BLADE RUNNER de Ridley Scott (1982)

Proposé par Phil, rédigé par Jeanba.

« Quite an experience to live in fear, isn’t it ? That’s what it is to be a slave. »

Roy Batty dans Blade Runner.

blade-runner-projet-skynet

blade_runner_3Au-dessus d’une ville aux contours illisibles, slalomant au milieu de geysers de flammes qui déchirent un ciel noir comme la suie, nous entrons dans le monde de Blade Runner.

Ici, la civilisation a évolué et la technologie a permis de créer de nouvelles machines, fantasme ultime de la robotique : les Réplicants. Créés à partir de matériaux humains, ces androïdes sont les esclaves modernes aidant l’humanité à coloniser l’espace dans le but de fuir une Terre dénaturée par les guerres.

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Cependant, une révolte matée des Réplicants a entraîné un bannissement de ces derniers du sol terrestre, et des équipes spécialisées, les Blade Runners, sont chargées de les chasser et de les « retirer » définitivement de la circulation. C’est ici que Rick Deckard entre en jeu. Chasseur prodige excellant dans la reconnaissance des Réplicants qui se cachent anonymement dans la foule, il incarne à lui seul le parfait Blade Runner. Il faut avouer qu’ils sont sacrément bien foutus les bordels ! Je ne vous parle même pas de la nouvelle génération Nexus 6, aboutissement ultime de la robotique : des modèles dotés de souvenirs et de sentiments, mais condamnés d’avance par une obsolescence programmée. Me mettant deux secondes à leur place, j’imagine que cela doit être assez frustrant d’être voué à la panne comme un vulgaire grille-pain…

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Alors, lorsque quatre Répliquants parviennent à s’échapper des colonies spatiales et débarquent à Los Angeles, ils n’ont qu’une idée en tête : trouver leur fontaine de jouvence et survivre. Parce que la Vie, c’est chouette quand même… Le seul moyen pour y parvenir est de mettre la main (androïde) sur leur créateur, celui qui sait magnifier.

Commence alors une recherche désespérée à travers ce monde étrange qu’est devenu la Terre. Un monde totalement transformé par l’Homme. Un monde sans humanité.

Ridley Scott nous immerge dans un univers troublant, où les codes se réinventent et où se dessinent les contours d’une réflexion sur l’Homme et son devenir. La grande question du « qu’est-ce qu’être humain ? » est d’ailleurs clairement sous-jacente dans le titre du roman original de Philip K. Dick, Do Androids Dream of Electric Sheep ? (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?).

Ici, tout n’est qu’histoire de placement et d’angle de lecture. Chaque élément est amené à incarner ce qu’il n’est pas, à devenir transgenre. Les stéréotypes manichéens sont très vite contournés pour laisser une palette immense de nuances dans les caractères des personnages. Ce qu’on admire finit par nous décevoir, ce qui nous effraie peut provoquer l’empathie. Ce schéma se répète dans une oscillation sans limite, même après plusieurs visionnages.

Rien n’est figé sur son socle. Même le décor prend parfois le rôle de personnage. Tout devient symbole empreint de message. N’importe quel détail cristallise ce qui peine à être compris.

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On se souviendra facilement de cette publicité improbable où une Japonaise – dont le sourire gigantesque n’arrive plus à rassurer les habitants aliénés – s’affiche démesurément sur les dirigeables surplombant la ville. Une image qui ramène immédiatement en mémoire toute l’ambiance du film à quiconque l’a déjà vu une fois. Le mythique immeuble Bradbury, tant de fois utilisé par le cinéma hollywoodien, interprète lui aussi un rôle. Cocon étrange et délabré, il écrase les personnages par les espaces vides de sa structure colossale et semble vouloir exprimer la petitesse de l’homme face à sa propre création.

L’homme a mal à son Humanité. La preuve : tous ses représentants se trouvent être affublés de tares physiques ou mentales. Il n’y a pas un humain de Blade Runner qui puisse se vanter d’être sain (moi non plus d’ailleurs). Prenons exemple du seul habitant de l’immeuble Bradburry et de ses poupées dégénérées. Ce designer de Réplicant est l’un des emblèmes de la dégénérescence de l’humain, puisqu’il est atteint d’un syndrome de Mathusalem, provocant un vieillissement accéléré.

Ironiquement, il est le seul personnage à pouvoir s’entendre avec les Nexus 6…

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L’humanité est devenue pathétique. Aucun de ses efforts pour contrôler son environnement ne semble pouvoir la sauver. Comme un Frankenstein multiplié à l’échelle mondiale, le monstre créé apparaît finalement plus humain que son créateur.

Certes, le Nexus 6 est violent, sans remord et jusqu’au-boutiste mais, confrontés à une horrible injustice comme le sont les Réplicants, ne feriez-vous pas la même chose ? Que peut faire la créature lorsqu’elle remet en question son créateur – lorsqu’elle prend conscience de son état de marionnette – à part se battre pour avoir le droit de vivre ?

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Le Blade Runner chasse en réalité ce qui dérange chez les Réplicants : leur part d’Humanité. Les androïdes incarnent ici les valeurs de solidarité, d’empathie et de folle passion pour la vie, tandis que l’homme se perd dans sa lâcheté et sa suffisance.

S’il n’arrive pas à se reprendre assez tôt, l’Homme finira par disparaître sans laisser de traces, « comme des larmes dans la pluie »…

La traque des réplicants se continue par ICI.

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