AMERICAN HISTORY X de Tony Kaye (1998)

Choisi par Phil, rédigé par Jeanba.

« – Just remember, in here, you the nigga. Not me. »

Lamont, American History X.

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Avoir un grand frère c’est déjà vachement bien. Avoir un grand frère que tout le monde respecte c’est plutôt canon. Avoir un grand frère que tout le monde respecte parce que c’est le champion des fachos, là en revanche c’est carrément la merde ! Mais toi, tu t’en rends pas compte parce que t’es dans ta bulle, aveuglé par l’admiration et le manque de repères.

Toi tu t’appelles Danny et t’as 17 ans. Tu cherches ta voie comme tout ado mais t’es loin d’être con. Juste un sacré branleur. Tout ce que tu demandes c’est d’écrire ton histoire. Mais pour cela, il faudrait déjà avoir analysé ce que tu vis et ce que tu as déjà vécu. Et ça tombe bien parce qu’un proviseur pas si con va te demander d’analyser l’histoire, TON histoire, une histoire américaine anonyme.

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Ici, dans ce Los Angeles ghettoïsé, au bord de l’embrasement, tout est affaire de race et de gangs. De provocations et de menaces qui n’attendent que l’étincelle de la haine pour faire voler le peu de discernement restant en éclats. Ici, l’air est électrique, chargé de la misère sociale environnante. Pas étonnant que les idées malsaines et les gourous de bas étages arrivent à s’installer tranquillement sans que rien ne puisse les chasser. On n’a jamais réussi à empêcher les asticots de venir sur une carcasse pourrissant au soleil, c’est pas ici que ça pourra être plus simple.

Sauf que contrairement aux asticots, les grands défenseurs de la suprématie blanche ont cette fâcheuse tendance à vouloir convaincre les copains. Bon après vous me direz, ils font pas dans la difficulté non plus. Plus ils sentent le sujet potentiel fragile et plus ils se lèchent les babines et font apparaître les blanches canines de leur sourire carnassier. Ici, Cameron Alexander, figure radicale du mouvement WASP, voit en Derek, le grand frère de Danny, son bras armé. Et toujours comme les asticots, Cameron choisit sa proie quand elle est au sol, immobile.

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Dereck vient de perdre son patriarche dans un meurtre sordide : une petite frappe du quartier tuant un pompier en exercice, rien de très classe, vraiment. Seulement la peine a besoin de vecteur pour être évacuée, et la haine a souvent été le plus simple. Alors pourquoi pas la haine raciale ? Après tout ce type était noir, et son père était blanc. Facile et compréhensible. Va pour cette explication. Oui je sais, on dirait comme ça un raisonnement assez bas du front, voir une simplification de la société par la seule base de critères physiques… et bien oui ! Et Dereck va devenir bon dans ce type de raisonnements, voir même excellent. Tellement doué qu’il est devenu celui qui est destiné à mener la meute. Mais la parole doit se nourrir de gestes, et le héraut tatoué à la croix gammée ne craint pas la violence. Alors quand un gros malin tente de voler sa caisse, quoi de mieux que de sortir son flingue ? Parce qu’ici on fait comme ça : on rend toujours un coup de plus que l’autre, œil pour visage et dent pour mâchoire. Ça sent le début des emmerdes…

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Les emmerdes ça amène rarement ailleurs qu’en prison. Et la prison ça amène rarement autre chose que des emmerdes. Pas d’exception pour le génie du verbe et de la frappe. Ici tu es tout petit et tu as intérêt à vite choisir tes amis et à leur être fidèle si tu veux pas trembler en entrant dans les douches. Les codes changent, les règles deviennent floues et s’appuyer sur ses doctrines venues de l’extérieur ne risque pas d’aider du tout.

Mais la violence du lieu permet de remettre certaines idées en place, de voir la fragilité de son propre discours. L’ancien chevalier blanc qui ralliait ses guerriers à son panache est maintenant terrorisé de s’apercevoir qu’il ne défendait qu’un château de sable, fragilisé par la moindre marée. Le manichéisme racial a ses limites, et elles sont si proches les unes des autres qu’elles pourraient bien écraser le cerveau de celui qui voudrait s’en coiffer.

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Et Danny dans tout ça ? Danny grandit et a bien besoin de se forger un caractère. Il se souvient de son père plein de grandeur, héros ordinaire du corps des pompiers et légèrement réac’. Le racisme ordinaire de l’Amérique moyenne. Il se souvient de son frère, ado assoiffé de connaissance et d’ouverture vers l’autre, la curiosité devant la différence. Merde… Y a un truc qui a vrillé à un moment, non ?

Dereck a peut-être seulement voulu reprendre le costume aux traits grossiers de son père, parti de la plus mauvaise des façons. Ces idées et cette haine ne sont peut-être qu’un cri continu de douleur. Alors pourquoi les suivre et les appliquer à soi-même si elles ne sont qu’une catharsis toute personnelle ? Danny devra trouver la conclusion à cette histoire anonyme mais universelle.

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Chacun fait ses choix et endure à sa manière les baffes dans la gueule que la vie distribue allègrement. Chacun prend des airs en se bombant le torse et brode de grandes idées à défriser n’importe quel philosophe de comptoir. Seulement voilà, parfois quelqu’un nous suit. Parfois même plusieurs nous suivent, et ce décor qui ne servait qu’à masquer nos effrois est alors pris au sérieux. Et les conséquences n’engagent plus seulement soi-même, il faut alors être prêt à assumer d’emporter les autres dans sa folie. L’êtes vous ?

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