AMERICAN BEAUTY de Sam Mendes (1999)

Proposé par Phil, rédigé par Jeanba.

« Ma femme et ma fille me considèrent toutes les deux comme un lamentable perdant, et… elles ont raison»

Lester Burnham, American Beauty.

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C’est vrai que Lester est un sacré loser. Il est coincé dans un boulot où il faut même sourire au téléphone parce que sinon ça s’entend. Il est l’époux sexuellement frustré de Carolyn, grande adepte de la pensée positive et hystérique plus ou moins contenue, prête à dégoupiller à tout moment. Lester se demande vraiment comment il pourrait raser la moquette d’encore plus près ! Peut-être en pensant à sa fille, adolescente blasée au sourire tiré vers le bas et mal dans sa peau, trop lucide pour encore croire aux conneries de ses parents adorés. Haaaa… la « beauté » stéréotypée de la famille américaine !

Mais le vrai problème de Lester n’est pas sa vie. Le vrai problème de Lester c’est qu’il ne l’accepte plus. Sous des airs de gentil mec docile et un peu con (euphémisme), il vit sa vie comme on prépare des blettes : sans trop y croire. Seulement, Lester a un jour été un mec plein de rêves, un type heureux, amoureux, vivant. Et tout ça ne s’oublie jamais complètement.Et c’est quand on est si proche de la sortie de piste qu’un rien peut vous faire partir dans le décor. Surtout quand ce rien a l’attrait de la jeunesse, de la beauté et du renouveau. Bref, d’une pom-pom girl ! Fantasme assumé de la culture américaine, il suffit que la plus jolie peste du coin lui fasse de l’œil pour que ce bon père de famille redevienne un jeune mâle en chaleur. Et tant pis si ça se voit qu’il bave en lui parlant, ou qu’il essaie de faire sauter la fermeture de sa jupe plissée par la pensée… Lester a faim ! Il a même carrément la dalle !!500fullA nouvel amour de jeunesse, nouveau meilleur pote avec qui faire des conneries. Ca tombe bien : Ricky vient d’emménager juste à côté et possède quelques secrets qui intéressent beaucoup le nouveau Lester. Premièrement, notre nouveau copain s’avère un putain de dealer avec un choix de weed à faire pâlir n’importe quelle échoppe néerlandaise. Ensuite, et c’est là que se rallument les voyants, Ricky semble avoir compris énormément de choses quant au moyen de mener sa barque dans les meilleures eaux, et ce sans faire de remous. Un petit génie, je vous dis !americanbeautyAu nom du père, du fils spirituel et de la bimbo, American Beauty semble tenir sa sainte Trinité capable de démonter méticuleusement la société moderne américaine et ses travers. Cependant, la densité du bestiaire qui compose cette histoire nous engage aussi à nous intéresser au reste du troupeau, monstres avides et pétris d’égoïsme.Car même si on peut lui accorder la candeur de la jeunesse, la jeune Jane est un bon thermomètre au malaise ambiant. Pratiquement le point de pivot de toute l’histoire, elle interagit avec tout le monde et toujours avec la même perspicacité surprenante. Elle aurait bien aimé s’intéresser aux gens autour d’elle, mais l’égocentrisme ambiant l’a déjà rendue terne. Sans son idylle naissante, on la croirait bien partie sur les traces de sa tarée de mère.Annette-Bening-American-Beauty-1999-600x450Cette chère Carolyn est tout simplement flippante. C’est simple, quand Caro se sent bien, elle va vider le chargeur d’un flingue et fait des signes amoureux aux panneaux publicitaires. Même lorsqu’elle cultive des roses, elle réussit à transformer ça en une expérience ultra-contrôlée, figeant la beauté dans ce qu’il y a de pire : une simple représentation d’elle-même. Sérieux Jane, déconne pas, ne finis pas comme maman !Et ces putains de roses… présentes partout à l’image dès qu’il s’agit de maquiller la laideur. Qu’on parle de déviance sexuelle, d’angoisse mal dissimulée ou de rêves brisés, il y a ces putains de roses partout, tout le temps ! Heureusement, Ricky nous montre la beauté réelle, celle qui se cache dans le quotidien, dans les presque riens, dans un simple sac plastique dansant dans le tourbillon du vent d’hiver. Ici, la beauté naturelle des roses est tachée par la vulgarité des consuméristes, tandis que l’objet manufacturé se retrouve sublimé par le regard de l’artiste. C’est beau putain ! Si j’ai bien compris une chose, c’est qu’au lieu de foutre des pétales de roses partout dans la baignoire, il vaut mieux offrir un beau bouquet de sacs plastiques.AmericanBeauty_gross2Avec une esthétique parfaite et l’une des meilleures compilations rock du cinéma, American Beauty fait vibrer la peur que chacun a de subir sa vie : l’angoisse d’être le cocu satisfait, d’être le loser endormi ou tout simplement… d’être chiant.Chacun essaie de se sortir de son attitude pathétique, tout le monde n’y arrive pas forcément et certains s’y enfoncent en essayant de s’en défaire. C’est cette autre Trinité qui angoisse nos trois inconnus vivant sous le même toit et bien décidés à s’en sortir les uns sans les autres. Je sais pas vous, mais moi je l’aime bien cette famille !Parfois il faut savoir qu’on rêve juste d’être soi-même.Parfois il faut savoir qu’un petit détail peut faire basculer une vie.Parfois il faut savoir qu’il vaudrait mieux apprendre à rouler ses joints…

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