SHAFT de Gordon Parks (1971)

Choisi par Jeanba, rédigé par Phil.

 

« _ Who’s the black private dick,

that’s a sex machine to all the chicks?

_ Shaft !!!

_ You’re daaaamn right ! », Isaac Hayes dans le morceau Theme from Shaft.

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Avec l’aplomb des mecs qui en ont une bonne grosse paire traitée au Toniglandyl depuis l’enfance, Shaft sort du métro à Times Square et, d’une démarche transpirant la confiance en soi, part affronter cette nouvelle journée qui commence. Rythmé par le célèbre morceau du non-moins vocalement burné Isaac Hayes, il traverse en dehors des clous, fait des gestes obscènes aux conducteurs qui le klaxonnent, dit bonjour à tous les commerçants… Il est dans son royaume et ça se sent dès les premières minutes. Shaft : le roi de la jungle version New-York des 70’s !

Si l’acteur Richard Roundtree avait commencé sa carrière dix ans plus tôt, c’est dans un costume de serveur ou de cuistot que vous l’auriez découvert en train de faire des courbettes à « l’Homme Blanc » sans jamais hausser le ton ni même oser penser deux secondes à une quelconque idée de rébellion. « Oui, Bwana. Merci, Bwana. Bwana est trop bon ». Ouais, être un acteur black avant les 70’s offrait des perspectives plus que limitées…

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SHAFT’s his name. SHAFT’s his game.
La donne a changé !

Sauf que c’est bien en 1971 que Roundtree endosse son premier vrai rôle : John Shaft, le mec qui a crié bien fort aux oreilles de toute l’Amérique que l’époque du « Bwana, Bwana » était terminée ! Alors que les Blacks Panthers – un poil trop radicaux – effraient l’opinion et que le souvenir des émeutes de Watts, en 1965 à Los Angeles, est encore dans tous les esprits, c’est à travers l’attitude et la croisade d’un seul et unique personnage de film que toute une minorité commence à s’élever et à s’émanciper de façon pacifique pour la première fois. La communauté black a enfin son film, elle a enfin trouvé son héros.

John Shaft est donc présenté comme le mec le plus à l’aise dans ses baskets qui soit. Il a grave la classe (pour l’époque). Il plaît aux femmes (et notamment aux jolies petites blanches).

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Il est comment Fonzie ? Il est cool !

Il connaît tout le monde dans la jungle new-yorkaise. Pour couronner le tout, c’est un détective privé totalement indépendant et il prend un malin plaisir à se foutre ouvertement de la gueule des flics blancs, incapables d’assurer un minimum dès qu’il s’agit de mettre un pied dans Harlem. Le message est clair : Shaft est on ne peut plus en place !

Mais au-delà de tout ça, Shaft voue un amour sans borne à ses « frères », ceux qui vivent dans la pauvreté et doivent quotidiennement faire face à l’oppression des blancs. Sans parler des pires gangsters, issus de la communauté black, qui alimentent le quartier en prostitution, jeux d’argent et drogue. Voilà pourquoi, lorsqu’il apprend que la fille d’un parrain de Harlem a été kidnappée et que cela risque de déclencher une guerre avec la mafia italienne, John Shaft n’hésite pas une seconde : il prend son courage à deux mains, use de ses légendaires talents de médiateur à grands coups de mandales et fait tout ce qui est en son pouvoir pour éviter que son hood se retrouve à feu et à sang. A votre avis, John Shaft va-t-il y arriver.. ? « You’re daaaamn right ! »

Bon ok, je vous ai vendu du rêve mais je m’en vais vous calmer de suite : le film est un peu lent, pas très bien foutu et les seconds rôles sont plutôt médiocres dans l’ensemble. En bref, il a carrément mal vieilli. Je vous avouerai même que j’ai eu un peu de mal à aller jusqu’à la fin… Mais quand on sait qu’avec un budget de 500 000 $, le film Shaft est parvenu à engendrer 13 millions de recette, à sauver la MGM de la banqueroute et à lancer la Blaxploitation pendant près de dix ans (et on sait tous que ce courant en a inspiré plus d’un, n’est-ce pas Quentin ?)… Ma foi, ça impose le respect et ça mérite bien cent minutes de son temps. Ne serait-ce que pour savoir quel film se cache derrière le morceau mythique (et d’ailleurs oscarisé) d’Isaac Hayes. Un bon prétexte pour découvrir ce navet historique…

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Bande annonce

Pour en apprendre plus sur Shaft, rendez-vous ICI.

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