexion sur le destin; si on nous annonce que la fin du monde est pour tant de jours, doit-on pour autant arrêter de vivre. Il y a plein de mélancolie et de beauté dans « Donnie Darko », ce qui fait qu’on peut aussi le voir plusieurs fois pour en apprécier autant son architecture narrative que son atmosphère particulièrement poétique.

    Un must 🙂 !

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