BREAKFAST CLUB de John Hugues (1985)

Souvenir de Phil, remémoré par Jeanba.

– Brian Johnson: « I’m a fucking idiot because I can’t make a lamp ? »

– John Bender: « No. You’re a genius because you can’t make a lamp. »

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L’ami Phil aurait un penchant pour les mises en abyme que ça ne m’étonnerait pas… Me voilà qui me retrouve à devoir écrire une dissert’ sur cinq ados, eux-mêmes punis et contraints de faire la même chose. Sauf qu’eux, c’est sur le sujet « Qui pensez vous être ? » Je n’ai donc plus qu’à m’attabler à mon bureau d’étudiant, recharger mon stylo d’une cartouche d’encre neuve, ne pas oublier mon effaceur et commencer ma rédaction… Non mais je rêve !breakfast-club01

breakfast-club04Cependant, ce matin n’est pas un matin comme les autres. Ce matin, je retourne au lycée et, comble de l’horreur, on est samedi ! A voir les premières minutes de Breakfast Club, il y a comme une vieille angoisse d’adolescent qui rejaillit des profondeurs. En plus de ça, on m’a choisi une belle brochette de gamins stéréotypés pour m’accompagner : l’athlète un peu niais, l’intello tête à claques, la reine de la promo pédante – voire pétasse -, le rebelle nihiliste et la basket case, plus communément appelée « la cinglée ». Bref, l’échantillon standard des clichés sur l’Amérique lycéenne des 80’s. Difficile de s’engager sur ce genre de synopsis. Mais pourquoi pas ? Allons-y…

Malgré ces premières réserves, il ne faut pas attendre longtemps avant de se laisser prendre par le film de John Hugues. Ses talents de metteur en scène créent une atmosphère parfaitement crédible : on ressent vite l’angoisse de devoir passer un samedi entier au lycée et l’étrangeté de se retrouver à cinq paumés dans le silence inhabituel d’un bâtiment construit pour accueillir le bordel de milliers d’adolescents gueulards. Et pour parfaire la sensation désagréable que cette journée ne sera pas des plus bandantes, on nous colle un prof borné et bas du front comme surveillant.

breakfast-club05Si le scénario n’a pas vocation à tourner autour d’un personnage principal, le dur à cuir en long sleeves blanc, chemise de bûcheron et jean crasseux se retrouve vite à devenir le second rôle en chef. C’est grâce à ses attaques cinglantes et pétries de stéréotypes que le groupe finira par éclater pour mieux se réunir. En les jugeant tous pour ce qu’ils paraissent être, il oblige chacun d’entre eux à se justifier de posséder une nature plus profonde. Et c’est là le tour de force du réalisateur. Sous ses apparences de teen movie, Breakfast Club veut – sans prétention ni morale – casser la vision sectaire des codes lycéens.

Entre deux blagues potaches, certains dialogues laissent entrevoir ce qui paraîtra être le message du film : laissez tomber votre carapace et cherchez à savoir ce que les autres ont réellement à dire.

Une image résume d’ailleurs très bien ce message. En voyant arriver l’homme de ménage – nonchalant mais sûr de lui et de ce qu’il vaut -, on se souvient qu’on avait pu apercevoir dans le générique une photo de lui plus jeune avec la mention « Man of the year » juste en-dessous… Que dire de plus au final, si ce n’est que Breakfast Club arrive à nous emmener à une certaine réflexion sur le monde de l’adolescence et son intransigeance.

Mais ceci uniquement jusqu’à un certain point, malheureusement… Après avoir mené son scénario tout en finesse avec un minimum d’intrigue et grâce à ces éternelles questions façon taulard (T’es qui toi, en vrai ? T’as fait quoi pour être là ?) – auxquelles on finit nous aussi par attendre des réponses -, le film de Hugues va tomber dans ce qu’il dénonce : les clichés… Cinématographiques, cette fois. Et il aura du mal à s’en défaire, de ceux-là !

Avec de grosses ficelles trop appuyées pour être sarcastiques, on entrevoit très tôt le genre de dénouement qui nous attend, et John Hugues déçoit un peu sur ce laisser-aller. Des scènes de chorégraphies inutiles, des monologues pleurnichards, des rebondissements téléphonés…. Mais enfin, que s’est-il passé sur la fin ??

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Le réalisateur aura beau prétexter que son chien a mangé sa copie, que sa mère a mis son devoir dans la machine à laver ou simplement qu’il n’avait plus d’encre dans son stylo, on se retrouve interdit devant une dernière partie mièvre et si peu en rapport avec ce que le très bon départ apportait. Après une critique sociale fine et légère, on tombe finalement dans une lourdeur que même l’excellent jeu de chacun des jeunes acteurs n’arrivera pas à aérer.

Argument à charge supplémentaire pour moi, la B.O. devrait ravir les fans de New Wave et Pop Rock mainstream de l’époque. Accordons au moins le mérite à la musique de nous plonger un peu plus dans l’ambiance et de colorer le film avec des titres naïfs, parfaits pour l’enceinte du lycée.

Breakfast Club est finalement l’occasion de rendre un bel hommage au genre teen movies des 80’s, à leur teinte si particulière et à leur fausse naïveté joliment travaillée. Un hommage également à John Hugues dont le cinéma marqua toute une génération, de sa réalisation de La folle journée de Ferris Bueller (1986) à la production de Maman, j’ai raté l’avion ! (1990)… Et tant d’autres encore !

A voir ou à revoir malgré tout, ne serait-ce que pour faire ressortir les souvenirs de toute une époque.

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Pour suivre encore la bande du Breakfast Club, c’est ICI.

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