C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde (1992)

Choisi par vous, rédigé par Phil.

“Le rouge c’est la couleur du sang. Le rouge c’est la couleur des Indiens. C’est la couleur de la violence !”
Benoît dans C’est arrivé près de chez vous.

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Ne faut-il pas être le dernier des enfoirés pour éclater de rire en voyant le dentier d’une vieille dame sortir de sa bouche alors qu’elle en train de se faire étrangler ? Mérite-je encore de vivre après m’être esclaffé 572 fois – sans jamais m’en lasser, je tiens à le préciser – en entendant “Reviens, gamin ! C’était pour rire, gamin !” alors que je savais très bien ce qui allait se passer dans la minute suivante ?

J’en étais sûr… Je suis un salaud, c’est ça ?KQJXd Ma vie est foutue. Maman, si tu lis ces lignes, je t’assure que c’est pas ma faute. C’est les autres, là. Ils m’ont obligé.

C’est vrai quoi, avant j’étais un petit garçon tout ce qu’il y a de plus normal. J’étais blond, gentil et souriant. Je mangeais bien sagement mes Chocapic devant Olive & Tom et j’allais au centre-aéré le mercredi après-midi. La vie était belle. Les gens me trouvaient sympa. Et aujourd’hui, déjà que je suis plus blond et que les Chocapic ont déserté mes placards, me voilà devenu un salaud qui se marre grassement devant un film dans lequel on tue des gosses et on viole des grosses Polonaises en chantant “c’est la ronde-euuh de nuit, lalala lalala la”. Mais que s’est-il passé ? Comment ai-je pu en arriver là ? Pourquoi tant de haine ? Qui m’a encore piqué mes Chocapic, bordel ??

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Bon, arrêtons les conneries. Maman, sois rassurée, je ne suis ni haineux, ni un salaud. Il m’arrive même d’être sympa à mes heures perdues. Si si, c’est vrai ! Mais voilà, quand je regarde C’est Arrivé Près de Chez Vous et ses 43 meurtres (44 si on compte le ragondin), je ne peux pas m’empêcher de me marrer très fort. Et la raison principale à cette désopilade réside dans le fait que ce film incarne à la perfection l’Humour Noir avec un grand H (et un grand N aussi parce que sinon c’est pas juste).man-bites-dog-1992

Un petit rappel s’impose. Au début des 90’s, l’émission Strip-tease est déjà spécialisée depuis un moment dans l’exploitation de ce magnifique vivier de “cassos” qu’est la Belgique (enfin bon, l’avenir nous prouvera qu’on a pas vraiment de quoi se la raconter non plus). Un beau matin, alors qu’il est tranquillement en train de boire son café, Rémy Belvaux, étudiant en cinéma originaire de Namur en Belgique, a une idée de génie sous ses cheveux de rocker à l’haleine de bouc :FA_image_00014187 pour son projet de fin d’études, il va détourner un reality show à la Strip-tease et dénoncer leur voyeurisme malsain de façon étonnamment visionnaire en réalisant un faux reportage (non parce que je sais pas si vous avez vu l’état de la télévision de nos jours, mais bon… visionnaire, j’vous dis !). Et BIM !! Il fait donc appel à ses vieux potes Benoît Poelvoorde et André Bonzel et, à eux trois, ils réunissent leur argent de poche, achètent du film en noir et blanc d’occase, trouvent un ou deux mecs pour le son et, surtout, créent le pire Belge que la Belgique ait jamais portée ! Plus affreux et horripilant que Marc Dutroux et Lara Fabian réunis, ils donnent vie à Benoît. Le principe est simple : suivre Ben dans son quotidien. Et re-BIM !!

En revanche, Ben ne fabrique pas de soucoupe volante dans le jardin de sa mère et n’est pas un bouseux à qui les parents présentent une Roumaine trouvée sur un site de rencontres. Non, le truc de Benoît c’est plutôt de fracasser, d’étrangler, de flinguer et d’étriper son prochain dans les rues de Namur, sans distinction d’âge, de couleur ou de sexe (bien qu’il ait tout de même ses préférences). C’est ça son petit hobby à lui.manbitesdog1 C’est même son gagne-pain d’ailleurs. Ma foi, comme on dit, “y a pas de sot métier”, hein… Mais, comme dans les Strip-tease, ce n’est pas tant l’activité douteuse de Benoît qui nous intéresse ici. Parce que bon, les meurtres et les viols, même avec beaucoup d’humour, faut bien avouer que c’est moyennement drôle. Le gars tue quand même des gens comme Jeanba collectionne les boules à neige, les mecs ! C’est pas drôle, j’vous dis ! Arrêtez de vous marrer !

Non, ce qui est marrant, c’est la façon dont il se “met à nu” devant la caméra. Car derrière le serial killer terrifiant et sans pitié, derrière le mec sûr de lui dès qu’il a son arme à la main et qui se la pète devant la caméra, se cache un odieux connard ayant des avis bourrés de clichésC_est_arrive_pres_de_chez_vous1 sur tout et adorant s’entendre parler, un fasciste beauf, homophobe et raciste, incapable d’avoir une vie sociale sans menacer les gens d’une façon ou d’une autre. Si je le rencontrais dans un bistrot – au hasard chez Malou (“nichons !”), où il se torche à la Jupiler comme le dernier des poivrots de PMU -, il viendrait très certainement essayer de devenir mon copain en me balançant un des monologues dont il a le secret, et je pense que je ne tiendrais pas cinq minutes. “Mais lâche-moi avec tes briques rouges, là ! Qu’est-ce que je m’en fous ?? Tu crois vraiment que je suis venu dans ce rade pour prendre une leçon d’urbanisme ?? Va parler à ta caméra et laisse-moi tranquille ! Non mais n’importe quoi, lui !” Le pauvre, ça doit pas être facile de ne pas réussir à se faire des amis…

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En plus d’être ultra-relou et d’avoir des goûts de chiotte (Robert Hossein, le vin rouge avec les moules, la cravate dans la chemise, etc., très distingué !), Benoît est également un loser de la pire espèce. Le genre de mec persuadé, par exemple, d’être doué en poésie et en boxe, mais dont la prose assomme aussi efficacement que les crochets qu’il se prend dans la tronche sur le ring. Finalement, à part sa mère et ses grands-parents, personne n’éprouve le moindre sentiment – si ce n’est de la crainte et du dégoût –manbitesdog4 pour cet être tellement pathétique qu’il en deviendrait presque touchant. Bref, Benoît est ce que l’on appelle, dans le jargon scientifique, une grosse merde.

Alors que se passe-t-il lorsqu’une grosse merde détestable à l’ego surdimensionné se retrouve sous le feu des projecteurs ? Eh ben ouais, les mecs : elle se lâche grave ! Faut dire que c’est pas tous les jours que des gens s’intéressent à lui. Du coup, Benoît a l’impression d’avoir des nouveaux copains avec qui il peut partager tous ses secrets, avec qui il peut faire son intéressant, dont il accepte de relever les défis. Un vrai gosse ! Et un serial killer beauf qui se lâche comme un gamin en colonie de vacances avec le détachement le plus total, ben au final ça fait marrer, c’est vrai, mais d’un rire un peu gêné parce c’est quand même vachement extrême d’être, en quelque sorte, le complice de tout ça…

4c9357c16e4a3Au total, Benoît nous récitera (presque) trois poèmes, prendra deux cuites (dont une plus bien plus mémorable que l’autre, malheureusement), obligera Rémy à changer deux fois de preneur de son, mangera 83 moules, vomira deux fois, fêtera un anniversaire, prendra un crochet du droit et un coup de poing dans les couilles, fumera 23 cigarettes et tuera 34 personnes à lui seul… dont un facteur.

Et tout ça, juste à côté de chez vous. C’est quand même bien fait, non ?

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Bande-annonce

La fiche complète du film.

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One thought on “C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde (1992)

  1. princecranoir dit :

    Quand le cynisme devient un art lyrique et colombophile, quand le fait divers fait office de boisson forte, c’est effectivement arrivé près de chez moi. Habitant près de la Belgique, je me sens comme une olive ficelée à un morceau de sucre ! Ben, t’es vraiment une belle ordure

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